Choses lues, choses vues
septembre 19, 2017

Jean-Baptiste Sécheret à la galerie Prodromus, Paris

Jean-Baptiste Sécheret, Le lac d'Orta, 2010, huile sur carton préparé, 18,8 x 24 cm Pour accompagner la parution d’un ouvrage consacré à une série de dessins exécutés en Grèce, en 1930, par le peintre et graveur français Jules Chadel (1870-1941) 1, récemment révélé par une exposition au musée d’Art Roger-Quilliot, à Clermont-Ferrand 2, la galerie Prodomus présente à Paris un ensemble d’œuvres…
août 21, 2017

A propos de l'exposition "Cézanne. Portraits" au Musée d'Orsay

Paul Cézanne, La Vieille au chapelet, 1895-1896, huile sur toile, 85 x 65 cm, Londres, The National Gallery. Cézanne a peint des portraits dès le début de sa carrière de peintre dans les années 1862-1864 avec plusieurs têtes d’homme et de femmes, et un premier autoportrait (on peut noter que son intérêt pour la nature morte apparaît un peu plus tard,…
août 09, 2017

Deux expositions Cézanne en Suisse

  Cézanne, Village des pêcheurs à L'Estaque, vers 1870 (ou avant), huile sur toile, 42 x 55 cm, collection privée Sans qu’aucun anniversaire n’en soit la cause, deux expositions consacrées à Cézanne ont lieu quasi simultanément en Suisse cet été : Paul Cézanne. Le Chant de la terre, à Martigny (Valais), à la Fondation Pierre Gianadda, du 16 juin au 19 novembre,…
Paul Cézanne
avril 15, 2015

Achille Emperaire, 1829-1898

in Paul Cézanne

by Paire alain

Un fusain d'Emperaire qu'on pourrait rapprocher de Maillol, format 23 x 29 cm, collection particulière (photo Xavier de Jauréguiberry). Achille Emperaire, vie minuscule. De dix années plus âgé que Cézanne, Jean Joseph Achille Emperaire était né à Aix-en-Provence, le 16 septembre 1829. Ses parents habitaient le n°49 de la rue d'Italie ; ce fut le lieu de sa naissance. Sa mère avait pour nom de jeune fille Françoise Emilie Elisabeth Aubert. Françoise Aubert naquit à Marseille le 28 avril 1796, elle mourra à l'âge de 44 ans. Elle appartenait à une famille de négociants marseillais ; on peut supposer qu'elle était…
février 26, 2015

Août 1961 : huit toiles de Cézanne volées au Pavillon de Vendôme d'Aix-en-Provence !

in Paul Cézanne

by Paire alain

Cézanne, Pyramide de crânes, huile sur toile, 39 x 46 cm (collection Feichenfeldt, Zurich). Peu de gens en ont conscience ou bien souvenir, presque personne n'en parle ... Les Aixois et les amateurs d'art ont préféré refouler des événements qui ne sont pas glorieux : l'été de 1961 fut pour l'oeuvre de Cézanne et pour le destin des musées d'Aix-en-Provence une saison dévastatrice ! En ce temps-là, Henry Mouret était maire d'Aix-en-Provence depuis 1945. Son conseiller municipal chargé de la culture, l'avocat Jacques Raffaelli voulait faire du Pavillon de Vendôme un pôle d'attraction majeur pour les touristes et le public…
février 08, 2015

Au Metropolitan Museum de New York, Hortense Fiquet, le modèle préféré de Cézanne

in Paul Cézanne

by Paire alain

  Madame Cézanne aux hortensias, 1885, crayon et aquarelle, 30,5 x 46 cm, collection privée. Paul Cézanne rencontra Hortense Fiquet à Paris, au début de l'année 1869. La jeune femme travaillait en tant que brocheuse dans un atelier de reliure. Elle était née dix-neuf ans plus tôt à Saligney, un village proche de Besançon. D'origine modeste, ses parents s'étaient établis à Paris en 1854 ; sa mère était décédée depuis 1867. Après la déclaration de guerre de juillet 1870, Hortense rejoignit Cézanne en septembre dans la maisonnette qu'il avait louée à l'Estaque, pour se cacher et ne pas devoir s'engager…
Jean Planque
janvier 25, 2010

La Fondation Jean Planque rejoint le musée Granet

in Jean Planque

by Paire alain

A deux reprises, en l'espace de dix ans, le musée Granet aura bénéficié de deux donations exceptionnelles qui l'ont hissé parmi les musées de province les mieux dotés pour ce qui concerne les années cinquante et soixante du vingtième siècle. En l'an 2000, un premier bienfaiteur qui préféra longtemps conserver l'anonymat, un enseignant et chercheur scientifique de haut niveau, par…
avril 07, 2013

Entretien avec Florian Rodari : Jean Planque et "Surgis de l'ombre"

in Jean Planque

by Paire alain

Alain Paire : Grâce au soutien de la Communauté du Pays d'Aix, en accord avec la Ville d'Aix-en-Provence et Bruno Ely, le directeur du musée Granet, mardi 21 mai 2013, tu auras la joie d'inaugurer dans la chapelle des Pénitents Blancs, les espaces permanents qui permettront de déployer l'essentiel de la collection Jean Planque. Un travail colossal s'accomplit, un calendrier…
mai 06, 2013

Florian Rodari : la Revue de Belles-Lettres, les éditions de La Dogana et la Fondation Jean Planque

in Jean Planque

by Paire alain

"Sur la pointe du Grand Canal de Venise, La Dogana". On trouvera sur ce lien, une actualisation de cet article. Entretien avec Florian Rodari, 15 novembre 2014 Son père, André Rodari était journaliste à la Tribune de Genève, il s'occupa longtemps de rubriques sportives et de chroniques judiciaires. Né en 1949, Florian partage son temps entre la Suisse et Paris. Son frère…
1994-2013, les expositions de la galerie
juin 21, 2015

Philippe Jaccottet / Alberto Giacometti

Montagne à Maloja, lithographie de Giacometti, 1957 Giorgio Morandi ou bien Anne-Marie Jaccottet, dans une moindre mesure Gérard de Palézieux, sont sans doute les artistes sur lesquels Philippe Jaccottet a…
juin 15, 2015

Dessins de Kamel Khélif

Exposition " Dessins de Kamel Khélif". Jusqu'au samedi 25 avril, ouvert du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30. Exposition programmée dans le cadre de la…
juin 14, 2015

Michel Houssin, foules en fugue, visages et paysages

Arles, dans l'atelier de Michel Houssin, dessin de la série "Passants", format 50 x 150 cm (photographies de Chris Chappey). Pour appréhender l'oeuvre graphique de Michel Houssin, on découvrira la…
mai 17, 2015

Jean-Claude Hesselbarth, 1925-2015, un peintre proche ami de Jaccottet

Jean-Claude Hesselbarth a quitté son épouse Liliane et ses amis le mercredi 13 mai 2015, il était âgé de 90 ans. Avec l'aide de Nicolas Raboud qui s'était chargé du…
 

Vainement et à plusieurs reprises, Emperaire tenta de vivre et de s'imposer à Paris. Une première fois, en 1857 : il avait vingt-huit ans, il décida de suivre les cours de Thomas Couture (1815-1879). Une année auparavant, Edouard Manet qui estimait que son atelier était "une tombe", venait de quitter l'enseignement de Couture. Les premières années parisiennes d'Achille ne furent pas aussi difficiles que celles qui suivirent, Louis-Casimir Emperaire était vraisemblablement capable de faire face à l'essentiel des dépenses du séjour de son fils. Les biographes de Manet indiquent que pour s'inscrire  à l'angle de la rue Laval et de la rue Pigalle, les élèves de Couture  - pas plus de trente par classe - versaient cent vingt francs par an, payables en deux fois. En échange de quoi, ils travaillaient à partir de modèles nus et recevaient la visite du maître deux fois par semaine. Si l'on accorde foi au laissez-passer dont disposait Emperaire pour visiter les musées, son inscription chez Couture se prolongea jusqu'en 1873. Après quoi, il suivit les cours de l'académie Suisse où il croisa souvent son compatriote Cézanne.


portrait emperaire
Autoportrait d'Emperaire en jeune homme, 1855, collection particulière.

Achille Emperaire persévéra. Irrémédiablement nain, il rêvait de gloire et de grandeur. Il s'obstina, effectua plusieurs séjours, des aller et retour entre la Provence et la capitale. Il souhaita rencontrer Victor Hugo qu'il vénérait. Son amitié avec Cézanne conut des hauts et des bas. Un moment, comme le rappelle une lettre citée par John Rewald, il s'inquiéta de la solitude vécue par le peintre du Jas de Bouffan, après 1870. Depuis Paris, Emperaire écrit à ce propos à ses amis aixois : "Je l'ai trouvé délaissé de tous. Il n'a plus un seul ami intelligent ou affectueux. Les Zola, les Solari et autres, il n'en est plus question".

Plus tard, Cézanne lui offrit de l'héberger pendant quelques jours (lettre du 26 janvier 1872) : "Vous ne serez pas très bien chez moi, mais je vous offre très volontiers le partage de mon réduit ... J'irai vous attendre avec une voiture à bras et je vous apporterai vos bagages jusqu'à la maison". Cet hébergement au 45 de la rue  Jussieu fut bref, Emperaire comprit que son ami aixois avait "une nature rugueuse, indécise, inquiète sans raison". Pendant une brève année, grâce à l'appui d'Emile Zola qui effectua des démarches en sa faveur, Emperaire obtiendra en 1881 un emploi maigrichon : il fut receveur-délégué à la Société libre des artistes français.

Lettre vers emperaire-verso
Verso de la lettre de Cézanne à Emperaire, janvier 1872 (document conservé à l'Atelier des Lauves, don de Pierre Chiappetta).

Achille Emperaire laissez-passer

1873, le laissez-passer qui donne liberté à Emperaire pour qu'il visite le Louvre et les musées (don de Pierre Chiappetta).


De guerre lasse, parce qu'il était esseulé et désargenté, puisque les Salons, les ministères, les marchands de couleur et les galeries n'étaient pas accueillants pour son oeuvre, Achille Emperaire décida la cinquantaine passée, de rentrer définitivement dans sa ville natale. En 1882, il habite le retrait d'un étage d'un hôtel particulier, au 2 de la place des Prêcheurs qu'on aperçoit aujourd'hui "esquiché" entre un magazin d'optique et la brasserie de la Madeleine. Son dernier domicile fut le grenier d'un modeste immeuble situé au 15 de la rue Emeric David. Il se raconte qu'Emperaire avait installé dans son ultime demeure la barre d'un trapèze, des agrès : poursuivant depuis toujours le rêve d'accroître sa minuscule taille, il effectuait quotidiennement des étirements. La mémoire orale n'est pas tendre pour les dernières années de sa vie : parce qu'il était bossu, les aixois qui l'apercevaient sans savoir qui il pouvait être, l'appelaient Lagardère.


Souvent citée, une phrase d'André Gouirand qui rédigea les chapitres artistiques de l'Encyclopédie départementale des Bouches du Rhône, signale que les Aixois avaient à propos d'Achille Emperaire "le souvenir d'un homme de petite taille, un peu bossu, avec une tête de mousquetaire de Louis XIII, la moustache teinte à la terre de canel, et qui s'en allait dans la vie avec une canne ou un parapluie placés sous son pardessus, par derrière, à la façon d'une épée". 

 

Emperaire paysage

Paysage dans les rochers par Achille Emperaire (collection particulière).


L'un des sauveurs de l'atelier des Lauves, l'érudit Marcel Joannon dit Marcel Provence (1892-1951) avait autrefois rassemblé quelques lettres, des fragments de correspondances que John Rewald avait pour partie transcrits et publiés en 1938 dans un cahier de la revue L'Amour de l'Art. D'autres extraits de ses courriers figurent dans la plaquette éditée pendant l'été de 1953 par Victor Nicollas qui fut pendant l'après-Seconde Guerre mondiale, le président de la société aixoise des Amis des arts. Les propos épistoliers d'Achille Emperaire ne sont pas toujours cohérents : on l'imagine pris par l'amertume, assailli par toutes sortes d'inquiétudes et de tourments. Maintes fois cité, l'un des extraits de son courrier affirme qu'à ses yeux, "Paris est un vaste tombeau, un simple et terrible mirage". Sa précarité et son infortune s'aggravèrent : pour poursuivre ses recherches, il exécutait quelques-unes de ses toiles et dessins au recto ainsi qu'au verso. 

Sur le tard dans sa vie, Emperaire eut l'occasion de présenter quelques-uns de ses travaux dans des expositions collectives qui se déroulèrent à Aix-en-Provence.  On trouve mention d'Achille Emperaire dans le catalogue de l'exposition du quatrième centenaire de la réunion de la Provence à la France. L'exposition fut programmée en 1887 dans l'ancien Prieuré de Malte qui deviendra le musée Granet : Emperaire expose les numéros 72, 73 et 74 (Suzanne au bain, Portrait de l'auteur et Promenade) ainsi que les numéros 267, 268 et 269 (Portrait, Hirondelle et Amazone). Son nom figure non loin de Cézanne, dans les premiers catalogues de la Société des Amis des Arts d'Aix qui organisa sa toute première exposition en décembre 1895, au 2 bis de l'avenue Victor Hugo.

Dans un article publié en 1989 dans le n° 3 d'Impressions du musée Granet, article principalement consacré à Philippe Solari  et Paul Cézanne - "L'un était sculpteur, l'autre peintre" , texte où  il est également question d'Emperaire, modèle possible pour les figures soumises au travail d'une "Barbiere" - Bruno Ely estime très justement qu'"au soir de leurs vies", un bienheureux infléchissement, un peu de rémission survint entre ces trois personnes. Cézanne, Solari et Emperaire se voyaient volontiers : "leur amitié, malgré les caractères difficiles de ces trois hommes, sera sans faille. Il serait intéressant d'approfondir le pourquoi de cette indéfectibilité qui doit trouver son point de départ dans leurs origines, leurs jeunesses, leurs passions communes. Cézanne, si fragile par ailleurs, a souvent été le soutien matériel de ses deux amis, leur procurant de quoi créer ou encore de quoi manger. Avec ces deux artistes qui "n'avaient pas eu de chance", comme il disait, Cézanne se trouvait à son aise. Ces deux hommes étaient trop fiers pour demander, leurs conversations étaient désintéressées, ils ne voulaient pas "lui mettre le grappin dessus" comme Cézanne disait encore."

 
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Amazone et cheval qui se cabre, collection particulière.


Il avait 68 ans.  Achille Emperaire mourut pendant un jour d'hiver, "à trois heures du soir", le 8 janvier 1898. Les signatures qui apparaissent pour témoigner sur son acte de décès sont celles d' "Auguste Cortes, marchand d'huile rue d'Italie, soixante-neuf ans" et de "Joachim Gasquet, sans profession, vingt-quatre ans". Au cimetière Saint-Pierre d'Aix, sa tombe est située en contrebas de celle de Cézanne : allée 4, emplacement 1519, une tombe qui n'est pas entretenue, où l'on aperçoit uniquement en lettres capitales, et sans plus de détails, la mention "Famille Emperaire". Au cimetière Saint-Pierre, il y a des escaliers élimés, de très beaux cèdres et de grands pins, certaines allées sont verdoyantes. Une gardienne du cimetière m'a dit : "Celui-là, on ne nous demande pas souvent quel est son emplacement ... "

Tombe 


"L'écrasement des êtres, l'abandon de tous les habiles". 

Ses relations avec Cézanne ne furent pas simples. On se souvient que dans un autre contexte, Brancusi avait très vite quitté Rodin, il disait qu' "il ne pousse rien à l'ombre des grands arbres". Au terme de diverses éclipses, brouilles et réconciliations, Cézanne fut tout de même l'un de ses meilleurs compagnons. Leur différence d'âge et le respect qu'ils se portaient l'un l'autre, impliquèrent qu'entre eux le vouvoiement se maintint. Emperaire n'était pas un grand plein-airiste, il leur arriva pourant de peindre ensemble sur le motif. Dans les biographies de Cézanne, il est mentionné  qu'en janvier 1872, suite à la naissance rue de Jussieu, à Paris, de son fils Paul, Cézanne "charge son ami Achille Emperaire de transmettre une lettre à sa mère, probablement pour lui annoncer la nouvelle". Le 8 novembre 1895, il est indique par Solari que "Cézanne, Emperaire et son fils Emile font une excursion à Bibémus. Ils déjeunent à Saint-Marc et dînent le soir au Tholonet".

Henri Loyrette pense qu'Achille Emperaire fut à Cézanne ce qu'Evariste de Valernes fut à Degas : "une sorte de double pitoyable..., ce que ces deux grands peintres auraient pu devenir s'ils n'avaient eu le génie". Le Père Tanguy expliquait à Emile Bernard qu'"Emperaire avait résolu le difficile problème de vivre à Paris à raison de cinquante centimes par jour". Le sachant presque sans ressources, Paul Cézanne essayait de lui rendre service  (Paris,  janvier 1872) : "Si vous avez besoin de quelques tubes, je puis vous les envoyer".  Il écrivait aussi, dans une lettre de recommandation expédiée vers Zola (L'Estaque, été 1878) : "Si tu peux donc quelque chose pour lui, veuille le faire, tu sais combien il le mérite, c'est un brave homme, subissant l'écrasement des êtres et l'abandon de tous les habiles". John Rewald estimait que Cézanne pensait de nouveau à Emperaire dans cet autre extrait d'une lettre à Joachim Gasquet (30 avril 1896) : "J'ai encore un brave ami de ce temps-là, eh bien, il n'est pas arrivé, n'empêche qu'il était bougrement plus peintre que tous les galvaudeux à médailles et à décorations que c'est à faire suer".



Petit format 


Amazone, huile sur toile d'Emperaire, petit format, 12 x 16 cm, collection particulière.


Quelques-unes des oeuvres d'Achille Emperaire sont conservées en musée, au Cabinet des dessins du Louvre, au musée Granet ainsi qu'à la Fondation Jean Planque. En très grande majorité, son oeuvre se trouve  en collections privées : dans Aix, on peut avoir la joie de rencontrer trois collectionneurs remarquablement fervents, chacun d'eux possède une belle vingtaine de petits formats, quelques toiles ainsi que des dessins en plus grand nombre. Déterioré par les intempéries, entassé dans le désordre d'un cabanon qu'il possédait au Vallon des Gardes, sur la route du Tholonet, un ensemble de ses peintures, dessins et sanguines aurait pu disparaître après la mort d'Emperaire. Un irascible personnage, l'un de ses neveux, avait jugé nécessaire d'y mettre le feu. Ce geste criminel fut arrêté par un proche voisin, le fils du peintre Joseph Ravaisou.

 

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On raconte que Clémentine était le nom de la modèle qui posa pour ses dessins et ses fusains. Achille Emperaire peignit principalement des nus féminins qu'on peut trouver obsessionnels, des portraits, des Amazones et des mousquetaires juchés sur des chevaux qui traversent d'obscurs sous-bois, des paysages avec des cabanons et des natures mortes ; l'une de ces dernières figurait dans une maison de la rue Cardinale, elle appartenait à l'un des principaux rédacteurs de la revue Le Feu, Louis Giniès (1885-1965). Depuis quelques années, on n'aperçoit plus au musée Granet Le duel qui faisait les délices et la fierté de l'ancien conservateur de l'établissement, Louis Malbos (1911-1984). S'y trouvaient joints à côté d'une sensuelle Baigneuse, un auto-portrait en sanguine, un Buste de femme en bleu, plusieurs natures mortes, une Vanité et des Pêches sur un plat de terre brune, ainsi qu'un Paysage de la campagne aixoise, une huile marouflée sur carton offerte au musée en 1949 par l'antiquaire aixois de la rue Sallier, Raphaël Chiappetta.

 

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Paysage de la campagne d'Aix, huile sur toile marouflée sur carton,  16 x 21 cm.

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Femme nue, collection particulière.

En tout et pour tout, trois expositions posthumes furent consacrées à Achille Emperaire : en 1998, personne ne semble avoir sérieusement songé à fêter le centenaire de sa disparition. Une première rétrospective fut programmée au musée Granet en mai 1942, sur l'initiative de son conservateur, le peintre Marcel Arnaud (1877-1956). La galerie des Amis des Arts d'Aix lui réserva ses espaces du cours Mirabeau pendant l'été de 1953, le catalogue rédigé par Victor Nicollas fut préfacé par Jean Leymarie qui salua "ce mystérieux Achille Emperaire, dont l'âme ardente et fière dans un corps dévasté et le nom cruellement triomphant n'appelaient point l'oubli". Simultanément, du 9 juin au 15 septembre 1953, se déroulait à l'Orangerie des Tuileries l'exposition imaginée par Germain Bazin Monticelli et le Baroque provençal. Le portrait d'Achille Emperaire par Cézanne y figurait en compagnie d'une vingtaine de toiles du Maître d'Aix. Ce fut sans doute son plus beau moment de gloire posthume : non loin des tableaux de Cézanne, on pouvait voir quatre travaux d'Emperaire, une Amazone sur carton prêtée par Marcel Arnaud, la toile d'une Etude de femme nue et deux dessins, des sanguines sur papier. Pour revenir aux expositions individuelles et posthumes d'Emperaire on mentionnera que du 15 au 30 septembre 2001, le château de Bouc-Bel-Air avait brièvement réuni des huiles et des dessins ; rédigé par Daniel Chol, un catalogue de petit format fut édité. Une rue Achille Emperaire fut tardivement baptisée : on l'aperçoit sur ce plan en Zac du Jas de Bouffan, en proximité avec le Centre des Impôts et l'Auberge de Jeunesse


huile sur toile

Scène de duel, collection du musée Granet.

 

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L'Amazone, huile sur carton d'Achille Emperaire, 21 x 40 cm.
Achille Emperaire course_foret

Emperarire exposition amis_des_arts

Les souvenirs de Joachim Gasquet

Pour clore cette évocation, on peut se rémémorer l'indispensable témoignage de Joachim Gasquet (1873-1921), l'écrivain, collectionneur et critique d'artSon portrait par Cézanne ( 65 x 54 cm) figure depuis 1923 en République Tchèque, dans la galerie Narodni. On l'avait contemplé au Grand Palais en 1995, on aimerait revoir plus fréquemment le liseré fleuri du paravent du Jas de Bouffan devant lequel il se tient, sa silhouette de jeune homme avec habit et cravate sombres, son buste étrangement rejeté vers l'arrière. Sa pose devant le pinceau de Cézanne a quelque chose de somnambulique : on l'imagine habité par toutes sortes de réflexions, obligé de combattre un bien étrange vertige. A propos de ce tableau, l'une des rares personnes que Cézanne fréquentait volontiers, le professeur de philosophie du lycée Mignet, Georges Dumesnil  (1855-1916) avait exprimé sa surprise et son admiration : "Joachim, je ne vous connaissais qu'à demi avant d'avoir vu ce que Cézanne a fait de vous".

Relisant sa biographie de Cézanne, il faut volontiers admettre que le témoignage de Gasquet synthétise remarquablement le peu de choses que l'on sait à propos d'Achille Emperaire. Par son père le boulanger Henri Gasquet dont Cézanne fit un portrait, Joachim avait depuis son enfance entendu parler d'Emperaire (dédicacée à Henri Gasquet, une sanguine d'Emperaire est précisément datée de 1876).

Je recopie la quasi-totalité du feuillet que Joachim Gasquet lui avait consacré, j'omets uniquement le passage qui décrit le grand portrait du musée d'Orsay : "C'est à l'atelier Suisse qu'il connut Emperaire, un autre aixois. Un nain, mais une tête de cavalier magnifique, à la Van Dyck, une âme brûlante, des nerfs d'acier, un orgueil de fer dans un corps contrefait, une flamme de génie dans un foyer déjeté, un mélange de Don Quichotte et de Prométhée. Comme Cézanne, dont il me parla souvent et me rapporta les propos, il est venu mourir à Aix, très vieux, mais croyant toujours à la beauté du monde, à son génie, à son art ; à soixante et dix ans, crevant de faim, mais dans son galetas se pendant encore à un trapèze, une heure par jour, dans une obstination enragée d'allonger et de vivre. Il a laissé de très belles sanguines, et chez un gargotier du passage Agard une amazone monticellesque et deux natures mortes, une surtout, hallucinante, tragique, du gibier, un perdreau, un canard d'un gros bol de sang, et qu'aimait Cézanne au point d'aller parfois manger la ratatouille infâme du restaurant où elles étaient accrochées pour pouvoir les mieux contempler à son aise. Il aurait voulu les acheter, mais n'avait pas osé, me confia-t-il, le jour où, le restaurateur ayant fait faillite, le fonds fut vendu sans que le vieux maître en eût été averti.

... Il en parlait souvent, il ne tarissait pas d'anecdotes sur lui, il le trouvait "très fort". Un jeudi, Cézanne et moi, nous le rencontrâmes au musée d'Aix et en parcourûmes ensemble les galeries. Rien ne fut plus touchant que de voir Cézanne abordant le petit bonhomme, lui prodiguant les attentions affectueuses, épousant tout de suite ses imaginations de vieillard, ses illusions de nabot illuminé, lui donnant une grande heure de joie à lui faire  toucher, vivre comme réalisé, son rêve de maîtrise inconnue et de gloire qui pousse au soleil de la mort. "Il y a du Frenhofer en lui", me souffla-t-il dans l'oreille. Emperaire était radieux.

 

Je n'oserais l'affirmer, mais je crois que, plus âgé, plus informé aussi à cette époque, il eut, à l'atelier Suisse, une certaine influence, non sur l'art, mais sur les théories de Cézanne. En tout cas, je lui ai souvent entendu développer, sur les Vénitiens et Rubens notamment, des vues très proches parentes de celles de Cézanne et en des termes presque analogues. Ce qui, par contre, devait indigner Cézanne, il détestait Delacroix qu'il écrasait sous Tintoret, mais il avait sur l'héroïsme naturel des grandes nudités de Titien ou de Giorgione, sur l'aisance princière de Véronèse, sur le ronsardisme de Rubens, des mots qui sûrement ont dû ravir le vieux maître du Jas de Bouffan".

Alain Paire

 

Du 5 au 30 décembre 2013, pour sa dernière exposition, la galerie du 30 de la rue du Puits-Neuf rassemblait plusieurs oeuvres inédites de ce vieil ami de Cézanne, tout en programmant un Hommage à Achille Emperaire de trois artistes d'aujourd'hui : Don Jacques Ciccolini, Alain Fleischer et Georges Guye. Simultanément, à l'initiative de Michel Fraisset, l'Atelier Cézanne présente plusieurs dessins et toiles d'Emperaire du 3 décembre 2013 au 25 janvier 2014. Un catalogue de 64 pages doté d'une soixantaine de reproductions garde mémoire de cette double exposition, maquette de Virginie Scuitto (prix 12 euros).

Le vendredi 17 janvier 2014, à 18 h 30, Conférence sur la vie et l'oeuvre d'Achille Emperaire par Michel Fraisset et Alain Paire dans le grand Salon de la Bastide du Jas de Bouffan, 17 route de Galice, Aix-en-Provence.

A propos d'Achille Emperaire trois chroniques disponibles en podcast sur le site de Radio Zibeline.

Emperaire exposition

Michea Jacobi qui est un magnifique monteur d'images et de son, pas uniquement un écrivain et chroniqueur, a su évoquer à sa manière la mémoire et les traces d'Achille Emperaire. A suivre sur ces deux liens : un montage avec un extrait de Léo Ferré qui chante Aragon "Tout le monde n'est pas Cézanne/ Nous nous contenterons de peu / On pleure, on rit comme on peut / Dans cet univers de tisanes", sur un premier lien et puis une succession de portraits d'Emperaire sur cet autre lien.

A partir de ce lien, on retrouve sur le blog de Florence Laude, Images en têtes, des photographies des oeuvres d'Achille Emperaire à l'Atelier Cézanne et des images du vernissage 30 rue du Puits Neuf.


Un autre article d'Alain Madeleine-Perdrillat, une lecture du portrait d'Emperaire par Cézanne sur ce lien. A propos de l'exposition d'Achille Emperaire en juillet 1953, cf sur ce lien un autre article du site de la galerie. Sur cet autre lien, un article à propos d'un document inédit, "Achille Emperaire, l'énigme d'un télégramme". La biographie de Joachim Gasquet à propos de Cézanne est disponible aux éditions Encre marine.



portrait de Gasquet 
Joachim Gasquet
par Cézanne, huile sur toile, 65 x 54 cm, 1896, Galerie de Prague. 

Dimanche 15 décembre, dans le quotidien La Provence, parution d'un article de Guénael Lemouée et de photographies de Serge Mercier.

Achille Emperaire articles dans Provence

achille emperaire photo exposition

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