le_train des MIlles

C'était au lendemain de l'exposition des Peintres inconnus du Camp des Milles programmée en mars 2012 en compagnie de l'Association des Philatélistes du pays d'Aix. Sébastien Grall avait été averti de cette exposition à la faveur de l'article qu'avait publié Renaud Lavergne dans le journal Le Monde. Il m'avait appelé au téléphone, il souhaitait prendre connaissance de l'exposition de la rue du Puits Neuf : il me disait qu'il était désireux de reprendre ses recherches autour de l'histoire du camp. A Aix-en-Provence, lorsque je le rencontrais, sa compagne Valérie Champetier était à ses côtés, un jour d'avril ou bien de mai. Nous avions volontiers devisé et puis déjeuné ensemble rue Constantin, dans un restaurant marocain où l'on sert des couscous et des tajines. Les philatélistes aixois détenaient dans leurs archives le grand format de l'affiche du film  Les Milles / Le Train de la liberté dont il est le réalisateur : pendant toute l'exposition de mars, son affiche figurait sur un pan de mur de la galerie.

Sébastien Grall avait regardé quelques-uns des tableaux de la réserve de la galerie, les toiles de Don Jacques Ciccolini ainsi que les dessins de Frédéric Pajak l'avaient sincèrement intéressé, il m'avait promis de revenir à Aix-en-Provence. Il aimait venir séjourner chez des amis qui vivent dans le Luberon où il lui arriva de tourner des films pour la télévision. Il recherchait ardemment un domicile parmi les rivages du Vieux-Port, il avait le désir de trouver une habitation à Marseille, au Roucas-Blanc, ou bien sur la Corniche. Son adaptation du Train de la liberté était sortie sur les écrans en août 1995, elle avait recueilli plus qu'un simple succès d'estime. Dans son parcours personnel, Les Milles étaient un souvenir heureux : pendant plusieurs années, des festivals du mond entier l'avaient invité à venir parler de son film. Sébastien Grall avait fait don d'une partie de ses images à Alain Chouraqui, le président du Site-Mémorial du camp des Milles.
De nombreux centres d'intérêts le requéraient. Pendant notre conversation, il avait tout d'abord évoqué le souvenir de son père Alex Grall. En son temps, l'ancien Pdg de Fayard qui fut pendant vingt ans le compagnon de Françoise Giroud, avait publié en Grande-Bretagne ainsi qu'en France, en 1973, un ouvrage à propos des dessins d'Hans Bellmer. Sébastien était le fils de Monique et Alex Grall. Dans sa biographie de Françoise Giroud, Laure Adler rappelle que Monique Grall fut autrefois attachée de presse chez Gallimard. Un interminable cancer l'avait emportée. Maurice Nadeau disait à son propos que ses talents de médiatrice depuis la rue Sébastien-Bottin furent "grandement appréciés par Albert Camus, Henri Michaux, et quelques autres du même acabit". A propos d'Alex Grall, on peut également se souvenir qu'il traduisit Henry Miller et qu'il fut l'inventeur chez Fayard d'une collection d'ouvrages historiques qui lança la biographie de Paul Murray Kendall consacrée à Louis XI. 
Nous avions également évoqué le souvenir de Pierre Dumayet et puis le travail de Louis Pons ainsi que la très passionnante revue Travioles animée par Antoine Gallien, Christian Jambet et sa soeur Valérie Grall (cette dernière est aussi productrice de cinéma, on lui doit le récent Alias Caraccala consacré à Daniel Cordier). Sébastien Grall m'avait dit sa joie d'avoir été en janvier 2011, au Lucernaire et puis au Festival d'Avignon, sur un texte d'Alain Riou, le metteur en scène de Quand Truffaut affrontait Hitchcok. D'autres projets l'animaient, je ne pouvais pas un instant soupçonner ce qui devait lui arriver une année plus tard.


hitchcok par grall
Au Lucernaire, des acteurs pour jouer Hitchcock et Truffaut.

L'exactitude historique n'est pas le point fort du Train de la liberté. Sébastien Grall avait tourné son film au milieu de décors tout spécialement réalisés en Pologne. On sait que le commandant Goruchon qui fut par ailleurs portraituré par Hans Bellmer (dans le scénario de Jean-Claude Grumberg, il a pour patronyme Perruchon) est joué par Jean-Pierre Marielle, pendant que Philippe Noiret assume la posture d'un général. Dans les premières images du film, on voit défiler à bonne allure les versants de la Sainte-Victoire, Jean-Pierre Marielle est supposé avoir pour demeure un hôtel sis dans un village provençal qui emprunte ses rues au village de Pourrières.


goruchon-marielle

Je n'avais pas trouvé solide l'acteur qui campait le rôle de Max Ernst. Par contre,  j'étais heureux de voir Lion Feutchwanger sous les traits d'un proche de Wim Wenders et de René Allio, Rüdiger Vogler. Il me semble que les images les plus convaincantes de ce film peuvent être situées quand Sébastien Grall évoque le cabaret Die Katacombe ainsi que les galeries voûtées qui permettent d'imaginer les nuits des internés.

Rudi

Aux Milles, Rudiger Vogler qui fut acteur pour Wim Wenders et René Allio, incarnait le personnage de Lion Feutchwanger.
Ce mercredi 24 juillet, un ami m'apprend tardivement le décès de Sébastien Grall. Sur internet, on rapelle sa filmographie, on indique qu'il a quitté le monde des vivants le 11 juillet 2013, à l'âge de 59 ans, "des suites d'une longue maladie". Mutatis mutandis, avec ses couleurs Parme de fin de jour, l'apparition de son Train fantôme a joué son rôle dans la perception qui s'est construite en cette fin de siècle à propos des camps d'internement français : à sa manière, Les Milles / Le Train de la liberté aura beaucoup fait pour que l'histoire de la Tuilerie soit davantage connue aux yeux du grand public. Que Sébastien Grall soit salué et remercié pour son professionnalisme, sa culture et son élégance de gentleman.

Alain Paire


afffiche

Mon Compte

Mot de passe oublié ? / Identifiant oublié ?