Sylvain Gérard Faune

Sylvain Gérard, Faune à la petite chaise, 80 x 100 cm. Fusains et pastels sur papier, 1977.

Sur  ce lien, une chronique à propos de Sylvain Gérard, émission de la Web-Radio Zibeline.

Pendant l'automne de 2013, le 19 octobre, Sylvain Gérard a choisi de quitter le monde des vivants. Son testament précise qu'il revient à son amie Dominique Cerf de prendre en charge les oeuvres de son atelier, plusieurs dizaines de dessins et pastels de divers formats. Une première exposition posthume est programmée à Marseille, au 37 de la rue Sylvabelle, dans la Galerie du Tableau de Bernard Plasse. L'exposition sera visible jusqu'au 31 mai, le vernissage se déroulera en fin de journée, lundi 19 mai 2014 : la soirée sera un moment de forte intensité,  quelques-uns de ceux qui l'accompagnaient à Besançon et ses proches de Marseille se trouveront réunis.

 

En contrepoint à cette exposition,  Frédérique Guetat-Liviani publie à propos de Sylvain Gérard, Faune à la petite chaise, un livre de ses éditions Fidel Anthelme X, dans la collection La Motesta. Dans ce format carré (20 x 20 cm, 44 pages, dix euros) on découvre les reproductions de huit dessins et les textes de plusieurs de ses amis : Jean-Pierre Alis, François Bazzoli, Dominique Cerf, Frédérique Guetat-Liviani, Jean-Pierre Ostende, Alain Paire, Bernard Plasse, Annie Rosès et Jean-Jacques Viton. On se procurera ce livre lors de l'inauguration de l'exposition. Ou bien, on le commandera directement aux éditions Fidel Anthelme X, 9 boulevard Chave, 13005 Marseille, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Les textes du Faune à la petite chaise ainsi qu'une notice bio-bibliographique ressaisissent quelques traits majeurs de la trajectoire de Sylvain Gérard. Il est né à Besançon le 22 août 1965. "C'est la difficulté de sa situation, due à l'évolution insupportable de son infirmité qui l'a conduit à quitter notre espace". Il suit les cours de l'Ecole d'art de Fontblanche de Vitrolles, un établissement unique dans la mesure où il s'agissait de la seule école accessible en fauteuil roulant. L'intermède qu'il traverse à Marseille pendant dix années, entre 1987 et 1997, correspond aux moments les plus forts et les plus inventifs de son travail. Sa dernière exposition personnelle fut programmée en 2000, à l'Institut Français de Fribourg. Dans les pages de ce livre imaginé par Dominique Cerf et Frédérique Guetat-Liviani, on se souvient que Sylvain voyagea aux Etats-Unis, au Maghreb, en Turquie ainsi qu'en Nouvelle-Calédonie. Il connaissait bien les peintures du Louvre où il se rendit à plusieurs reprises. Il aimait profondément la musique Hard-Rock qu'il pratiquait volontiers sur sa guitare électrique.

Sylvain Gerard Gorille

Sylvain Gérard, Le Souffle, l'Autre, Détail. 190 cm x 120 cm. Fusains et craies sur papier, 1990.

En face de de ce dessin, un ami m'écrit avoir revu Le Fantôme de Fernando Pessoa.

Dominique Cerf indique qu'"il aimait les corps, l'anatomie, les femmes. Il savait travailler d'une manière traditionnelle avec différents modèles. Des jeunes femmes, qu'il avait également photographiées. Il faisait des séries de photographies très belles, avec des poses et des mouvements spécifiques, qui enrichissaient son travail sans avoir pour finalité d'être montrées". Elle rapporte aussi que Sylvain "savait danser pendant que d'autres restent assis". Je ne suis pas certain de ce que furent les oeuvres réalisées par Sylvain Gérard à Besançon, entre 1998 et 2013. Il y eut tout d'abord des dessins avec des craies de couleur et des pastels gras. Ensuite, parce qu'il ne pouvait plus composer des grands formats, Sylvain imagina des collages abstraits  "dans des tons de bleus psychédéliques". L'exposition et le livre de ce printemps 2014 sont exclusivement centrés sur les fusains, craies et pastels sur papier en noir et blanc de sa période marseillaise. Les textes non biographiques de ce livre disent à quel point Sylvain Gérard habitait l'obscurité et la souplesse de ses grands formats. J'ai souvent pensé aux compositions les  plus oniriques de Piranèse lorsque je découvrais les feuillets qu'il placardait sommairement dans son atelier du Grand Domaine. Les meilleurs de ses dessins échappent totalement aux contraintes de sa vie : une manière de légende et de très redoutables virulences participent de leur naissance,  ils relèvent du luxe et des mystères d'une liberté magnifiquement acquise. Quatre de ses titres s'appellent "En pensant à Goya", "A toutes les femmes du voyage", "Le Tribunal des chevaux" et "Le Souffle, l'Autre".

 

Sylvain Gerard_pHOTO

Sylvain Gérard et Angélique Schaller, à cette époque critique d'art à La Marseillaise, exposition de  la Galerie A. Paire, avril 1995.

Le plus juste des textes du Faune  à la petite chaise est à mes yeux celui de Jean-Jacques Viton, j'en ai transcrit la page dans un autre article qu'on retrouve sur ce lien. En voici deux extraits : "C'est sombre, c'est enfoui, c'est lourd, c'est imbriqué, c'est compact, c'est fort, c'est rusé, c'est sans appel - on ne casse pas ces procès-là. C'est tout en même temps, le temps du regard immédiat. Mais c'est aussi ouvert, envolé, vite .... Figuratif cela ? Oui. Mais comme peuvent l'être des hiéroglyphes, des pavés de figures. On peut dire des fresques, des saisies de formes qui, comme tous les fragments de minéral, suggèrent la trace du bouleversement central".

Aujourd'hui personne ne peut savoir ce que sera le destin des travaux de Sylvain Gérard. Il nous faut anticiper et demander fortement qu'une institution, un musée comme celui de Marseille ait le désir de s'en saisir afin de pérenniser l'énigme de leur surgissement. Pour l'heure, songeant au parcours d'un autre personnage qui avait également choisi de se donner la mort, je me souviens immanquablement d'une lettre griffonnée le 25 janvier 1855. Quelques heures avant que Gérard de Nerval ne rejoigne près du Chatelet le froid glacial de la rue de la Vieille Lanterne : "Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche".

Alain Paire

 

jean-jacques-viton

Jean-Jacques Viton,  photographie de Marc-Antoine Serra.

Au terme de cet article, on doit évoquer les éditions Fidel Anthelme X qui existent depuis 1996. Leur premier titre s'intitule Poésie et Midrash, il est signé par Elie Cohen. Parmi les auteurs du catalogue de Frédérique Guétat-Liviani, je veux mentionner, entre autres, Colas Baillieul, Julien Blaine, Philippe Castellin, Dominique Cerf, Huguette Champroux, Cozette de Charmoy, Pierre Garnier, Eric Giraud, Liliane Giraudon, Bernard Heidsieck, Claudie Lenzi, Pierre Le Pilllouër, Yvan Mignot, Maxime Hortense Pascal, Pierre Parlant, Florence Pazzotu, Victor Sosnora et Véronique Vassiliou.

 

Frédérique Guétat-Liviani a édité plus de soixante livres, les cinq rubriques de son catalogue ont pour titre Collection F.A.X, Collection 10 petits livres, Collection Madame Fredi, Collection La Motesta, Collection La petite Motesta.

 Fidel Anthelme X, 9 boulevard Chave, 13005 Marseille. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Un  entretien de Frédérique Guétat-Liviani avec Liliane Giraudon figure sur ce lien du site Poezibao de Florence Trocmé. Il faut découvrir l'intégralité de cet entretien, en voici un extrait :

 C’est difficile de trouver un éditeur    j’en sais quelque chose. 
Il y a des gens qui écrivent des textes considérables   mais personne ne les connaît   ils n’ont pas de réseaux    et leur écriture passe à la trappe. Je suis heureuse quand je publie l’un d’eux. Et je suis encore plus heureuse quand le livre suivant défend une écriture parfaitement étrangère à la précédente. Et puis ce qui me plait aussi    c’est la forme que prennent les ouvrages. Ils n’ont pas exactement la forme d’un livre   les feuilles se détachent de la couverture. Ce sont des objets très libres. 
Avant les éditions Fidel Anthelme X   je le répète souvent   parce que pour moi c’est important   il y a eu Intime Conviction. C’était un non-lieu  on y creusait des trous   on y cachait des œuvres et des gens   on jeûnait du monde. La poésie était là en acte   absolument. Et bien sûr    sans public   puisqu’il n’y avait rien à voir   rien à entendre   et rien à vendre. Après on publiait les ouvrages   on les offrait par dessus le Marché   l’accès aux actes avait lieu là. On faisait les choses qui nous semblaient nécessaires   parce qu’on était jeunes mais conscients de cheminer vers la dépouille. Parallèlement    j’ai toujours travaillé avec les enfants enfermés dans les écoles   et les adultes détenus dans les institutions carcérales et médicales. Je considère que faire ce travail est un acte politique tout autant que poétique. (Je me souviens d’ailleurs que cette pratique était souvent considérée comme une impureté de ma part dans le monde sacré de la poésie !) .  

Je crois à la coïncidence. Au fait d’être seul    et cependant ensemble. 
Le monde politique devrait être une Place publique    un véritable espace de négociation avec le divers et l’inconnu. Il y a des moments dans l’Histoire où ça existe. C’est juste avant et juste après les révolutions. Ça ne dure jamais longtemps

Parmi les livres récents de Frédérique Guétat-Liviani, j'ai lu Prières de, éditions Plaine Page, 2012 et puis le très beau poème Tableaux d'arrivée (pages 3 à 14 du catalogue Mineurs venus d'ailleurs, éditions du Musée des Gueules rouges, à Tourves dans le Var). On trouve aussi une intervention dans le n°5, Février-mars 2013 de la Gazette des Jockeys Familiers de Marce-Antoine Serra, une Célébration au lendemain du décès de Pierre Garnier et plusieurs occurrences chez Sitaudis.

Frédérique Guetat Liviani BARAKA_031

Frédérique Guétat-Liviani, photographie prise dans une baraque fabriquée avec 250 cagettes en contreplaqué de peuplier. Pour se souvenir de la Rafle du 24 janvier 1943 dans le quartier du Vieux Port qui sera détruit. Marché des Capucins de Marseille et Parvis des Bernardines, Festival international d'art-performance, Préavis de désordre urbain, septembre 2012.

Rafle, textes, dessins et images de Frédérique Guétat-Liviani, Colas Baillieul et Liliane Giraudon, éditions Fidel Anthelme X, novembre 2013.

Mon Compte

Mot de passe oublié ? / Identifiant oublié ?