Choses lues, choses vues
juillet 11, 2017

Présence d'Yves Bonnefoy, texte paru en juillet 2016 dans un dossier de POEZIBAO

  La première image qui me vient à l’esprit, c’est celle d’Yves Bonnefoy m’ouvrant la porte de son appartement rue Lepic : depuis quelques années il ne me tendait plus la main, mais ouvrait les bras, et il y avait toujours sur son visage, dans ses yeux, une expression de joie mêlée à un fin sourire, presque d’amusement, je ne…
juillet 03, 2017

Claude Garache et Alexandre Hollan, à Aix-en-Provence : une sympathie artistique.

Claude Garache et Alexandre Hollan, Aix-en-Provence, juin 2017 À Aix-en-Provence, la Fondation Jean Planque présente en ce moment, et jusqu’au 18 février 2018, une double exposition, Claude Garache – Alexandre Hollan, composée d’œuvres qu’elle a récemment reçues en donation des artistes ou acquises, et qui font d’elle une institution vivante, soucieuse d’enrichir sa collection d’origine, dans le respect du goût de Jean Planque, évidemment,…
juin 21, 2017

Walker Evans sans ambages

  Houses and billboards in Atlanta, 1936 Dans de très nombreuses photographies de Walker Evans on voit, accumulées, parfois placées bord à bord, des inscriptions de toutes sortes : panneaux de signalisation, affiches publicitaires, grandes et petites, sur papier ou métal, enseignes de magasins... Et l’on sait que le photographe lui-même collectionnait ce type d’inscriptions omniprésentes dans les lieux habités (et…
Paul Cézanne
avril 15, 2015

Achille Emperaire, 1829-1898

in Paul Cézanne

by Paire alain

Un fusain d'Emperaire qu'on pourrait rapprocher de Maillol, format 23 x 29 cm, collection particulière (photo Xavier de Jauréguiberry). Achille Emperaire, vie minuscule. De dix années plus âgé que Cézanne, Jean Joseph Achille Emperaire était né à Aix-en-Provence, le 16 septembre 1829. Ses parents habitaient le n°49 de la rue d'Italie ; ce fut le lieu de sa naissance. Sa mère avait pour nom de jeune fille Françoise Emilie Elisabeth Aubert. Françoise Aubert naquit à Marseille le 28 avril 1796, elle mourra à l'âge de 44 ans. Elle appartenait à une famille de négociants marseillais ; on peut supposer qu'elle était…
février 26, 2015

Août 1961 : huit toiles de Cézanne volées au Pavillon de Vendôme d'Aix-en-Provence !

in Paul Cézanne

by Paire alain

Cézanne, Pyramide de crânes, huile sur toile, 39 x 46 cm (collection Feichenfeldt, Zurich). Peu de gens en ont conscience ou bien souvenir, presque personne n'en parle ... Les Aixois et les amateurs d'art ont préféré refouler des événements qui ne sont pas glorieux : l'été de 1961 fut pour l'oeuvre de Cézanne et pour le destin des musées d'Aix-en-Provence une saison dévastatrice ! En ce temps-là, Henry Mouret était maire d'Aix-en-Provence depuis 1945. Son conseiller municipal chargé de la culture, l'avocat Jacques Raffaelli voulait faire du Pavillon de Vendôme un pôle d'attraction majeur pour les touristes et le public…
février 08, 2015

Au Metropolitan Museum de New York, Hortense Fiquet, le modèle préféré de Cézanne

in Paul Cézanne

by Paire alain

  Madame Cézanne aux hortensias, 1885, crayon et aquarelle, 30,5 x 46 cm, collection privée. Paul Cézanne rencontra Hortense Fiquet à Paris, au début de l'année 1869. La jeune femme travaillait en tant que brocheuse dans un atelier de reliure. Elle était née dix-neuf ans plus tôt à Saligney, un village proche de Besançon. D'origine modeste, ses parents s'étaient établis à Paris en 1854 ; sa mère était décédée depuis 1867. Après la déclaration de guerre de juillet 1870, Hortense rejoignit Cézanne en septembre dans la maisonnette qu'il avait louée à l'Estaque, pour se cacher et ne pas devoir s'engager…
Jean Planque
janvier 25, 2010

La Fondation Jean Planque rejoint le musée Granet

in Jean Planque

by Paire alain

A deux reprises, en l'espace de dix ans, le musée Granet aura bénéficié de deux donations exceptionnelles qui l'ont hissé parmi les musées de province les mieux dotés pour ce qui concerne les années cinquante et soixante du vingtième siècle. En l'an 2000, un premier bienfaiteur qui préféra longtemps conserver l'anonymat, un enseignant et chercheur scientifique de haut niveau, par…
avril 07, 2013

Entretien avec Florian Rodari : Jean Planque et "Surgis de l'ombre"

in Jean Planque

by Paire alain

Alain Paire : Grâce au soutien de la Communauté du Pays d'Aix, en accord avec la Ville d'Aix-en-Provence et Bruno Ely, le directeur du musée Granet, mardi 21 mai 2013, tu auras la joie d'inaugurer dans la chapelle des Pénitents Blancs, les espaces permanents qui permettront de déployer l'essentiel de la collection Jean Planque. Un travail colossal s'accomplit, un calendrier…
mai 06, 2013

Florian Rodari : la Revue de Belles-Lettres, les éditions de La Dogana et la Fondation Jean Planque

in Jean Planque

by Paire alain

"Sur la pointe du Grand Canal de Venise, La Dogana". On trouvera sur ce lien, une actualisation de cet article. Entretien avec Florian Rodari, 15 novembre 2014 Son père, André Rodari était journaliste à la Tribune de Genève, il s'occupa longtemps de rubriques sportives et de chroniques judiciaires. Né en 1949, Florian partage son temps entre la Suisse et Paris. Son frère…
1994-2013, les expositions de la galerie
juin 21, 2015

Philippe Jaccottet / Alberto Giacometti

Montagne à Maloja, lithographie de Giacometti, 1957 Giorgio Morandi ou bien Anne-Marie Jaccottet, dans une moindre mesure Gérard de Palézieux, sont sans doute les artistes sur lesquels Philippe Jaccottet a…
juin 15, 2015

Dessins de Kamel Khélif

Exposition " Dessins de Kamel Khélif". Jusqu'au samedi 25 avril, ouvert du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30. Exposition programmée dans le cadre de la…
juin 14, 2015

Michel Houssin, foules en fugue, visages et paysages

Arles, dans l'atelier de Michel Houssin, dessin de la série "Passants", format 50 x 150 cm (photographies de Chris Chappey). Pour appréhender l'oeuvre graphique de Michel Houssin, on découvrira la…
mai 17, 2015

Jean-Claude Hesselbarth, 1925-2015, un peintre proche ami de Jaccottet

Jean-Claude Hesselbarth a quitté son épouse Liliane et ses amis le mercredi 13 mai 2015, il était âgé de 90 ans. Avec l'aide de Nicolas Raboud qui s'était chargé du…

Bernard Noël - Devant celui qui la découvre, une sculpture occupe si vivement l'espace qu'elle  a tendance à s'imposer comme une chose qui aurait surgi immédiatement, mais le travail ?

 

Jean Amado - Parler de mon travail, cela me paraît, comment dire ? un peu monstrueux. Les choses faites doivent aller de soi, être évidentes. Quand je travaille, ou bien, c'est pour répondre à une commande, donc à une chose précise, ou bien ... c'est un besoin que je recule, que je retarde, car j'ai déja la crainte de ne pas réussir à y répondre, à le combler... Je commence par un dessin. Le dessin, çà ne m'amuse pas, mais çà me permet de sérier les problèmes. Il y a d'abord un objet, un détail plutôt, une chose en suspens, bourrée de possibles. Le dessin concrétise tout çà, mais en le dépoétisant. Il ne reste qu'un truc sec, décevant, que je raccorde tant bien que mal au besoin premier en essayant de penser maintenant au côté esthétique...

A force de tracer, de penser, la chose finit par gonfler. J'imagine le volume, je dessine la silhouette. Cela prend des jours, mais alors je connais tellement la chose que sa réalisation va de soi. Je me mets au travail, et la clarté se perd. Il faut commencer à plat, par le bas, et là on ne voit rien. Tout démarre quand le plan technique est élagué, et que çà commence à prendre forme. Jusque là, jusqu'à ce qu'il y ait assez d'éléments pour que le sens se mette à prendre, c'est aride parce que je ne sais pas si çà va venir ou non...

Bernard Noël - Mais il y a le dessin, la silhouette, tout ce que vous avez préparé, pensé..

 

Jean Amado - Je ne veux rien d'intellectuel, il faut que çà pousse de soi-même... Je crois à l'histoire, c'est à dire à quelque chose de perceptible. L'histoire se fabrique à partir du moment où la chose existe suffisamment pour pouvoir continuer : il y a une logique vivante... On s'accroche à un truc, on s'y trouve bien, et il n'y a plus rien à dire dessus... Je suis un tâcheron, avec de la lenteur, de la patience, du temps. Il faut que le temps passe et nourrisse. Je suis obstiné, c'est tout. Pour le reste, j'évolue en fonction de ce qui arrive.

Je suis sujet à des évênements. Ainsi, ayant commencé par faire de la céramique, car je pensais pouvoir vire de service à thé et à café, j'ai eu tout de suite envie de faire des grands trucs, et notamment une fontaine, qui fut achetée par Pouillon, lequel me commanda pour Alger une sculpture de quarante mètres de haut et de six mètres de large, en terre cuite émaillée. La chose une fois en place, les copropriétaires voulurent la faire démolir. Qu'est-ce que çà représente ? réclamaient-ils. Mais c'est un totem, déclara Pouillon. Un totem, fallait le dire! Et dés lors la chose fut acceptée, et je me trouvais avoir fait un totem... L'important, c'est le rapport qui s'établit entre la vie quotidienne et la chose qu'on a fabriquée et qui devient signal, mais on n'y arrive qu'en fonction d'évênements inattendus.

Une autre fois, à Lyon, j'avais fait une sculpture qui déplaisait beaucoup à des gens du quartier. Elle est devant un café qui s'appelle La Bulle. Un jour, quelqu'un désignant ma sculpture a dit: Tiens, voilà la bulle! Et du coup, elle a été acceptée en se chargeant d'une valeur représentative née d'un simple canular. Mais pour en revenir à la terre cuite, en grandes dimensions cela posait d'énormes problèmes. A cause d'un copain qui parlait d'huisseries en béton, l'idée m'est venue de faire du béton émaillé... J'ai fini par trouver le moyen, j'ai fabriqué des dalles émaillées, toute une petite industrie, et je me suis mis au bas-relief... En 1963, ma femme est morte. J'ai fait ma première sculpture dans l'espace : un grand crâne... Et le besoin m'est venu de réaliser un travail de sculpteur et non pas d'artisan, mais comment montrer? Comment exposer ? Un jour Dubuffet, qui m'avait commandé des agrandissements de sculptures, est venu dans mon atelier; çà lui  a plu, il m'a présenté à son marchand, et j'ai fait ma première exposition, en 1970. Moi qui vis de commandes, je n'expose que ce qui ne répond à aucune commande. Quand on a une commande, il faut qu'elle soit rentable, on entre dans le domaine de la production et du prix marchandise. Avec une chose pas commandée, le temps ne compte pas : on y met de la vie, pas du rentable...

Bernard Noël - Et l'art, est-ce un mot qui se présente à ce moment ?

 

Jean Amado - Le mot art, c'est la notion de chose imaginée, réalisée, vendue, et qui en même temps échappe au circuit production, n'est pas situable en prix... Il y a des gens qui aiment ce que je fais, ce sont des amis. Il y a des gens qui ne sont pas des amis et qui achètent ce que je fais, le lien passant alors par l'objet... A mon sens, une oeuvre ne devrait pas se vendre. J'aimerais que l'Etat me nourrisse moyennant fourniture d'un certain travail, et puis avoir la possibilité de céder le reste à des particuliers, non pas à des prix de collection, mais au prix du travail. Pas de raison que çà vaille cher. Il est vrai que pas de raison non plus qu'un cadre supérieur gagne tellement plus qu'un ouvrier... Oui, mais mon travail çà ne sert pas; c'est une chose que je fais parce qu'il ne m'est pas possible de faire autrement. Mais ce travail, je le fais comme tout le monde, de neuf heures à midi, de deux heures à six heures.

Etre artiste, ce n'est pas un domaine particulier, la démarche diffère, mais la pratique c'est pareil. Le matériau ne permet pas de faire ce qu'on veut, il a sa propre vie, et il s'agit d'accorder à cette vie celle de la forme que je cherche. Il faut compter aussi avec le poids, ne pas faire des morceaux trop lourds. D'où la nécessité des joints, qui rythment, qui donnent une nervosité supplémentaire. Les joints, ,je leur donne l'aspect de fissures, de cassures, c'est à travers les failles que le vivant revient... La vie, pour moi, c'est la vie à travers les âges, et non pas ma vie ou la vôtre même si elles m'importent. Je voudrais marquer cette sérénité et cette nostalgie, faire de l'habitable, mais la sculpture habitable, c'est le tombeau, l'endroit du retour à la matrice et l'endroit de la grande paix. Ce serait merveilleux d'habiter un tombeau en étant vivant, dans un grand silence et une grande douceur, la douceur de la continuité; je voudrais fabriquer une énorme continuité, vingt kilomètres de sculptures, sans s'arrêter, car quand une chose s'arrête, quand elle est terminée, je ne vis plus..."

Entretien publié le 1 novembre 1974 dans "La Quinzaine Littéraire".

Bnoel

Bernard Noël, 2010 (photo X, dr).

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