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Hans Bellmer et les inconnus du camp des Milles : les découvertes des philatélistes aixois PDF Envoyer
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Samedi, 11 Février 2012 18:14
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Une photographie diffusée pour une première fois : Varian Fry au camp des Milles (archives André Fontaine).

Il faut inlassablement relancer, questionner et enquêter : dans une recherche, rien n'est fixé d'avance, toutes sortes de surprises sont possibles. C'est la réflexion qui vient immédiatement à l'esprit quand on songe aux découvertes effectuées par deux membres de l'Association des Philatélistes du Pays d'Aix, Yvon Romero et Guy Marchot. Depuis près de vingt-cinq ans, ces personnages qui sont pourtant de bons vivants, sont continuellement en alerte à propos de l'une des plus tristes choses qui soient survenues dans la région aixoise. Pour tous les courriers, lettres et affranchissements qui peuvent surgir à propos des années noires de la tuilerie du camp des Milles (1939-1942), ils se renseignent très vite et font presque systématiquement des achats dans les ventes publiques, chez les professionnels ou bien chez E-bay : une centaine de documents souvent émouvants et toujours renseignants ont été réunis grâce à leur ténacité. Ces amoureux du timbre et du vieux papier ont également contacté les descendants des survivants du camp : voici quelques saisons, ils ont rencontré la famille du capitaine Charles Goruchon qui fut jusqu'en septembre 1940, le chef des militaires qui surveillaient les internés des Milles.

Ce qu'ils ont trouvé ne relève pas uniquement de la philatélie. Il leur fut proposé contre une somme précise un lot de peintures et de dessins conservés par les enfants du responsable du camp. Dans cette étrange société en réduction qui s'était trouvée rassemblée dans l'ancienne tuilerie, Charles Goruchon et les officiers du camp favorisaient quelquefois les peintres et les dessinateurs. Aux Milles où la situation globale était rigoureusement désespérante, diverses formes de tolérance, un zeste de libéralisme faisaient brièvement diversion. Si fut donnée autorisation pour que des cours collectifs de dessin et de peinture soient dispensés au camp, si Hans Bellmer et Max Ernst travaillaient et dormaient dans un four exigu qui leur servait d'atelier et de chambre, si des peintures murales furent réalisées dans le réfectoire des gardiens, ce fut dans le cadre des décisions de la direction militaire du camp.

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Le camp des Milles : internements et déportations, 1939-1942 PDF Envoyer
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Vendredi, 10 Février 2012 20:59
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"Visage d'interné", dessin d'Olaf Christiansen, 1940  
(collection de l'Association des Philatélistes du Pays d'Aix).

Le camp des Milles est repérable à quelques kilomètres au sud d'Aix-en-Provence. En bordure de voie ferrée, on découvre au bout de la rue centrale du village, un domaine de sept hectares, les quinze mille mètres carrés d'une ancienne tuilerie avec de hautes cheminées, les trois étages d'une façade et deux grandes ailes ; la tour centrale comporte une horloge et une statue de la Vierge qui sera prochainement restaurée. Depuis les toits, on aperçoit à l'ouest la Sainte-Victoire. Parmi les échangeurs d'autoroute, sur le chemin de la gare TGV et de l'aéroport, en dépit d'un coeur de village sommeillant et de beaux fragments de nature sauvegardée, Les Milles, c'est à présent une agglomération : sept mille personnes logées dans une zone industrielle et commerciale, des entreprises, des résidences et des lotissements sans saveur particulière. Il faut se reporter plusieurs décennies auparavant pour imaginer "une usine dans les champs" qui profitait de la proximité d'une carrière d'argile, le silence d'un faubourg, la vallée de l'Arc, les chemins et les arbres de la campagne aixoise : en ligne de mire, le viaduc de Roquefavour, les collines d'Eguilles et de Ventabren.

Max Ernst a raconté dans ses Notes d'une biographie rassemblées en 1970 que "Partout il y avait des débris de brique et de la poussière de briques, même dans le peu qu'on donnait à manger. Cette poussière rouge pénétrait jusque dans les pores de la peau. On avait l'impression d'être destinés à devenir débris de briques". A partir de septembre 1939 et jusqu'à mars 1943, date de la fermeture du camp, une terrible parenthèse s'ouvre aux Milles. A propos des souvenirs du camp d'internement, jusqu'aux alentours des années quatre-vingt du siècle dernier, en dépit des efforts pionniers et des publications de deux chercheurs, André Fontaine et Jacques Grandjonc, le refoulement et l'indifférence furent énormes. Aujourd'hui encore, l'ignorance est grande, le passé passe difficilement. Une autre page s'était tournée après la Libération, les activités industrielles de la tuilerie reprirent en 1947 et se poursuivirent jusqu'en 2006. Inaugurée en 1882, la fabrique aura connu 125 ans de production et deux séquences d'interruption : la première guerre mondiale et la période 1938-1946. Pour les femmes et les hommes qui travaillèrent en usine, le métier de briquetier impliquait un grand engagement physique : il fallait vivre dans la poussière, parmi les courants d'air et les températures élevées. Rien de commun avec les sombres connotations que l'on perçoit quand on songe à l'enfermement et aux drames des années quarante.

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Hans Bellmer, dans les briques et la poussière du camp des Milles PDF Envoyer
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Samedi, 21 Janvier 2012 05:18
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                     Portrait de Ferdinand Springer par Hans Bellmer

Il était né en 1902 à Kattowitz, dans la Silésie allemande. Hans Bellmer a 37 ans lorsqu'on le contraint à rejoindre le camp des Milles, à quelques kilomètres au sud d'Aix-en-Provence. En 1938, après plusieurs aller et retour entre la France et l'Allemagne, il avait décidé de quitter définitivement son pays d'origine. Il avait auparavant résolu de cesser "tout travail utilitaire" dans la société de son temps, "à titre de refus", disait-il, "contre le fascisme allemand et la perspective de guerre". Bellmer participait depuis 1935 aux réunions de la Place Blanche du mouvement surréaliste, André Breton avait plusieurs fois publié ses dessins et ses photographies dans la revue Le Minotaure, Christian Zervos faisait de même dans les Cahiers d'Art, Paul Eluard composait autour de son travail des poèmes édités par Guy Levis Mano. Son avenir était scellé. Le 6 février 1938, André Breton lui écrit une lettre : "Rien de plus tentant, de plus dangereux que cette vision qu'on vous doit du monde perdu ... Vous êtes le grand livreur du Secret".

Quand survient la seconde guerre mondiale, Hans Bellmer est en vacances dans le Sud de la France. En compagnie d'une amie écrivain, Joyce Reeves, il est pour quelques journées à Marseille. Plusieurs dessins gardent traces de son passage dans la proximité du Pont Transbordeur. Dans un format 31 x 24 cm, crayon et rehauts de gouache blanche sur papier ocre, Incendie à Marseille, on aperçoit des jeunes femmes, de profil ou bien de dos, parmi les tables d'un café : elles observent sans s'émouvoir la progression des flammes qui s'emparent des maisons, ce sont vraisemblablement des prostituées. Après quoi, Bellmer séjourne pendant deux semaines dans une chambre d'hôtel, aux Angles : non loin d'Avignon, mais dans le Gard. Le 3 septembre 1939, l'administration française le somme de se rendre à Uzès, en compagnie d'autres émigrés allemands. Un autobus va les conduire jusqu'à la Tuilerie des Milles. Au moment des adieux, Joyce Reeves lui offre un exemplaire des oeuvres complètes de Baudelaire qui est avec Rimbaud le poète qu'il lira assidûment pendant son internement.

Pour son séjour aux Milles - cinq mois pénibles à raconter, jusqu'au 30 janvier 1940 - on recueille divers indices et renseignements, notamment dans l'ouvrage pionnier d'André Fontaine consacré à l'histoire du Camp. Le témoignage le plus fort et le plus vrai, celui qui ressaisit l'essentiel en quelques phrases, se trouve dans l'autobiographie de Max Ernst, un récit à la troisième personne composé à la demande de René Bertelé, pour la collection Le Point du jour de Gallimard : "Il partage une chambre exigüe avec le peintre Hans Bellmer. Le camp des Milles était une ancienne fabrique de briques. Partout il y avait des débris de briques et de la poussière de briques, même dans le peu qu'on y donnait à manger. On avait l'impression d'être destinés à devenir débris de briques. Hans Bellmer et Max dessinent tout le temps, un peu pour tromper leur colère et leur faim. C'est là que Bellmer fait un portrait de Max dont le visage est comme un mur de briques".

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"Au Brûleur de loups", André Breton, Anna Seghers, Jean Malaquais PDF Envoyer
Choses lues, choses vues
Vendredi, 02 Décembre 2011 09:24
Quai des Belges, années 50,
Quai des Belges, années 50, "Le Brûleur de loups".

Une Traction et des Deux Chevaux qui stationnent entre Canebière et rue Bailli de Suffren, devant le numéro 3 du quai des Belges : ce recadrage d'une carte postale rappelle que le Vieux Port abrita jusqu'au début des années cinquante l'enseigne et la terrasse du café "Au Brûleur de loups". Ce Brûleur doit son enfouissement, ses ombres et son incandescence dans nos mémoires aux passages des Surréalistes et des réfugiés que les drames de l'exode conduisirent jusqu'au Pont Transbordeur, pendant l'été et l'automne de 1940. Aucune trace n'en subsiste : sur le même emplacement, on accepte à présent les couleurs bleues et blanches du café des supporters de l'Olympique de Marseille. 

Pour qui connaît mal les habitudes culinaires des Méditerranéens, "Brûleur de loups" (1) est un terme énigmatique qui résonne comme un titre de Julien Gracq ou bien comme un fragment de légende du Romantisme allemand. Les loups sont des poissons qui se pêchent à la ligne, on les appelle aussi les "bars". Ces espèces grégaires et carnassières vivent près des côtes : ils se nourrissent de poissons plus petits ou bien de crustacés. Brûler des loups signifie qu'on les serre au-dessus des braises et qu'on les retourne sur une grille avant de les consommer. 

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Note sur les deux aquarelles de Cézanne de la Fondation Jean Planque PDF Envoyer
Jean Planque
Mercredi, 30 Novembre 2011 21:42
Cezanne_Environs_d_Aix_Jean_Planque_1
"Environs d'Aix", aquarelle et mine de plomb, 48 x 59 cm,  collection Jean Planque.

En accueillant pour plusieurs années la collection Jean Planque, le musée Granet s’est notamment enrichi de deux aquarelles de Cézanne. Si l’on ne peut négliger la part du hasard dans le fait que le collectionneur ait pu les acquérir, il se trouve que ce hasard fut très heureux car leur rapprochement fait sens en ce qu’il aide à comprendre la façon de travailler du peintre et, plus précisément, révèle une tension latente dans son œuvre. D’autant mieux que les deux feuilles sont contemporaines et appartiennent aux dernières années de la carrière de Cézanne, celles où il porte son art à son plus haut niveau : la Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves est en effet vaguement datée 1901-1906 par John Rewald, et Environs d’Aix un peu moins vaguement, vers 1902, par le même auteur[1].

Frappante dans cette dernière aquarelle est le grand mouvement courbe entraînant les petits éléments représentés – maisons, arbres et murs – autour d’un vide, sur lequel une ellipse assez régulière se refermerait si elle n’était rompue en haut par deux ouvertures : un schéma si visible, si ostensible même, que l’on peut croire que c’est lui qui a surtout intéressé le peintre, que ce serait lui le vrai motif de l’aquarelle. À bien considérer celle-ci, on perçoit que ce schéma compositionnel retient d’une certaine façon des éléments qui, sans lui, resteraient éparpillés ou, poussés par une force centrifuge, seraient rejetés vers l’extérieur, de sorte que le point nodal de l’œuvre se trouve dans le vide que ces éléments entourent, une sorte de pivot invisible jouant un rôle d’unification comparable à celui du point de fuite dans la peinture ancienne.

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Michel Houssin, foules en fugue, visages et paysages PDF Envoyer
Expositions récentes
Lundi, 28 Novembre 2011 20:14
Atelier_de_Michel_Houssin
Arles, dans l'atelier de Michel Houssin, dessin de la série "Passants", format 50 x 150 cm (photographies de Chris Chappey).

Pour appréhender l'oeuvre graphique de Michel Houssin, on découvrira la quasi-totalité des clefs qui puissent être réunies, presque toutes les entrées en matière possibles dans l'ouvrage qu'il titre "Dessiner le fil avant les hirondelles", un livre qu'il a réalisé en 2009 pour les éditions Area, avec le concours d'Alain Avila. Dans ce volume de 208 pages, on feuillette les reproductions des séquences majeures de son travail, on est par exemple confronté aux Foules qu'il compose depuis plus de trente ans.

Houssin est de ceux qui estiment que "les idées viennent en flânant". Il raconte que l'intense déferlement, la très étrange conception de ses Foules procèdent de la contemplation dans une forêt "de rondins de bois entassés". Ses Foules induisent dans notre imaginaire une très simple perception : rien de métaphysique, nous ferions partie des grands flux d'un ensemble beaucoup plus vaste, nous relevons de quelque chose d'improbable et d'inaccessible qui semble se dissoudre parmi les nuées ou bien dans les lointains d'une indiscernable végétation. Par ailleurs, Michel Houssin l'écrit, "le mélange de deux visages donne souvent naissance à un troisième", "nous sommes faits de tous les autres" .

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Gazette

1937 / 1940 : Max Ernst, à Saint-Martin d'Ardèche et au camp des Milles

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"Cardenio atttaque Don Quichotte", gravure pour l'édition du Don Quichotte de Diego Clemencin (1833) La rêverie commence avant même que l’on ait ouvert le livre, par la force suggestive des...

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