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Choses lues, choses vues
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Mercredi, 19 Juin 2013 09:35 |
Portrait d'André Breton, dessin d'André Masson
Depuis mars 1941 jusqu'au milieu des années cinquante, beaucoup d'estime et d'amitié, un ardent mélange de connivence et de distance réunirent Claude Lévi-Strauss et André Breton. Trois épisodes scandent leurs échanges et leurs confrontations. A compter du 24 mars et jusqu'au 20 avril 1941, entre Casablanca et Fort-de-France, il y eut tout d'abord leurs rencontres et leurs discussions sur le pont du Capitaine-Paul-Lemerle, un navire parti de Marseille (1) qui avait pour destination l'exil aux Etats-Unis.
Plusieurs menaces, de fâcheuses péripéties retardèrent leur arrivée, les migrants n'arrivèrent pas ensemble à New York. André Breton et son épouse Jacqueline Lamba rencontrèrent Aimé Césaire en Martinique, séjournèrent en Guadeloupe et firent escale à Saint Domingue. Ils débarquèrent au début de juillet 1941, quelques semaines après Claude Lévi-Strauss qui effectua un détour par Porto-Rico et découvrit la statue de La Liberté à la fin du mois de mai.
Après quoi, ce fut un temps de compagnonnage et d'amitié dans Grennwich village et les rues de New York. Les chemins de Breton et de Lévi-Strauss ne furent pas vraiment parallèles : ils partagèrent selon des modalités sensiblement différentes la condition de l'exilé. L'une de leurs belles occasions de retrouvailles, ce fut en compagnie de Max Ernst, avec Roberto Matta, Georges Duthuit ou bien Robert Lebel, au n° 943 de la Troisième Avenue, la boutique de l'antiquaire Julius Carlebach. Dans cet espace et pour des prix plus que raisonnables, il eurent la chance d'identifier et d'acquérir pour leurs collections personnelles des objets d'art primitif de belle provenance, principalement des pièces des indiens de la côte ouest du Pacifique.
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Jean Planque
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Mardi, 18 Juin 2013 19:04 |
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1949, à Saint-Ser, au pied de la Ste Victoire, Jean Planque et son ami Lehmann.
Alain Paire : Grâce au soutien de la Communauté du Pays d'Aix, en accord avec la Ville d'Aix-en-Provence et Bruno Ely, le directeur du musée Granet, mardi 21 mai 2013, tu auras la joie d'inaugurer dans la chapelle des Pénitents Blancs, les espaces permanents qui permettront de déployer l'essentiel de la collection Jean Planque. Un travail colossal s'accomplit, un calendrier complexe est honoré. Deux années après l'exposition de la collection au musée Granet, voici que se concrétise son implantation dans le paysage des institutions aixoises.
Je voudrais tout d'abord que tu évoques ce nouveau lieu, la Chapelle des Pénitents blancs. Pendant quelques mois, il fut question de fusionner la collection de Jean Planque et celle d'un autre grand collectionneur, Philippe Meyer ; cette première intention fut abandonnée. C'est exclusivement la collection de Jean Planque qui sera visible. La chapelle de la rue du Maréchal Joffre est un espace ancien, avec des contraintes historiques tout à fait légitimes : cet endroit n'était pas aisément modulable. Avec Bruno Ely et l'architecte responsable des aménagements, vous avez effectué des choix, vous avez des partis pris. Quelles sont les solutions que vous avez adoptées, comment se fera la visite de la collection ?
Florian Rodari : Il faut avouer que les institutions aixoises ont été particulièrement efficaces en l’occurrence. Trouver, transférer de la Ville d’Aix-en-Provence à la CPA, restaurer et réhabiliter en espaces d’exposition un tel monument, en moins de deux ans, tient de l’exploit. Certes, il n’est pas évident d’oublier la fonction première de ce lieu. Son architecture impose une lecture de l’espace qu’il n’était pas facile d’adapter à une muséographie. L’architecte du bâtiment et, surtout, le scénographe se sont employés malgré une grand nombre de contraintes à rendre possible cette cohabitation de l’histoire. Pour l’accrochage, nous avons fait le choix de la sobriété, résolument, afin de donner beaucoup de champ aux œuvres et de permettre au visiteur de mieux appréhender les affinités qui lient entre eux les artistes collectionnés par Jean Planque.

Place Jean Boyer, au bout de la rue du Maréchal Joffre, la Chapelle des Pénitents Blancs, la nouvelle demeure de la collection de Jean Planque (photo CPA).
L’absence de la collection Philippe Meyer est regrettable, mais elle a aussi simplifié notre travail dans la mesure où nous avons pu mieux mettre en valeur la qualité du regard unique de Jean Planque. Cela dit, la très belle surprise de cet espace est la lumière qui y règne. Douce, blonde, ses changements au cours de la journée et des conditions extérieures rendent ces espaces vivants sans pour autant altérer la vision. Rien n’est plus dommageable à la peinture que de la séparer de ces mouvements dans lesquels elle est née. Les tableaux que l’on expose en cave dépérissent. Il suffit de songer aux salles du musée Klee de Berne, leur exil sous terre me paraît une aberration…
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Dimanche, 16 Juin 2013 09:49 |

Photographie de Jacques Henri Lartigue (1894-1986) : "Antibes, 1927". © Ministère de la Culture France / AAJHL.
En mai-juillet 2013, le couple noir / blanc est la dominante des travaux rassemblés 30 rue du Puits Neuf, à Aix-en-Provence. Pour cette exposition, Florian Rodari regroupe des petits et moyens formats d'artistes à propos desquels il lui est arrivé d'écrire pendant les quatre dernières décennies. Trois supports sont sollicités : " Un dessin, une gravure, une photographie ne frappent pas le regard de la même manière selon la technique que l'on choisit. Il y a tantôt brusquerie, entame du trait sur la page, tantôt réflexion, invention de structures, recherches d'effets lumineux et de valeurs. Le trait pour dire l'espace, le noir pour la couleur".
Estampes de Claude Garache, Ilse Lierhammer, Claude Mellan, Gérard de Palézieux, Nicolas Poignon, Edmond Quinche, Pietro Sarto, Bram Van Velde et Yersin.
Dessins de Stéphane Brunner, Jacques Hartmann, Alexandre Hollan, Henri Michaux, Max Schoendorff et Pierre Tal-Coat.
Le vernissage s'est effectué mercredi 22 mai 2013, vingt-quatre heures après l'inauguration des espaces que la Ville d'Aix et la Cpa aménagent rue du Maréchal Joffre, dans la Chapelle des Pénitents Blancs, pour recevoir le prêt de la collection d'art contemporain de Jean Planque.
Vendredi 7 juin, à 19h, sous l'égide de la Fondation Saint-John Perse, Cité du Livre, Bibliothèque de la Méjanes,
8 rue des Allumettes, Aix-en-Provence.
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Samedi, 15 Juin 2013 15:17 |
Henri Michaux, l’homme de plume, texte de Florian Rodari.
Aussi loin qu'il ait pu s'aventurer - dans ses voyages à l'étranger comme dans le champ de l'esprit -, Henri Michaux est toujours resté un homme de plume. Cela énoncé sans la moindre ironie, il va sans dire : car l'instrument qu'il tint à la main, durant toute sa vie, et dont il fit usage aussi bien pour la relation écrite que pour tracer ses dessins, reste l'un des plus mobiles, l'un des plus audacieux et en même temps l'un des plus précis et sobres que nous ait donné le siècle.
Mais il y a chez Michaux, d'emblée, cela saute aux yeux de celui qui le lit pour la première fois ou découvre au mur une de ses œuvres, une relation essentielle au mouvement qui guide la main, la suspend ou emporte la phrase. Une distance spécifique qui révèle, partout, à tout moment, une écriture, c'est-à-dire un flux et, dans le même temps, la rencontre d'une résistance.
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Vendredi, 14 Juin 2013 09:22 |
Bram van Velde, Composition, 1970, lavis d'encre de Chine. Coll. part. (photo Alberto Ricci, Paris)
Partout, toujours, en peinture, les affrontements du noir et blanc ont signifié un approfondissement de la relation de l’homme avec le monde, une intensification de la vision. Le peintre, privé des séductions de la couleur, n’a plus d’autres instruments à sa portée que l’encre et le pinceau, la souplesse plus ou moins grande de son poignet, l’injonction de la feuille. C’est comme s’il se jetait à lui-même une sorte de défi duquel dût surgir la vérité de l’os. Face à face physique d’abord, aussitôt métaphysique, auquel tous les plus grands, à un moment ou à un autre, ont souhaité se soumettre parce que c’est pointer du doigt la question : comment obtenir le maximum d’effet avec le minimum de moyens, atteindre le cœur complexe du monde par le plus simple.
Bram van Velde a voulu à son tour répondre à cette exigence dans une série de lavis-vérités apparus dans les années 1968 et 1970. Au bout de son pinceau chargé d’un peu d’ombre, il porte le frémissement intact de la vie, dépouillée de toute tricherie : aussitôt sur la feuille l’espace s’empare de l’esprit. Témoins de cette fusion, ces admirables traits du pinceaux, admirables d’être si familiers, et comme surgis de la source : par moments très vite, très tendus, impénétrables, s’affaissant soudain, acceptant de se laisser traverser, de se laisser lire, faisant alterner la fermeté et l’abandon, brefs ou alanguis, hésitants, fléchissant, presque à bout ou frémissant du plus haut désir. Dans les infinies variations de l’encre, se rencontrent mêlés le proche et le lointain, l’intérieur et l’extérieur. La moindre rupture, arrêt, reprise, faisant entendre le rythme d’une unité complexe, imprévisible, immense, à laquelle l’artiste, étant lui-même conscience et reflet du monde, nuit noire, s’est aveuglément confié.
Extrait du catalogue d’exposition Bram Van Velde. Peintures noires (1895-1981), Cabinet des estampes, Musée d’art et d’histoire, Genève 1989
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Choses lues, choses vues
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Samedi, 08 Juin 2013 15:15 |
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Marseille-Transit, deux rencontres à l'initiative du MuCEM de Marseille et de Thierry Fabre. Entrée libre et gratuite.
vendredi 14 juin, 18 h 30, sur la terrasse du Fort Saint-Jean :
Rencontre avec Laurence-Bertrand Dorléac et Alain Paire.
Laurence-Bertrand Dorléac est historienne d'art, professeur à Sciences Politiques Paris où elle dirige le séminaire Arts et Sociétés, commissaire en compagnie de Jacqueline Munck de l'exposition L'art en guerre 1938-1947 montrée pendant l'hiver 2012-2013 au Musée d'art moderne de la ville de Paris (exposition actuellement programmée au Musée Guggenheim de Bilbao). Parmi ses livres, L'art de la défaite, 1940-1944 (éd. du Seuil 1993), L’Ordre sauvage : violence, dépense et sacré dans l’art des années 1950-1960 (éd. Gallimard, 2004) et Après la guerre (éd. Gallimard 2010).
Vendredi 14 juin, 22 h, esplanade du Fort Saint-Jean, entrée libre, projection en plein air du film Transit de René Allio, en présence de Maître Roland Rapapport.
juin 2013, photographie de Gérard Allibert.
samedi 15 juin, 18 h 30, sur la terrasse du Fort Saint-Jean :
Rencontre avec Jean-Marie Guillon, Gérard Malgat et Alain Paire.
Jean-Marie Guillon est historien, professeur émérite de l'université d'Aix-en-Provence, directeur de l'UMR Telleme de 2007 à 2012, thèse sous la direction d'Emile Temine, La Résistance dans le Var. Essai d'histoire politique. Gérard Malgat vient de publier deux livres aux éditions de L'Atinoir : Max Aub et la France ou l’espoir trahi et Gilberto Bosques, la diplomatie au service de la liberté.
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