| Isabelle Boinot, du 18 mars au 10 avril 2010 |
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| Expositions récentes |
| Mardi, 24 Mars 2009 20:22 |
"Soquettes" collage sur papier d'Isabelle Boinot.
Jeudi 18 mars 2010, 30 rue du Puits Neuf, à partir de 18 h, dans le cadre des Rencontres du 9° Art, Festival de Bandes dessinées et autres arts associés d'Aix-en-Provence, vernissage d'Isabelle Boinot. Exposition jusqu'au samedi 10 avril, galerie ouverte du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30. Pour découvrir les colllages, les dessins, les livres et les broderies d'Isabelle Boinot, il faut d'abord parcourir les rubriques de son site qui est très fourni et très renseignant. En complément, voici un entretien réalisé en sa compagnie : il faut cliquer sur quelques-uns des liens qui ponctuent ce jeu de questions et de réponses, on y trouvera d'autres informations ainsi que des reproductions issues de son site. Isabelle Boinot participera par ailleurs avec une soixantaine d'auteurs invités par Michel Fraisset, Serge Darpaix et Bernadette Marchand, les 9-10 et 11 avril, aux séances de rencontres et de dédicaces qui se tiendront à la Méjanes, Cité du Livre d'Aix-en-Provence. 1. On apprend peu de choses à propos de votre formation personnelle quand on examine votre site. Un article de presse indique que vous êtes née en 1976. Vous avez fait vos études aux Beaux-Arts d'Angoulême. Une piste s'ouvre : que représente Angoulême pour vous, pourquoi avez-vous choisi pour registre principal des activités artistiques proches de la bande dessinée ? Ce qui m'a amenée à choisir Angoulême, ce sont d'abord mes études d'arts appliqués au lycée. Au moment où je passais mon bac, je savais que je voulais poursuivre des études artistiques plus particulièrement les Beaux-Arts. Par commodité, j'ai passé le concours à Angoulême. Je suis restée cinq ans aux Beaux Arts d'Angoulême, je regrette aujourd'hui de ne pas avoir tenté les arts décoratifs à Strasbourg ou Paris qui auraient été sans doute plus appropriés quant à mon travail d'édition; d'autre part, il n'y avait pas d'échanges proposés avec des écoles à l'étranger (Erasmus), ce qui à mon sens est plus qu'indispensable dans un parcours scolaire. Je ne sais pas si mon travail est proche de la bande dessinée, je n'en lis d'ailleurs que très peu. J'ai toujours eu du mal à faire entrer mon travail dans une "case", au sens propre comme au figuré. 2. Ensuite, et c'est un autre site et puis quelques articles qui nous renseignent, il y eut les publications et les expositions de "Frédéric-Magazine". Voulez-vous nous raconter la trajectoire de ce collectif de dessinateurs dont vous êtes l'une des membres fondatrices ? Le collectif Frédéric-Magazine, c'est au départ la rencontre de cinq dessinateurs auto-éditeurs (Frédéric Fleury, Emmanuelle Pidoux, Stéphane Prigent, Frédéric Poincelet et moi-même). Chacun connaissait et appréciait le travail des autres par le biais de la librairie "Un Regard Moderne", 10 rue Gît le Coeur à Paris, où nous déposions nos livres auto-édités. Lorsque nous avons été réunis pour la première fois, c'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous avons eu le désir de travailler ensemble sur un projet commun qui mettrait en avant la pratique du dessin. Les éditeurs étant toujours très frileux pour éditer du dessin sans qu'il s'agisse de bande dessinée ou d'illustration à proprement parler, nous avons décidé de réaliser nous-mêmes nos livres, comme nous l'avons toujours fait, chacun gardant une grande liberté dans son travail personnel et le choix de ses invités.
Dix-huit collages d'Isabelle Boinot.
3. J'en viens plus précisément à quelques-unes des planches que nous exposerons rue du Puits Neuf. On voit surgir des premiers plans, des profils, des têtes découpées certaines fois plus grandes que les morphologies des personnages qui les habitent, des actes de la vie à la fois ordinaires et énigmatiques. Très vite, on reconnaît des cohérences et un style qui vous appartiennent clairement. On y trouve également des élements d'une autobiographie oblique, on a l'impression de pouvoir vous identifier parmi les silhouettes qui surgissent. La plupart du temps, on est confronté à toutes sortes d'interrogations. Dans nombre de vos publications, il n'y a pas de fil conducteur précis, des silhouettes et des lieux s'imposent sans qu'on puisse les expliquer. Ce qu'on voit, ce sont des personnes d'aujourd'hui dont on n'identifie pas vraiment les appartenances ou les contextes. Ils peuvent avoir des tenues de sport de combat, ils séjournent provisoirement dans des intérieurs d'appartements. Ils sont principalement vêtus de sous-vêtements, il n'y a rien d'impudique ou de provocateur dans leurs attitudes. Souvent, il est cinq ou bien dix heures du soir, c'est une fin de journée, les pressions sociales sont plus ou moins évacuées. Ce sont des personnages que l'on trouve assez vite sympathiques et attachants. On peut les redouter, ils relèvent d'une vraie complexité mais ils ne nous effraient pas vraiment. Ils font des gestes que nous ne déchiffrons pas clairement : des prises de judo, du bricolage, des guillemets, des torsions, des marottes, des assouplissements ou bien des décollations. Ils sont là avec leur différence, leur problématique et leur dignité personnelles.
"Cool vert", collage sur papier d'Isabelle Boinot.
Je travaille toujours dans la spontanéité du moment, il n'y a pas de réflexion "globale" quant à un message ou une direction précise à prendre. Il y a toujours un fil conducteur dans l'oeuvre d'un artiste, aussi hétéroclite qu'elle soit, parce qu'on y retrouve des thématiques, des obsessions ... Le travail qui sera exposé à la galerie rassemble plusieurs épisodes dessinés de mon parcours. Inquiétants ou drôles, les personnages que je mets en scène - empruntés au quotidien - sont propulsés dans un univers étrange où se mêlent difformités, ambiguïté sexuelle, techniques sportives et préoccupations absurdes. A celui qui regarde d'entrer ou non dans ce monde et d'en faire une interprétation personnelle... 4. A côté de "Fréderic-Magazine" ou de "Montre tout" qui ressemblent à ce que nous allons exposer dans la galerie, quelques autres livres font exception dans votre production. D'abord l'ouvrage qui illustre Michel Foucault, j'aimerais que vous racontiez comment vous avez réagi lorsqu'on vous a proposé cette commande. C'est pertinent, çà entretient un rapport avec l'auteur des Mots et des choses. Mais en même temps, on est surpris par votre réponse : à part quelques silhouettes reconnaissables (Nietzche, Marx et puis bien sûr, le crâne rasé et le costume du philosophe) on retrouve principalement votre univers, votre singularité avec de légers décalages .... Lorsque Guillaume Ollendorff m'a proposé d'illustrer un ouvrage d'introduction à la philosophie, je lui ai répondu que ce serait avec plaisir s'il me réservait Michel Foucault. "Surveiller et Punir", "Les Anormaux" ou "Histoire de la sexualité", ce sont des ouvrages qui ont une grande valeur à mes yeux, ils traitent de sujets qui sont au centre de mes préoccupations. "Surveiller et Punir" s'avère d'ailleurs très à propos par les temps qui courent ... C'est donc tout naturellement que mes personnages étranges, sexuellement indéfinissables, difformes ou marginaux sont venus prendre place au fil des pages du texte du très brillant Didier Ottaviani. 5. Vous avez composé deux livres qui relatent des voyages en Italie et au Japon. Ce sont des pages de journal, des compte-rendus. C'est plein d'humour et de liberté. Au Japon ce ne sont pas le jardin du Ryoan-Ji ou bien les temples qui vous fascinent énormément, ce sont plutôt les multiples endroits, les intervalles pendant lesquels on peut découvrir d'autres manières de boire et de manger, des indices minuscules à l'intérieur desquels on peut construire son existence. De même, à Florence et à Venise, les monuments que vous préférez, ce qui fait priorité, ce sont les épiceries, les charcuteries, les trattorias, les librairies, les merceries et les marchés aux puces. J'ai toujours réalisé des carnets lors de mes voyages. Le voyage, c'est quelque chose d'extra-ordinaire ! Entendre une langue étrangère, rencontrer des gens nouveaux, goûter la nourriture locale, s'émerveiller de tout, jusqu'aux emballages des produits alimentaires dont on ne peut pas toujours indentifier le contenu. Consigner cela, dessiner, photographier, garder les sachets, les tickets comme autant de précieux trésors que l'on redécouvrira avec bonheur en relisant son journal. J'ai été encouragée à publier mes carnets par des amis qui ont justement apprécié la forme très libre et personnelle que je leur avais donnés. Dialogue entre Isabelle Boinot et Alain Paire réalisé par mails, dimanche 7 mars 2010. |
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