Jean Pecoul, photographe portraitiste Imprimer Envoyer
Un travail de galerie sur plusieurs années
Vendredi, 18 Janvier 2013 02:00

Jean Pecoul, portrait

 

La plus récente exposition de photographies de Jean Pecoul était programmée rue du Puits Neuf du jeudi 14 mars au samedi 23 mars 2013. Jean Pecoul gardait lui-même l'exposition, les visiteurs venaient dialoguer et converser en sa compagnie.


Sept de ses portraits d'artistes seront réunis lors de l'exposition Alain Paire, 19 ans de galerie du 13 novembre  au 21 décembre 2013, chez Arteum / Châteauneuf-le-Rouge, en collaboration avec Christiane Courbon et Pierre Vallauri.


 

 


Jean Pecoul avait présenté au 30 de la rue du Puits Neuf, en septembre 2007, une série de photographies d'artistes et de personnages d'Aix-en-Provence. Entre autres, des portraits de peintres et dessinateurs comme François de Asiz, Jean-Pierre Blanche, Jean-Pierre Enoc, François Gilly, Annick Pegouret, Sama et Jean-Marie Sorgue, des écrivains comme Gérard Khoury et Hawad, le photographe Bernard Lesaing, des médiateurs de l'art comme Denis Coutagne et Michel Fraisset.

Dans l'espace d'Aix où les créateurs furent rarement portraiturés - Claude Gondran et Henry Ely n'avaient pas rencontré Cézanne, peu de documents situent Masson et Picasso dans leurs ateliers du Tholonet et de Vauvenargues - le travail de Jean Pecoul constitue un lieu de mémoire et de résistance en face de l'indifférence et de l'oubli. Ses photographies façonnent un espace de rencontres et d'amitiés, l'un des plus passionnants gisements que l'on puisse réunir à propos des singularités qui composent la chronique d'une cité.

Texte rédigé en 2004 à l'occasion d'une exposition de Jean Pecoul réalisée pour la Salle Pavillon de l'Hôtel de Ville d'Aix.

Une pointe de malice, un rien de nonchalance. Beaucoup de mobilité. Depuis plusieurs années, Jean Pecoul portraiture quelques-unes des figures qu'il croise à l'intérieur d'une cité plus ou moins évidente et plus ou moins mystérieuse qui s'appelle Aix-en-Provence.

Dans ses images j'aperçois quelques-unes des plus désarmantes nuances de cette ville où toutes sortes de coudoiements, de réminiscences et de mélancolies sont inévitables. J'entrevois des échelles de temps, la solitude et la fermeté de certaines personnes. L'une des plus émouvantes images de Jean Pecoul révèle par exemple l'étrange espérance qui habite le visage d'un peintre des rues et des places d'Aix. Dans ce coeur de ville fréquemment frivole, Yves Martin est paradoxalement depuis trois décennies l'artiste le mieux identifé et le plus précaire que l'on puisse rencontrer. Sa silhouette foncièrement non-violente, ses cheveux qui blanchissent et le voûtement de sa personne relèvent à présent des archétypes et des légendes d'Aix-en-Provence. Rue Gaston Saporta ou bien Place Albertas, quiconque flâne s'arrête un instant pour examiner à la dérobée l'étal de ses toiles. S'inquiète quand une trop longue absence retarde sa carriole et son modeste déplacement.

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Portrait du peintre Yves Martin par Jean Pecoul.

Des corps, des caractères et des physionomies, des vieillissements, des visages et des intimités, des ambiances ignorées, des préoccupations ou bien des persistances qui font d'ores et déja partie de nos plus précieuses archives, voila ce que Jean Pecoul entreprend de rassembler. J'entrevois le demi-désordre d'une bibliothèque ou bien d'un atelier d'artiste, je découvre le clair-obscur d'une pièce où sont entreposés les travaux d'un photographe qui voua une partie de sa vie aux natures mortes, on m'accueille dans une échoppe d'antiquaire où je me souviens avoir vu pour la première fois des dessins de Gabriel Laurin, j'entends la voix harcelante d'un homme jeune et maigre, un personnage sans domicile fixe qu'on apercevait sur la Place de l'Hôtel de Ville.

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Portrait du galeriste Eric du Maroussem par Jean Pecoul.

 

Plusieurs strates, toutes sortes de fêlures et d'affranchissements discrètement appréhendés, des serrements de coeur, l'indécision d'une époque difficilement déchiffrable, les traces et les périls d'un autre siècle se profilent. Ces feuillets et ces dossiers qui s'accumulent dans l'habitacle d'un écrivain, ce cinéma du quartier Mazarin où je ne manquerai pas de revenir, l'escabeau qui jouxte la verrière de l'atelier de Cézanne, les lunettes et la tension d'un acteur qui interprète Fernando Pessoa, Descartes et Antonio Tabucchi, le sourire et les mains croisées d'une jeune femme, des micro-milieux, des replis, d'infimes privautés qui sont infiniment nécessaires, des silences, des combats, des fragilités, des silhouettes et des mémoires nous sont sobrement restitués.

Alain Paire

BIOGRAPHIE. Jean Pecoul est né à Marseille en 1941. Il reçoit son premier appareil photographique à l'âge de 11 ans. En 1960, Il achète un Foca 24 x 36. En 1965 il entre à Cadarache comme sismologue. Son activité professionnelle l'amène à utiliser le papier photographique pour ses relevés. Initié au tirage noir et blanc par un collègue de travail, il photographie essentiellement des personnages.

Parti en Algérie en 1970 pour des raisons professionnelles, il interrompt son travail en noir et blanc et se consacre à la photographie couleur sur diapositives. En 1998, désireux de revenir au noir et blanc, il participe à plusieurs stages de Pierre-Jean Amar et de Pierre-Olivier Deschamps à Arles.

En 2000, il commence sa série de personnalités aixoises. Sa première exposition se déroule en Salle Pavillon du 24 février au 13 mars 2004. Une deuxième exposition est programmée à la Galerie Laurin en mars 2006. En septembre 2007, exposition au 30 de la rue du Puits Neuf.

Robert Pujade, Jean Arrouye, Josée Mouvand et Christiane Courbon ont rédigé des textes  ou des préfaces à propos de ses archives ; deux expositions de nouveaux portraits aixois ont été réalisées en mars 2009 et au printemps 2011, à la Galerie Laurin.

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Portrait de Gérard Khoury par Jean Pecoul.

FIGURES D'AUTHENTICITE, LE PHOTOGRAPHE ET SON OBJET.

Muni de quelques objectifs et d'un appareil photo, Jean Pecoul se tourne vers le monde extérieur et n'en retient qu'un aspect principal, ses semblables. Loin des effets spectaculaires, un ton sobre préside à la rencontre entre le photographe et le photographié. Le questionnement de Jean Pecoul se dirige vers un thème unique : la figure humaine. La voici déclinée à travers tous les âges avec le même souci respectueux. Dans sa quête des autres, de l'autre, le photographe hésite entre deux possibles : un cadrage serré qui concerne à proprement parler le visage et une orientation plus ouverte, "la figure" dans son environnement professionnel ou intime.

Dans la première option, une tension s'exerce sur le personnage photographié. Le resserrement parfois extrême du cadrage pointe le désir aigu d'une "prise" effective ou peut-être le saisissement enfin rendu possible où un être livrerait son secret. Dans la deuxième option, le personnage apparaît dans son cadre d'existence. Jean Pecoul ne surprend pas le photographié par une prise brutale. Il prend le temps en multipliant les clichés de s'en rapprocher et de le connaître, il vient à lui dans son habitacle et le saisit au plus près de son lieu. Dans cet accompagnement lent le photographié se donne en image. Le milieu projette alors sur la figure comme une échappée où la personne se trouve recouverte par sa fonction ou par les objets qui l'accompagnent. Les prises de vues s'enchaînent et peuvent déboucher sur une vraie rencontre avec l'objet photographié. Une série de photographies fera suite à une autre. De l'extérieur est venu nourrir la quête, un retour s'est fait vers la prise de vue, une autre vague de clichés s'annonce. La vie renouvelle l'image.

Chemin faisant, les clichés s'accumulent, devenant des archives qui parlent aussi d'un temps. Une galerie de portraits se constitue. Peut-être se façonne l'élément toujours fugace, à la fois unique et perdu des êtres et du temps. Là Jean Pecoul à travers une recherche patiente et respectueuse n'a-t-il fait que tracer le chemin vers l'autre dans un désir d'authenticité ?

Annick Pegouret

 

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Octobre 2013, un portrait de Jean-François Coadou par Jean Pecoul.

 

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