Jean-Pierre Blanche, "L'écriture du paysage", par Florence Laude Imprimer Envoyer
Un travail de galerie sur plusieurs années
Jeudi, 03 Janvier 2008 02:00
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"C'est l'automne", dessin de Jean-Pierre Blanche.

 

"Je connais bien un pastel  un peu atypique dans le travail de Jean-Pierre Blanche ; un ciel,  plutôt turquoise, parcouru de nuages blancs ourlés de gris  formant  les  horizontales,  à la verticale,  deux silhouettes ocre de part et d’autre  - comme un père et son fils - deux arbres  revêtus d'une armure automnale  équilibrent  la construction colorée ; en avant, des branchages dénudés déjà,  plongent  en oblique, froissant le bleu du ciel de leurs ramures. Il me convient, aujourd’hui de considérer ce pastel dans la relation qu’il entretient, dans l’œuvre de Jean-Pierre Blanche, avec  Les Alentours, une suite de trente-six  dessins   de petits formats, 175 x 135 mm, rassemblés en un carnet.

 

Une suite de dessins suppose un lien, un fil, une direction entre les diverses parties, évoque l’invisible  parcours  du promeneur entre les différentes stations où il a sorti son carnet pour tracer les  linéaments des esquisses  qu’il travaillera ensuite en atelier.  Une suite, comme on le dit d’une pièce musicale : fragments de symphonies qui feraient  entendre  un rythme, une musicalité, un langage ; le dessin  à l’encre sur  papier blanc, comme une écriture du paysage ... Une suite, comme on le dit aussi en  mathématiques de termes qui se succèdent suivant une loi quelconque.  Ici, la loi serait  celle que se donne l'artiste, une loi de travail, un papier blanc ivoire,  grain lisse, un pinceau et de l'encre de chine, un  format paysage  et puis,  une thématique, celle des alentours de la maison, qui laisse reconnaître des motifs d'arbres, figuiers, oliviers, chênes, mûriers, fruitiers, cèdres   mais aussi,  les champs, les bâtisses  alentour, celle habitée par Jean-Pierre Blanche et celles des voisins.

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Ces dessins,  on pourrait le croire, seraient  des paysages sans figure apparente ... Toutefois, il serait erroné de considérer  la figure   absente des dessins, elle est présente en creux, de l'autre côté du miroir, reflet  de l'homme qui dessine,  de son travail, de ses  choix, de ses émotions et c’est bien l’artiste dont la présence est sous jacente. Ainsi l’atteste le possessif –« ma fenêtre »- dans le titre qu’il donne à l'une de ses encres.  Une suite, c'est aussi, ceux qui appartiennent à la maison … comme si les dessins de Jean-Pierre Blanche  étaient de ceux qui appartiendraient à la maison … Auraient-ils pu voir le jour  s’il n’avait habité cette bastide ?  Certainement pas, lorsqu’il  m’accueillit pour me montrer son travail, il me proposa de l’accompagner dans son parcours familier ; je perçus l’essence de son attachement à ces lieux qu’il habite avec bonheur depuis trente cinq ans, et, tout à la fois, comment   ses dessins sont  dans la suite des paysages sans être pour autant ni des dessins paysagers, ni des croquis sur le motif.  In situ,  le peintre  présenta  ses encres comme des compositions mentales,  des constructions déréalisant le motif, comme  la suite de l’ouvrage saisi sur le réel, un travail qui  se  poursuit à l’intérieur de la maison, dans l’atelier.  Une écriture qui se cherche à chaque nouveau dessin pour  composer un paysage à la fois mental et réel … transformé … au sens littéral, au-delà de la forme, au-delà de l’apparence, au-delà  des alentours.  Et c’est bien là,  la richesse de l’expression de Jean-Pierre Blanche, la subtilité de son travail,  la rigueur de sa recherche d’artiste que celle qui se met à l’épreuve  de sa rencontre avec le réel.  Car, dessiner est s’approprier les choses, cheminer vers leur connaissance en les comprenant en profondeur et, disant cela, Jean-Pierre Blanche ne pense pas seulement au paysage, mais aux moyens qu’il a choisis, le papier, l’encre et le pinceau. Le travail du peintre est aussi de comprendre  et de maîtriser, de jouer de ses outils, matériaux et médiums comme le musicien de son instrument.  La réalité n’est pas seulement dans l’apparence rendue, mais dans celle du dessin en lui-même ;  le paysage intériorisé en est la quatrième composante et va être travaillé en lignes, masses, traits, taches calibrées, rapports de volumes, de masses de diverses densités et de diverses valeurs.  Dans les dessins à l’encre sur papier … la contrainte est d’autant plus forte qu’il faut explorer la dynamique du dessin, sa composition, son harmonisation, la circulation du regard, l’invention,  la vie du dessin … Plusieurs fois, Jean-Pierre  Blanche  revient sur l’idée que le dessin ne doit pas être  ennuyeux, ne doit pas se résoudre à une apparence, à une image seulement … il  doit contenir et projeter  l’émotion  de l’artiste et saisir l’œil.

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"Le Potager", dessin de Jean Pierre Blanche

 


« Toujours travailler avec sa nature » est une expression de Jean-Pierre Blanche qui s’entendra dans la pluralité  des sens du mot « nature » … A l’avers, sa propre mémoire,  son être intrinsèque.  Au revers,  cette chose extérieure à nous, le paysage,  la Nature modifiée par la main de l’homme.   C’est dire aussi que le paysage nous construit quand il nous habite.  C’est interroger la relation de l’artiste avec le motif, percevoir sa vision intérieure, ses  paysages  imaginaires .      La suite qui est montrée  est une lecture du paysage … au sens premier du mot où lire signifie élire, signifie choisir.   Lecture  suivie  d’une écriture à la croisée du réel et de l’imaginaire.  On est ici au travail  du dessin du paysage et non pas d’un paysage dessiné, pour donner à voir quelque chose qu’on est seul à donner à voir.

Pourrait-on trouver un écho, dans les dessins de Jean-Pierre  Blanche, à l’aphorisme de  René  Char : « Un poète doit laisser des traces de son passage non des preuves.  Seules  les traces font rêver » ?

Florence Laude, octobre 2008.

Exposition "Les Alentours/ Carnet de dessins de Jean-Pierre Blanche", du mardi 28 octobre au 10 novembre 2008. Ouvert de 14 h 30 à 18h 30.

 

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