| Deux entretiens avec Claude Garache |
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| Expositions récentes |
| Samedi, 14 Mai 2011 19:58 |
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Pour la réalisation du livre d'entretiens publié chez Hazan, trois amis du peintre, Marie du Bouchet, Alain Madeleine-Perdrillat et Florian Rodari se sont réunis à deux reprises afin d'interroger Claude Garache dans son atelier parisien de la rue du Cherche-Midi. Les enregistrements de leurs conversations se sont déroulés les 21 mai et 27 juin 2008. De menus allégements, un suivi éditorial extrêmement minutieux permirent d'aller plus loin qu'une simple transcription. Comme l'indique la préface, "Claude Garache a tenu à réécrire des phrases, à remplacer des mots, à choisir d'autres exemples, pour préciser toujours plus sa pensée". La vive présence d'un grand format intitulé Yvie et Sauve affinait les débats de la seconde séance de travail. Cette toile dont la reproduction figure dans la page centrale du livre mesure 260 x 240 cm. Ses dates de création s'étirent dans le temps. Maintes fois repris, ce tableau fut peint entre 1977 et 2009 ; il figure à présent dans les collections du musée d'Art moderne de la Ville de Paris. Avant que ne paraisse ce livre, Claude Garache ne s’était jamais directement manifesté dans le registre de l’écrit. Cet artiste n’est pourtant pas quelqu’un de silencieux, il est en compagnie de son épouse Hélène Garache intensément présent dans tous les domaines de la vie quotidienne. En guise de contrepoint et de complément aux superbes reproductions de cet ouvrage, un portraitiste aurait pu traduire grâce à la photographie sa noblesse d’allure, son visage et sa silhouette. De même, on aurait pu souhaiter que les images d’un bref reportage donnent à voir d'autres indices de son travail : l’intérieur de son atelier, la haute verrière qui donne sur le nord-est, le rangement de ses tableaux et de ses pinceaux ou bien encore quelques détails de vive signifiance comme cet angle de mur où sont griffonnés les titres de ses toiles. Dans ces échanges, si l’on met à part de brèves évocations de la formation et des voyages de l’artiste ainsi que le récit d’une expérience cinématographique en compagnie de Kirk Douglas et Vicente Minnelli, on rencontrera très peu de renseignements susceptibles d’étoffer une éventuelle biographie. Les amis du peintre, ses rencontres avec Yves Bonnefoy, Jean Starobinski, Jacques Dupin et Philippe Jaccottet, le soutien et puis ensuite le retrait partiel des galeries Maeght et Lelong ne sont pas évoqués. Presque rien n’est proféré à propos des collectionneurs privés ou bien des institutions publiques. Parce qu’elle avait autrefois écrit que la peinture de Garache pourrait relever d’un art "post-abstrait", Dora Vallier est le seul nom de critique d’art mentionné au fil des pages. Ce qui se transmet dans ce livre vise exclusivement les données d’une opiniâtre recherche, la solitude de l’atelier. "Sans emprunt à quiconque"De ce point de vue l’apport de ces pages est considérable, quelques-unes des interrogations que cette œuvre peut provoquer sont clairement élucidées. Garache explique comment ses apprentissages de sculpteur l’ont irrésistiblement entraîné vers la peinture. Il raconte sans fable ni mythe comment ses choix l’ont porté vers le rouge et les modèles féminins. Alors que les courants dominants de son époque confluaient vers l’abstraction, Garache professait une immense admiration pour l’œuvre d’Henri Matisse (p. 70). Ce qu'il en dit pourrait ressembler à un autoportrait involontaire : "Toujours sans présupposé esthétique, très libre dans ses moyens, sans emprunt à quiconque, ce qui est rare dans cette longue période où le foyer parisien était d’une richesse et d’une diversité illimitées, qui permettaient tous les pillages et les croisements "... " Matisse n’a jamais quitté la nature du regard, cherchant toujours une forme nouvelle pour traduire sa sensation". Lorsque Garache travaille dans son atelier, "aucune distraction n’est possible" ... "j’avais besoin d’une réponse impérative du réel" ... "sous mes yeux, tout disparaît, hormis cette personne qui est là". Beaucoup de science et de patience lui permettent de trouver en compagnie du modèle la pose et l’angle d’attaque qui conviennent : "je parle au présent de sujets permanents"... " je ne veux pas de faux gestes par exemple. Je veux qu’il y ait une pesanteur, une suggestion de mouvement " ... " Il y a beaucoup de superpositions d’une séance à l’autre, quelquefois une infinité de séances" ... "il ne faut reprendre une oeuvre que s’il y a une piste qui s’ouvre"... " je me déplace énormément pendant la séance"... "il y a un mouvement continuel que je dois suivre"... Ses interlocuteurs gardent avec lui la bonne distance qui favorise l’art de la maïeutique : Garache s’accorde avec Alain Madeleine-Perdrillat lorsqu'il indique que dans ses toiles, la lumière "vient de l’intérieur des figures plutôt que d’ailleurs" (p. 27). Il souscrit aux observations de Florian Rodari qui estime (p. 31) que sa peinture "déborde ce qu’elle montre pour rejoindre quelque chose qui suggère l’ampleur du paysage". Il donne son assentiment (p. 35) quand Marie du Bouchet souligne que dans ses œuvres "il y a, en même temps, un corps qui peut se dissoudre dans la couleur, et une véritable présence, tout à fait évidente avant même que l’on ait saisi la forme du modèle". Toutes les déclarations de Garache consignées dans ce livre induisent que son travail et ses choix n’auront jamais de cesse : "le nu est le sujet le plus conséquent à aborder "... " il faut que ce lieu soit totalement consacré à cet engagement, qu’il ne s’y passe rien d’autre " ... "Au fond je n’ai pas besoin d’aller dans le paysage, je n’ai pas besoin de sortir de l’atelier, parce que j’ai ici toute la nature sous les yeux " ... "Avec cela que puis-je espérer de plus ? ". Parmi les artistes francophones d’aujourd’hui, ils sont relativement rares ceux qui sont capables d’évoquer avec clarté et précision les enjeux de leur travail. Vincent Bioulès, Christian Boltanski, Eduardo Arroyo ou Gérard Traquandi sont quelques-unes des exceptions qui confirment cette règle. S’il faut trouver une rubrique pour ce livre consacré à Garache, je le rangerai parmi les meilleures archives orales de l’art contemporain. Alain Paire "Entretiens avec Claude Garache", avec Marie du Bouchet, Florian Rodari et Alain Madeleine-Perdrillat, 48 reproductions en couleur, collection Beaux-Arts, éditions Hazan, 28 euros. Ce recueil complète l'ouvrage collectif paru en 2006 sous l’enseigne de La Dogana où l’on trouve entre autres, des textes de Raoul Ubac, Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, Jacques Dupin, Jean Starobinski, Michael Edwards, Nicolas Pesquès, John E. Jackson, Emmanuel Laugier, Roger Munier, Alain Madeleine-Perdrillat, Florian Rodari, Pierre-Alain Tâche et François Trémolières. Une version plus longue de cet article est parue le 17 juin 2010 sur le site Poezibao de Florence Trocmé. Une exposition d’une quarantaine de toiles de Claude Garache s’est déroulée à l’Ecole d’Art de Nîmes du 30 avril au 24 mai 2010, à l’initiative de Dominique Gutherz. A compter du lundi 11 octobre 2010, 30 rue du Puits Neuf à Aix-en-Provence, exposition de gravures ainsi qu’un poème de Florian Rodari, A voix nues, 80 exemplaires avec deux eaux-fortes et un bois gravé de Claude Garache, éditions de la revue Conférence. |
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