| Deux visiteurs pour "Jaccottet et les peintres" |
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| Expositions récentes |
| Jeudi, 21 Juillet 2011 09:37 |
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Le principe de cette exposition est le plus simple et le plus limpide : l’amitié. Amitié entre la poésie et la peinture. Amitié entre un poète et ses compagnons peintres. A commencer par la plus proche dans la vie. La simplicité et l’authenticité du lieu correspondent parfaitement à cet esprit. Sur les cimaises, une constellation de dessins et peintures témoignent des liens profonds qu’entretient l’œuvre poétique de Jaccottet avec les paysages, natures mortes et diverses figures du monde, saisis par la sensibilité fine des quelques amis fidèles. Il s’est agi, à chaque fois, de dire la singularité d’un lieu, d’un arbre, d’un fruit, la fragilité de leur lumière et la poésie de l’instant, rendu à la durée de l’œuvre. En entrant nous sommes immédiatement requis par un ensemble très heureusement construit d’aquarelles récentes d’Anne-Marie Jaccottet. Leur éclat, leur fraîcheur, leur spontanéité méditée, l’accord entre le gris léger du trait et les taches harmonieuses des rouges, oranges, verts, bruns violets, de quelques fruits, la transparence d’une coupe, l’air entre des branches à peine esquissées, tout cela émeut, vibre à l’unisson, ou presque tremble dans la blancheur du papier. Juste à droite, sur un autre mur, comme en écho aux aquarelles d’Anne-Marie, le rouge vif d’une lithographie de Claude Garache fait résonner le poème de Jaccottet et c’est une autre vibration qui s’instaure entre les deux corps et l’écriture manuscrite du poète. Sur la grande lithographie de Claude Garache apparaissent deux silhouettes féminines, vues en contre-jour et disposées l'une au dessus de l'autre, en suspens dans la page blanche. La fine écriture penchée de Jaccottet les traverse depuis le haut de l'estampe et cette surimpression donne un bougé aux formes charnelles, accroissant leur étendue. Elle crée une sorte de dédoublement dans le regard par l'alternance du lire et du voir. Et le rouge ardent si particulier à l'oeuvre de Claude Garache rayonne ici sous le gris du poème dans un corps à corps subtil de lumière et d'humanité. Si vraiment l'encre du poème est de l'ombre, on voit ici qu'elle est une ombre bénéfique.
A gauche des aquarelles d’Anne-Marie Jaccottet, quatre dessins à la plume et à l’encre de Jean-Claude Hesselbarth, dessinent des ponctuations noires griffées de lumière. Leur structure rigide affirme une singularité à côté des rondeurs aquarellées des fruits.
Entre Palézieux et Hollan, on peut voir deux paysages de Nasser Assar, combe d’arbres et de verts, végétation au creux de la montagne juste suggérée, dessinant un passage vers des profondeurs inaccessibles et désirables. A ses côtés, une lithographie de Giacometti, qui accompagne les jours de Philippe Jaccottet, Montagne à Maloja (1957), par un lacis de traits, suggère à la fois la distance et la vision globale du lieu, donnant sa présence infinie. A noter aussi deux peintures quasi impressionnistes de François de Asis et deux autres peintures abstraites plus récentes, sortes de tressage de touches colorées. Placées à côté des dessins de Jean-Claude Hesselbarth, ces créations s’opposent et se questionnent dans la connivence secrète de l’amitié. Pour que le paysage de l'amitié soit un peu plus complet, on aurait aimé trouver ici quelques dessins de l'ami de toujours, Jean Eicher auquel Philippe Jaccottet a consacré un texte admirable dans un livre publié en 1986 chez Payot, Jean Eicher dit l'oiseau : l'oeuvre retrouvée. Plus loin dans le temps, il aurait fallu retrouver des œuvres de Lélo Fiaux dont on sait si peu de choses en France, et qui ont à coup sûr formé le regard du jeune Jaccottet. La particularité de cette exposition Philippe Jaccottet et les peintres, outre les qualités intrinsèques des œuvres, est de rendre concret et visible le paysage de ses amitiés entrelacées. Est donnée à voir une forme visible de consentement de l’artiste à se faire humble devant la lumière du monde. Et cette orientation, cette discipline de rigueur attentive constitue le lien le plus profond entre les œuvres présentées. Une communion avec l’univers à travers ses saisons. Louons la présentation simple et juste, qui donne une image sensible de toute une vie d’un regard attentif. Il est très heureux qu’après la publication récente du livre de Sébastien Labrusse, une telle halte de fraîcheur et de lumière ait été offerte aux voyageurs de l’été. Marie Alloy et Jean Pierre Vidal, 21 juillet 2012.
Marie Alloy est d'abord peintre, mais aussi graveur et éditeur. Elle est née en 1951 à Hénin-Beaumont. En 1993, elle crée sa maison d'édition, Le Silence qui roule où elle entame un dialogue avec des poètes dans des livres d'artiste. Ses gravures accompagnent des textes et poèmes inédits d'Eugène Guillevic, Pierre Dhainaut, Dominique Sampiero, Antoine Emaz, Jacques Lèbre, Abdellatif Laabi, et quelques autres comme par exemple, dans un ouvrage collectif, Bernard Noël et Bernard Vargaftig. Ses gravures ou bien ses textes sont également publiés chez d'autres éditeurs comme Deyrolle, L'Amourier (avec Alain Freixe), Wigwam, La Feugraie, Cadex, Voix d'encre, Unes et Farrago, ainsi que dans des revues comme Théodore Balmoral, Rehauts, Scherzo, Thauma... Marie Alloy est la compagne de Jean Pierre Vidal. On peut voir son travail, gravures, peintures et livres, à la galerie Lettres et images, passage Vivienne, Paris 3ème. Dernier ouvrage publié : Même la nuit, la nuit surtout, poème de Pierre Dhainaut. A paraître : Corot, « Une route près d’Arras », éd. Invenit.
Jean Pierre Vidal est né en 1952 à Alger. Il a publié chez Payot en 1989 un ouvrage qui regroupe des pages retrouvées, des inédits, des entretiens et un dossier critique autour de Philippe Jaccottet. Il a aussi édité plusieurs ouvrages critiques de Philippe Jaccottet : Une Transaction secrète et Ecrits pour papier journal, chroniques 1951-1970 (Gallimard, 1987 et 1993), et, au Temps qu’il fait, Tout n’est pas dit (1993). Il a dirigé, en collaboration avec André Ughetto, le numéro spécial de la revue Sud consacré au poète de Grignan (Alentour de Philippe Jaccottet, 1988), et a collaboré à de nombreuses revues (Aires, Théodore Balmoral, Ecriture, Nouvelle Revue française, Recueil, etc.).
Deux recueils de notes aux éditions Le Temps qu'il fait de Georges Monti : Feu d'épines, 1993. La fin de l'attente, 1995. Aux éditions Les pas perdus, en 2003, Vie sans origine, poèmes, avec des estampes de Marie Alloy, et plus récemment, aux Editions Le Silence qui roule, Thanks et Gravier du songe.
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