Jean Ballard, une vie pour les Cahiers du Sud PDF Envoyer
Choses lues, choses vues
Jeudi, 06 Mars 2014 21:18
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Portrait de Joë Bousquet par Hans Bellmer, publié par les Cahiers du Garae / Hésiode, octobre 1987.


A propos de l'histoire des Cahiers du Sud, cf cette video, enregistrée au Banquet de Lagrasse en 2012.

Jean Ballard était né le 14 novembre 1893. Jusqu'en 1947, cet autodidacte qui n'avait pas poussé ses études au-delà de son Baccalauréat au Lycée Thiers, exerça à Marseille sur le Cours Julien la très pittoresque et pourtant réellement astreignante profession de peseur-juré. A l'âge de 37 ans, Jean Ballard épousa le 30 octobre 1930 Eve-Marcelle qui lui survécut jusqu'en 1985. Il mourut pendant la nuit du 18 juin 1973, dans son domicile du 9 de la rue du Bailli de Suffren, proche de la Canebière et du Vieux Port.

Le peseur-juré du Cours Julien

L'essentiel de sa vie se confond avec l’aventure des Cahiers du Sud, la revue qui fut pour lui et ses proches amis marseillais un lieu de transformations et de ressourcements permanents. Il en fut le directeur-administrateur pendant près d'un demi-siècle. Jean Ballard fit partie du petit noyau de lycéens qui créèrent en compagnie de Marcel Pagnol une modeste et très locale revue qui s'appelait Fortunio. Tandis que Pagnol s'éloigna pour faire carrière dans la capitale, Ballard prit en charge à partir de 1919 et jusqu'en 1966 la conduite de la revue qui sous son impulsion assuma de nouveaux défis, changea de nom et puis surtout d'ambition. 

Pendant plusieurs décennies, été comme hiver à partir de quatre heures du matin, Jean Ballard passait les premières heures de ses journées parmi les arrivages des marchands des quatre saisons de Marseille. Après quoi, il regagnait le quatrième étage du numéro dix du Cours d'Estienne d'Orves qui porte son nom depuis le milieu des années soixante-dix : il avait transféré en 1923 son bureau dans un grenier des anciens entrepôts de la douane. Ses journées étaient consacrées aux Cahiers pour lesquels il devait rédiger quotidiennement un abondant courrier et dont il fallait assurer la vie matérielle. Son épouse Marcou dactylographiait ses lettres, corrigeait les épreuves et expédiait les numéros de la revue aux abonnés.

 Jean Ballard dans le grenier des Cahiers du Sud, photographie aux alentours de 1970.
Jean Ballard dans le grenier des Cahiers du Sud, photographie aux alentours de 1970.

Songeant à cette vie quotidienne étonnamment régulée, André Gide avait une perception amusée que m'avait rapportée, un jour de printemps de 1992, l'un des ultimes survivants de la revue, l'écrivain et journaliste Gabriel D'Aubarède (1898-1995). Je me souviens avoir rencontré D'Aubarède (1) à Paris, dans un petit appartement proche du Jardin du Luxembourg. Voici ce que Gide qui participa plusieurs fois aux sommaires des Cahiers du Sud, avait autrefois demandé à D'Aubarède : "Mais, dîtes-moi, rappelez-moi le nom de ce personnage qui dirige une revue depuis Marseille. Pendant une partie de la nuit, il pèse des fruits et des légumes. Ensuite, pendant la journée, il s'enquiert du poids des vers et des mots".

André Gaillard, La Révolution surréaliste.

Les Cahiers du Sud furent longtemps mensuels, leur publication ne fut presque jamais interrompue, excepté pendant les débuts de la seconde guerre mondiale : après sa démobilisation et dés janvier 1940, en dépit de la pénurie de papier et des contraintes de la censure vichyssoise, Jean Ballard fit reparaître sa revue. Cette dernière avait connu son premier vrai développement à la fin des années 20. Jean Ballard s'était lié d'amitié avec le poète André Gaillard (1898-1929) qui ouvrit les Cahiers du Sud à la modernité surréaliste : pas seulement à Crevel, Soupault, Eluard ou Péret, mais aussi à des exclus du mouvement comme Artaud, Desnos ou Masson ainsi qu'à des irréguliers comme Daumal, Jouve, Leiris, Limbour, Michaux, Reverdy, Léon Pierre-Quint et Ribemont-Dessaignes. C'est également André Gaillard qui présenta à l'équipe des Cahiers l'un de ses inspirateurs majeurs, le Carcassonnais Joë Bousquet (1897-1950).

Né en 1898 à Rochefort près de La Rochelle, André Gaillard (2) vivait à Marseille depuis le début des années 20. La Compagnie de Navigation Paquet l'employait pour diriger ses services de publicité. Ce jeune homme par ailleurs "couvert de femmes" portait des knickerbockers et des chaussettes écossaises, ou bien s'enveloppait d'une grande cape noire comme les affectionnait Buster Keaton. Il publia des textes dans Bifur, au Grand Jeu, chez Europe et Chantiers ainsi que dans La Révolution Surréaliste.

Jules Supervielle écrivit un poème en sa mémoire, Paul Eluard l'évoque dans ses Lettres à Gala, Blaise Cendrars le silhouette dans L'Homme foudroyé, Gabriel Bounoure lui consacre l'un des textes de ses Marelles sur le parvis, Antonin Artaud lui dédicaça l'un de ses exemplaires du Pèse-Nerfs : "A l'un des rares qui ait mis leur doigt d'homme sur ma peine de mort". A propos d'André Gaillard, je veux aussi mentionner le témoignage de  Georgette Camille (3), une personne rigoureusement magnifique dont il faut imaginer la présence et la mémoire à partir d'un portrait photographique composé par Dora Maar (page 50 du cahier 16 de la Revue des Revues).

Georgette Camille, ultime témoin des Cahiers du Sud

Née à Paris le 24 septembre 1900, décédée le 30 janvier 2000, proche amie de René Crevel, de Vera et René Daumal, d'André Chastel, d'Armand Petitjean et de Roger Caillois, Georgette Camille était une parisienne familière des milieux avant-gardistes de l'entre-deux guerres :  sa correspondance privée évoque ses relations avec Max Jacob, Christian Bérard, Edouard Roditi, Denis de Rougemont, Jacques Lacan, Carl Einstein, Georges Bataille, Alejo Carpentier, Antonin Artaud, Philippe Soupault et André Breton. Elle avait publié en 1931 aux éditions Rieder la traduction d'une "Vie de Gandhi" qui fut préfacée par Romain Rolland, elle fréquentait souvent les proches de Jean Cassou, d'Edmond Jaloux et de Lise Deharme. Selon les moments et les années, on l'apercevait parmi les tables des Deux Magots, dans l'atelier de Sima avec ses amis du Grand Jeu, dans la proximité de Caillois qui était alors "un jeune homme maigre, avec une mèche de cheveux rebelle", aux cours de Georges Dumézil ou bien encore lors de quelques-unes des séquences du Collège de Sociologie. Traductrice de Virginia Woolf et d'Adolfo Bioy Casarès, Georgette Camille imagina et dirigea le tout premier des numéros spéciaux des Cahiers du Sud consacré au Théatre élizabethain. Elle mit en chantier, bien avant qu'Albert Béguin n'en rédige la préface, le financement et l'essentiel du sommaire du Romantisme allemand.

 

Georgette Camille par Man Ray

Georgette Camille, 1928, photographie de Man Ray.

Georgette Camille qui habita jusqu'au milieu des années 90 un appartement rue de Grenelle, aimait raconter avoir déjeuné pendant une journée de la fin des années vingt à deux pas du Prado de Marseille,  dans une pension de famille de la rue Saint Sébastien, en compagnie d'André Gaillard dont elle était follement éprise : autour de la table, il y avait Henri Michaux, Max Ernst et Marie-Berthe Aurenche. Chaque fois qu'elle invoquait la mémoire d'André Gaillard, son visage muait : le surréalisme d'André Gaillard, c'était beaucoup d'exigence, une très grande rigueur, elle se souvenait qu'elle lui devait son entrée dans le monde de la poésie. Responsable d'un réseau de résistants dans la région de Marseille et par ailleurs proche de l'anthropologue Malinowski, l'un de ses grands amis anglais, Charles Skepper fut exécuté par la Gestapo en 1944. Dans la transcription d'un entretien qu'elle avait réalisé avec Michel Carassou pour le n°679 / 680 de la revue Europe consacré en novembre 1985 à René Crevel, son témoignage se termine ainsi : "Presque tous ceux dont je vous ai parlé ont disparu ... j'ai marché longtemps en tête d'une grande foule. Mais quand je me suis retournée, il n'y avait plus personne".

Excepté pour quelques connaisseurs, la figure d'André Gaillard est restée dans l'ombre. Sa vie fut trop brève pour qu'il puisse bâtir une oeuvre poétique aisément identifiable : André Gaillard n'appartient pas à la grande légende du surréalisme. Sa mort reste inexpliquée. Le 17 décembre 1929, on le retrouva gisant dans la salle de bain d'un studio de la rue des Recolettes, près du cours Belsunce. Quelques-uns parlèrent d'un suicide, d'autres qui invoquaient aussi sa mauvaise santé et ses très grandes fatigues parlèrent d'hydrocution ou bien d'abus de stupéfiants.

Jean Ballard n'était pas seulement l'homme qui imaginait des sommaires, consultait ses amis et validait la parution des textes de sa revue. Ses journées étaient souvent accaparées par la patiente recherche du financement des Cahiers : il sollicitait les compagnies de navigation, les commerçants et les industriels de sa ville, des éditeurs parisiens ainsi que des interlocuteurs privilégiés comme Jeanne Lanvin et le ministère de l'Education nationale. Certaines fois, cette quête permanente engendrait une grande lassitude, il lui arrivait d'estimer que "sa revue ne s'était pas faite avec Marseille, mais contre Marseille". Il racontait à ses proches que durant toute sa vie, il avait été obligé de se comporter comme "un frère mendiant".

La revue publia pendant l'entre-deux guerres Céline et Valéry, des traductions d'écrivains comme Asturias, Carpentier, Kafka, D.H Lawrence, Faulkner, Dos Passos, Walter Benjamin et Fernando Pessoa. Grâce à la clairvoyance d'un conseil de rédaction où Ballard avait réuni des marseillais comme Gabriel Bertin, Marcel Brion, Henri Fluchère et Léon-Gabriel Gros, des "premiers textes" furent publiés : par exemple, Adamov, Caillois, Chastel et Fondane en 1933, Yourcenar en 1936, Cayrol, Robin, Senghor ou Clancier en 1938. Simultanément l'équipe des Cahiers inventait des numéros spéciaux de belle envergure consacrés au Théatre élisabethain (1933) à L'Islam et l'Occident, au Romantisme allemand (1937), au Message de l'Inde, au Génie d'Oc  (1942), aux Petits romantiques français ou bien aux Grands courants de la pensée mathématique (1947). En moyenne, les ventes des Cahiers du Sud, c'étaient 1.000 à 1.500 exemplaires pour chaque nouvelle livraison, 5.000 à 8.000 pour les numéros spéciaux. Le rayonnement de la revue était principalement qualitatif, son immense mérite fut de savoir aiguiser de manière permanente sa curiosité et de pouvoir participer depuis sa province à quelques-uns des grands épisodes de l'histoire culturelle du XX° siècle.

De grands médiateurs : Joë Bousquet, Gabriel Bertin, Jean Tortel.

Pendant les années quarante, la revue fut un précieux point d'appui pour de nombreux réfugiés candidats à l'exil. Jean Ballard prit le risque de publier des écrivains "indésirables" aux yeux du gouvernement de Vichy, comme André Breton, Saint John Perse et Simone Weil. Au sortir de la guerre, le fonctionnement du périodique fut profondément renouvelé. Les Cahiers du Sud devinrent trimestriels, le conseil de rédaction réunit de plus jeunes collaborateurs comme Jean Tortel (1904-1993) et Pierre Guerre (1910-1978), des personnes que j'ai eu la joie de connaître et de rencontrer.

Je me souviens du sourire et de l'accueil toujours chaleureux de Pierre Guerre, lorsqu'il animait depuis l'Hôtel de Ville d'Aix-en-Provence les premières années de la Fondation Saint John Perse. Pierre Guerre fut un proche de Paul Eluard et de René Char ainsi que du grand marchand d'art africain Charles Ratton. Une amie m'a raconté que lorsqu'il donnait des cours à la Faculté des Lettres d'Aix-en-Provence à propos des Arts premiers, il lui arrivait d'apporter dans un sac de sports, pour mieux la montrer aux étudiants, l'une des pièces infiniment précieuses de sa collection personnelle, pour partie aujourd'hui visible à la Vieille Charité de Marseille. J'ai souvent rencontré Jean Tortel (4) à la Chartreuse de Villeneuve les Avignon, Gil Jouanard était l'un de ses amis proches. Lorsque j'écrivais mon livre sur les Cahiers du Sud, Jeannette et Jean Tortel m'ont reçu plusieurs fois dans leur logis des Jardins Neufs d'Avignon : en dépit des graves ennuis de santé qui affectaient Jean Tortel, ils étaient merveilleusement heureux d'évoquer les souvenirs de leur vie à Marseille. Tous deux avaient conservé une vive amitié pour Gabriel Bertin, un personnage infiniment discret qui fut l'un des plus solides membres du comité de rédaction des Cahiers, jusqu'en janvier 1945, date de son décès.

Portrait de Gabriel Bertin en 1939 (collection Françoise Ballard).
Portrait de Gabriel Bertin, photographie de 1939  (collection Françoise  Jacquemet-Ballard).

Gabriel Bertin était par excellence l'homme de confiance de la revue. Il remplaçait admirablement Ballard chaque fois qu'il se déplaçait vers Paris ou bien dans les pays du Maghreb. Ses choix rédactionnels étaient toujours respectés : Jean Tortel m'expliquait que "ce que Bertin admettait ne faisait plus guère discussion". Il ajoutait : "C'est lui qui a amené Kafka et les romanciers américains. Paradoxalement, l'extension du regard mondialiste de la revue provenait de l'homme le plus discret, le plus retiré, le plus invisible qui se puisse trouver. C'était un hidalgo silencieux, grand et brun. Il ne parlait pas, il impressionnait beaucoup ... Bertin avait une lucidité parfaite sur ce qu'il était, sur ce que nous étions, les uns par rapport aux autres. Il n'avait aucune illusion ... Dans une large mesure, l'esprit des Cahiers, c'est l'esprit de Bertin. Un mélange de timidité, d'écart et d'audace". A son propos Joë Bousquet (5) qui l'aimait profondément livra la plus belle définition de l'amitié que je connaisse : "J'appelle amis ceux qui me manquent chaque jour".

Quelques années après le départ de Bertin, une seconde séparation affecta profondément la donne des Cahiers du Sud. Depuis les années 30 et jusqu'en 1950, Jean Ballard avait pris l'habitude de se rendre souvent à Carcassonne afin de se détendre et de réfléchir sur la stratégie de sa revue en compagnie de Joë Bousquet et de ses proches amis, Ferdinand Alquié, René Nelli et Pierre Sire. L'abondant courrier que Ballard et Bousquet échangèrent - il faudrait l'éditer - plus de 400 lettres souvent passionnantes, certaines fois d'une impressionnante longueur, témoignent pour la très grande qualité de leurs relations qui permettent également de mieux caractériser ce que fut l'esprit des Cahiers du Sud ainsi que la singularité d'un "surréalisme méditerranéen" dont, via les Troubadours et la tradition orale, Joë Bousquet et René Nelli  (6) furent les plus émouvantes incarnations.

Joe_Bousquet_Ferdinand_Alquie_et_Rene_Nelli_a_Villalier_en_1928_page_58_Les_Cahiers_du_Sud_La_generation_de_1930_ed_Garae_Hesiode_1987
Joë Bousquet, Ferdinand Alquié et René Nelli à Villalier en 1928 (page 58 de Les Cahiers du Sud / La génération de 1930, éd Garae/ Hésiode 1987).

Joë Bousquet savait que les revues - lettre de mars 1939 - "témoignent plus fidèlement que les livres en faveur de notre temps". Il mesurait parfaitement la liberté d'expression dont il pouvait profiter chaque fois qu'il publiait un texte ou bien une chronique dans les Cahiers du Sud. Dans une lettre adressée à Ballard en  février 1942, il exprimait toute sa gratitude : "Bien des années ont passé, beaucoup d'encre a coulé, mais je suis resté, dans mon coeur, l'écrivain qui peinait sur la première chronique que m'avait donnée Gaillard... L'âme des débutants est pleine de reconnaissance. Je suis, sur ce point, et serai toujours reconnaissant".

Joë Bousquet n'avait pas d'égard pour les autorités et les pouvoirs établis, il lui arrivait d'estimer - lettre de juillet 1941 - que "ce que nous disons a plus d'importance que ce que nous publions". En juillet 1937, Bousquet reconnaissait déja à Jean Ballard la place qu'il pourrait occuper dans l'histoire littéraire : "il n'y a pas d'oeuvre de l'homme seul"... "Vous nous donnez l'exemple en sauvant la revue chaque mois : il n'y a pas de frontière visible entre votre activité forcenée et celle que vous attendez de nous tous". De son côté, Jean Ballard avait à coeur d'affirmer - lettre de septembre 1938 - qu' "une vieille amitié est une sorte de chef d'oeuvre".

Jusqu'en 1966, une revue de premier plan

Après la Libération, la revue mit au point la formule des "frontons", des numéros spéciaux miniatures qui abordèrent des thématiques pionnières : par exemple des études à propos de figures d'écrivains comme Segalen, Nodier, Suarès ou Trakl ou bien des ensembles de textes concernant "Fondane parmi nous", "Le hai-ku / poème des saisons", "Charles Nodier, l'annonceur", "Il y a dix ans, René Daumal", "Les Bardes gaulois",  "Les Baroques occitans", "L'Empire du Milieu" ou bien "La jeune poésie américaine". Nul n'est parfait, l'une des rares réserves que l'on puisse formuler vis-à-vis des Cahiers du Sud, ce fut d'avoir manqué l'occasion d'être l'une des premières publications françaises qui aurait évoqué de manière conséquente Walter Benjamin. En septembre 1964, une lettre de Pierre Missac, l'un des meilleurs spécialistes en France de Benjamin, proposait à Jean Ballard d'imaginer un dossier magiquement novateur pour l'époque : pour ce fronton dont il aurait pris la responsabilité, Pierre Missac voulait rassembler des traductions inédites de Walter Benjamin et des textes qu'il aurait obtenus auprès de Scholem et d'Adorno. Malheureusement, d'ordinaire beaucoup plus aventureux et averti, le conseil de rédaction des Cahiers du Sud ne sut pas saisir cette magnifique opportunité.

Pendant ses dernières années de parution, la revue publia Char, Gracq, Ponge, Du Bouchet, Mandiargues, Schehadé, Celan, Elytis, Brauquier, Rouquette, Malrieu, Puel, Deguy, Réda, Stéfan, Jaccottet, Roubaud, Munier, Deluy, Todrani, Arseguel, Guglielmi, Viton, Robert Rovini et Raymond Jean. La littérature n'était pas son unique préoccupation, des universitaires, des philosophes et des auteurs de sciences humaines comme Vladimir Yankélévitch, Ferdinand Alquié, Georges Dumézil, Louis Althusser, André Chastel, Georges Duby, Roger Bastide, Jean Duvignaud, Emmanuel Lévinas, Georges Mounin ou Gilles Deleuze y furent convoqués. Comme le soulignait un autre membre du conseil de rédaction des Cahiers, Léon-Gabriel Gros, "Jean Ballard ... consentit, comme au temps de Gaillard et du surréalisme à toutes les mutations même quand il ne les approuvait pas, lui qui fut au fond un homme du dix-neuvième siècle et un fidèle des Parnassiens. C'est en cela qu'il a donné mieux qu'un exemple unique d'ouverture intellectuelle ou spirituelle, une leçon d'absolu désintéressement. Si les Cahiers demeurèrent jeunes jusqu'au bout, c'est parce que Jean Ballard le demeura lui-même".

Au cours des trois dernières décennies, plusieurs publications, expositions et colloques ont approfondi la mémoire des Cahiers du Sud. En décembre 1981, pendant que les éditions Rivages publiaient des reprints de la revue - entre autres, Joë Bousquet, Le Romantisme allemand, L'Islam et l'Occident et Le Génie d'Oc -, aux Archives de la Ville de Marseille se déroulaient une exposition et des rencontres intitulées "Rivages des Origines / Archives des Cahiers du Sud". En 1987, à Carcassonne, un colloque imaginé par René Piniès et Daniel Fabre était titré "Cahiers du Sud / Rencontre sur les cultures". En octobre 1993, tandis que les éditions de l'Imec publiaient mon ouvrage Chronique des Cahiers du Sud, 1914-1966, la Vieille Charité célébrait le centenaire de la naissance de Jean Ballard et publiait un livre collectif. Pour mesurer à quel point les Cahiers du Sud sont une référence incontournable pour la vie littéraire marseillaise, on rappelera qu'au 10 du Cours Jean Ballard, l'ancien local de la revue continua d'être un lieu de rencontres et d'invention : entre 1985 et 2009, son adresse fut le siège des éditions d'André Dimanche.

Alain Paire

A propos de l'histoire des Cahiers du Sudcf cette video, enregistrée au Banquet de Lagrasse en 2012.

Recueillis, classés et annotés par Marcelle Ballard, les manuscrits et l'abondante correspondance des Cahiers du Sud sont consultables à Marseille parmi les fonds de la BMVR de l'Alcazar. Exception faite pour des exemplaires rarissimes de Fortunio, on y trouve les 391 numéros de la revue. Un recueil des reprints de Jean Ballard, que j'avais composé pour les éditions Rivages en 1981, comporte une anthologie des articles du directeur de la revue, notamment sa rétrospective, "Coup d'oeil sur notre-demi siècle".

Chronique des Cahiers du Sud, 1914-1966, éditions de l'Imec, octobre 1993, 412 pages, préface de Jean Duvignaud. Cf aussi le site des Revues littéraires de Luc Autret, le n° 3 de la revue If, 1993  (André Gaillard, Nicole Cartier-Bresson, Sylvain Itkine) et le n° 16 de la Revue des Revues, 1993 (lettres de Bousquet à Paulhan, Jouve et les Cahiers, Georgette Camille, journal de bord de la revue en 1941).

(1) Cf De mémoire d'oublié, recueil d'articles de Gabriel D'Aubarède paru aux éditions de la Table ronde, édition établie et présentée par Etienne de Montety, 2004.

(2) Domiciliées à l'Isle sur la Sorgue, les éditions Le Bois d'Orion ont publié en 1999, présentés par Jean-Pierre Pegot, la plupart des Textes poétiques des Oeuvres complètes d'André Gaillard  éditées par les Cahiers du Sud en 1941 (préface de Léon-Gabriel Gros, dessins d'André Masson). Dans son ouvrage L'Invention de Blaise Cendrars / Une poétique de la pseudonymie (Cahiers Blaise Cendrars n°10) David Martens analyse le rôle d'André Gaillard dans l'écriture de Dan Yack.

(3) Un fonds Georgette Camille est consultable à l'Imec. Cf aussi l'article où elle évoque quelques-uns de ses souvenirs dans le Cahier de Chronos "Roger Caillois", dirigé par Odile Felgine aux éditions de La Différence, 1991. Non encore publiée, une importante transcription de sa correspondance avec Armand Petitjean vient d'être annotée par Martyn Cornick et Clara Mure Petitjean.

(4) Un colloque Jean Tortel, organisé par Catherine Soulier fut programmé à Montpellier les 20 et 21 avril 2011, avec la participation de Gérard Arseguel, Jean-Marie Gleize, Tristan Hordé, Michèle Monte et Jean-Luc Steinmetz.

(5) A propos de Joë Bousquet, cf l'anthologie de ses articles des Cahiers du Sud, reprint éditions Rivages, 1981.  Visiter à Carcassonne,  à la  Maison des Mémoires, au 53 rue de Verdun,  le  Centre Joë Bousquet et son temps dirigé par René Piniès : on y découvre la chambre de Joë Bousquet, il s'y organise régulièrement des rencontres, des expositions et des publications (entre autres, Denise Bellon / Joë Bousquet: "Au gîte du regard", photographies réalisées en octobre 1947). A propos de sa collection de peintures, cf "La Chambre de Joë Bousquet", par Pierre Cabanne, avec la collaboration de Yolande Lamarain (éd. André Dimanche, 2005). Jusqu'au 7 mai 2011, exposition Poésie et esthétique autour de Joë Bousquet, René Nelli et Charles-Pierre Bru, texte de présentation de Gaston Puel qui évoque Bousquet "Le roi blessé" et  Ginette Augier.

(6) René Nelli (1906-1982) fut un proche ami de Joë Bousquet, il publia à son propos une irremplaçable monographie (éd. Albin Michel 1975) et fut le responsable et le préfacier des éditions de son oeuvre complète chez Albin Michel ou bien chez Rougerie. Cf l'ouvrage  "René Nelli et les Cahiers du Sud", 260 pages, présenté par Daniel Fabre et Jean-Pierre Piniès, édité en 1987 par le Garae ethnopole qui programme rue de Verdun une remarquable exposition du 4 février au 7 mai 2011, "René Nelli ou la poésie des carrefours" ainsi qu'un colloque, les 21 et 22 avril.

Cet automne à Lagrasse dans l'Aude, dans le droit fil des éditions Verdier et de leur fondateur Gérard Bobilier qui publia plusieurs ouvrages de Bousquet, la Maison du Banquet  et des générations présentera les 11 et 13 novembre 2011 une manifestation intitulée "Joë Bousquet, René Nelli et Pierre Reverdy / L'esprit du lieu". 

 

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