| André Nègre, galeriste et collectionneur |
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| Expositions récentes |
| Mardi, 05 Juin 2012 08:11 |
![]() Octobre 2007, vernissage rue du Puits Neuf, André Nègre et sa compagne Nathalie Scalone. Exposition André Nègre, galeriste et collectionneur, jusqu'au samedi 29 décembre 2012, oeuvres de Georges Bru, Jean-Jacques Ceccarelli, Henry Cousinou, Yvan Daumas, Françoise Martinelli, Christian Martin-Galtier, André Masson, Mela, Edgar Mélik, Fernand Nègre, Pablo Picasso, Louis Pons, Saint-Martin, Pascal Verbena et Jean-Marie Zazzi. Galerie ouverte du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30, au 30 de la rue du Puits-Neuf, Aix-en-Provence (près du parking Bellegarde et de la rue Mignet). Le soir du vernissage, projection du film de Lea Torreadrado et d'Alain Louedec, André Nègre, une aventure de l'art à Marseille. Des extraits de ce DVD sont diffusés sur ce lien par Mativi/ Marseille. Cf. des images fixes de l'exposition sur ce lien du blog de Florence Laude et sur cet autre lien du blog de l'association des amis d'Edgar Mélik. Un autre montage video, des images du vernissage et des oeuvres, réalisé par Lea Torreadrado sur un troisième lien. Son père, Fernand Nègre (1899-1985) était peintre. Au début de sa carrière, après avoir suivi pendant l'après-guerre les cours de l'Ecole d'art de la Place Carli, André Nègre avait travaillé en qualité de restaurateur sous l'égide d'un proche voisin, l'expert d'art Emile Lacroix qui fut un bon connaisseur de la peinture ancienne, un familier des oeuvres de Louis-Mathieu Verdilhan et de René Seyssaud. Parce qu'il était curieux, sensible et attentif, André Nègre entreprit de promouvoir les travaux de quelques-uns des artistes qu'il affectionnait. Son métier d'encadreur / restaurateur n'était pas toujours gratifiant : les possibilités de rencontres et la liberté dont dispose un galeriste l'incitèrent à élargir ses champs d'action. A l'intérieur d'un marché de l'art marseillais étriqué et conservateur - "les peintres du Peano", Ambrogiani et Ferrari, détenaient une sorte de monopole - André Nègre introduisit au début des années soixante des voix nouvelles et des ferments de rebellion. La création de sa galerie s'inscrit dans le sillage de l'action novatrice d'un membre de la coopérative des Croque-Fruits, Rudi Caumont, l'homme du Four des navettes et de la galerie Solstice qui exposa Georges Braque près de l'Abbaye Saint Victor. Dans ce contexte difficile, le graveur-lithographe Jo Berto (1907-1978) qui fut un proche ami de Louis Pons avait beaucoup oeuvré : Berto réalisa souvent les maquettes et les affiches du Théatre Quotidien de Marseille, travailla pour Lurçat, Seyssaud et Priking ainsi que pour Picasso qu'il rencontra à Mougins et Vauvenargues (1). Tirée en décembre 1956 sur la presse à bras de Jo Berto dans son atelier de la rue Sainte, on apercevra dans la collection d'André Nègre une lithographie de Pablo qui silhouette en trois couleurs le profil de Jacqueline Picasso. Picasso était âgé de 75 ans lorsqu'il traça le portrait de sa compagne de 29 ans ; pendant cette fin d'année 1956, sa lithographie figura sur l'affiche d'une exposition qui se tenait à Nice, à l'occasion de la publication par Henri Matarasso d'une importante bibliographie, le premier catalogue des livres illustrés par Picasso.
Yvan Daumas, Jean-Marie Zazzi, Pierre Ledda et Pascal Verbena.André Nègre sut pendant trente années frayer la voie pour de jeunes peintres de son époque ainsi que pour des autodidactes qui se situaient dans la mouvance de l'art brut. Parmi les artistes pour lesquels il organisa de mémorables expositions, il faut citer en première ligne Yvan Daumas qui fut tout d'abord présenté chez Athanor, Jean-Marie Zazzi et Pascal Verbena . Dans son espace, avant de rallier à la fin des années 80 la galerie Pierre Chave de Vence, Pascal Verbena fit en février 1974 sa toute première exposition : par la suite, pendant cette fin des années soixante-dix, il exposa successivement ses rétables et ses habitacles à Paris, dans l'Atelier Jacob d'Alain Bourbonnais, ainsi qu'à Marseille.
Toile de Jean-Jacques Ceccarelli, 1977. A quatre reprises, entre 1972 et 1991, André Nègre présenta des travaux de Pierre Ledda (1914-1994), ses assemblages de sculpteur-soudeur et ses gouaches. Jean Bellissen, Olivier Bernex, Pierre Chanoine, Paul Coupille, Henry Cousinou, Jacqueline Debayle, Max Fabre, Gwezenneg, Gérard Lainé, François Lombardi, Christian Martin-Galtier, Françoise Martinelli, Georges Point, Georges Rinaudo, Patrick Salvator, Odile Savajols-Carle, Omar Youssoufi ou bien encore Hans Steffens bénéficièrent de son hospitalité. ![]() Milieu des années 70 : le petit homme en costume-cravate à droite, c'est Pierre Ledda. Au centre, André Nègre. Pour d'autres artistes - on découvrait au gré des saisons dans sa réserve des pièces d'Edgar Melik, de Gilbert Pastor, de Louis Pons ou bien de Michel Nedjar - pour des collectionneurs comme Anne et Henri Sotta qui sont de grands amis et qui s'approvisionnèrent souvent chez lui, André Nègre joua un rôle d'intermédiaire extrêmement précieux. Une fois passé le cap de l'exposition, il conservait pour son fonds les pièces provisoirement non-vendues qu'il affectionnait particulièrement. Ou bien, il sollicitait des dépôts récents qui revigoraient nos sensations. J'ai personnellement souvenance de l'apparition dans sa réserve d'une composition d'Yvan Daumas, un grand format rougeoyant de la fin des années soixante-dix, immédiatement situable du côté de Françis Bacon et de Velickovic.
Petit format d'Yvan Daumas, 1972. Songer à l'histoire du Cours d'Estienne d'Orves - elle fut racontée par Jean Boissieu - engendre toutes sortes de récits et de souvenirs. Elle est à présent terriblement lointaine, l'époque pendant laquelle Emile Lacroix travaillait en compagnie de Fernand et d'André Nègre : en ce temps-là, dans les milles mètres carrés du rez de chaussée, à la place des éditions et de la librairie-restaurant de Jeanne Laffitte, il y avait un magazin Leclerc et puis la grande ombre du parking des voitures. Il fallait souvent se lever matin et rentrer tard le soir pour mener de front le travail du galeriste et celui de l'encadreur. André Nègre prit sa retraite plus tôt que prévu, à l'âge de 61 ans : sa trajectoire s'acheva pendant l'orée des années quatre-vingt dix. Pendant neuf années, Rachel Nègre qu'il avait épousée en 1955, avait enduré une longue et douloureuse maladie : avant qu'il ne soit trop tard, il fallait prendre de la distance et du repos. "Une aventure à Marseille"Deux documentaristes, la videaste-photographe Lea Torreadrado et le réalisateur Alain Louedec ont imaginé et monté à propos de l'histoire de sa galerie un film d'une trentaine de minutes qu'ils ont titré "André Nègre, une aventure de l'art à Marseille". Y sont recueillis des séquences de souvenirs et des documents d'archives - entre autres, grâce à l'antenne régionale de l'Ina, des vues brèves d'un vernissage d'Olivier Bernex où l'on aperçoit Léo Ferré - et puis des entretiens avec des confrères galeristes comme Jean-Pierre Alis et Bernard Plasse, ainsi qu'avec des artistes comme Claude Langlois, Jean-Jacques Surian et Pascal Verbena. >
![]() Novembre 2011, André Nègre réunit des amis.
Emouvant et renseignant, ce film révèle finement le rôle trop souvent inaperçu d'un marchand de tableaux découvreur-mainteneur dans une cité de l'hexagone. Sur certains points de son analyse et de sa chronologie, par exemple lorsqu'il souligne le rôle prépondérant que jouent aujourd'hui les grandes foires internationales, ce document enregistre des évolutions qu'on ne peut pas sous-estimer ; les témoignages qu'il recueille penchent du côté d'une posture mélancolique et désenchantée. Les auteurs recherchent la silhouette rarement visible d'un indispensable maillon, l'amateur de peinture dont les convictions se forgent au fil des saisons, et qui comme l'indique judicieusement Bernard Plasse, ne peut pas être "fabriqué" : l'incorrigible espoir, l'utopie du galeriste, c'est bien évidemment que puisse survenir dans ses murs la tierce personne parfaitement décisive, un collectionneur qui aura du temps et de l'attention pour se confronter avec la création artistique. Alain Paire
Dessin de Louis Pons, Le sommeil, à voir dans l'exposition de décembre (photographie Florence Laude) |
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