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Du 22 au 26 janvier 2013, exposition Florence Laude / Annick Pegouret, à la galerie Alain Paire, 30 rue du Puits Neuf, Aix-en-Provence. Vernissage le mercredi 23 janvier, à partir de 18 h 30.

Notes de Florence Laude, mars 2009: "Je suis tombée par hasard sur la photo d’une nageuse venant chercher l’air à la surface de l'eau. J’ai vu dans l’instant de cette bouche ouverte l’enjeu vital. Respirer ou suffoquer. L’article titrait : "Ne noyez pas Laure Manaudou". Je n’ai pas pris le temps de noter le nom du photographe, j'ai conservé le document dans mon carnet de bord. Le motif autour duquel donner forme à un travail a littéralement émergé. La nageuse n’est pas là pour sa notoriété mais pour cette émotion à partir de laquelle j'ai voulu développer un travail plastique.

La tête seule de la nageuse émerge, une épaule se devine, une puissance aussi. Elle vient prendre l’air. Cette image devrait nous rassurer. Mais est-on seulement ici dans l’instant de la compétition sportive où l’on prend du souffle, où l'on s'oxygène avant de triompher ? Ceci n’est plus Laure, ceci est une peinture, cette image de la nageuse pose précisément le problème de l'ambiguité du signe entre la vie et de la mort … Nous sommes tous sortis de l’eau, mais nous ne pouvons pas y replonger.

J’aimerais que l’on y voie aussi une Vanité. L’aspect lisse du bonnet qui dessine un contour lisse comme de l’os, les lunettes larges et rondes comme des orbites creuses, les narines dilatées et la bouche béante …  La vision du crâne est diffuse mais réelle, tapie, là, sous la beauté, sous la jeunesse … Tout est là. La mort et puis l’eau et l’air qui sont à l’origine de notre apparition à la vie ..."

Florence Laude habite Aix-en-Provence. Elle enseigne le français au Lycée Marie-Madeleine Fourcade de Gardanne. Ses élèves ont vraisemblablement de beaux souvenirs de son travail : à côté des programmes obligatoires, il leur arrive quelquefois d'être accompagnés par leur professeure à Barcelone, à Cannes, à Venise, sur la route de Vauvenargues ou bien encore au musée de Chateauneuf le Rouge pour découvrir des films, des lieux ou des expositions. 


Elle dessine et peint sur différents supports, elle fait des installations et participe aux expositions de l'association aixoise Perspectives. Florence Laude a travaillé à l'illustration de livres pour enfants comme Titours et la mouche goulue et Envole-toi plume !. Elle prépare l'adaptation d'un roman de l'écrivain et musicologue  Alessandro Barrico "Sans sang" (éd. Albin Michel). Cet ouvrage évoque les lendemains d'une tragédie survenue au coeur d'une enfance ; on aperçoit une première série d'images sur ce lien.

On peut cheminer parmi les pages de son blog Images en tête, un journal personnel qu'elle renouvelle régulièrement. Elle interroge et commente des visites d'expositions. Par goût de l'amitié, son blog est à la fois chambre de résonance et manière de frayer chemin personnel : elle met en ligne ses découvertes et ses affinités, des paysages, des images et des musiques qu'elle affectionne. Il est par exemple question d'une traversée en vélo du côté des cols du Sambuc et de la Cride : à la faveur de telle ou telle rubrique de ce blog en recherche d'énonciation, elle évoque la mère de Sophie Calle, Alain Bashung et Daniel Darc, le Manège de Petit Pierre qu'il faut aller voir à La Fabuloserie, du côté d'Auxerre, un poème de Théophile de Viau ou bien Jacques Prévert qui tutoie Pierre Dumayet.

On imagine les orangers de Madame de Sévigné qui s'impatiente à propos du Sud, on revoit les anges des Ailes du désir de Wim Wenders, on découvre les photographies insolites de Robert Parke Harrisson, on converse avec le galeriste marseillais André Nègre ou bien encore on bascule du côté de "La Bataille de San Romano" de Paolo Ucello, "un éventail de lances dressées dans le ciel", soudainement révélé par la rivière Mars, lors d'un séjour dans le Cantal. Le 30 décembre 2012, Florence publiait une  image du Pont des Arts à Paris qu'elle accompagnait d'un poème de Baudelaire qui parle de "la dernière auberge" : "Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-toi !".

Du 21 novembre au 22 décembre 2012, Florence Laude était avec Pierre Vallauri la commissaire d'une exposition du Musée Arteum / Châteauneuf le Rouge. On trouvait de nombreux entretiens qu'elle avait composés avec les artistes de cette exposition titrée Traits intimes, sur ce lien.

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L'Ode à Laure, texte de Jean-Marc Pontier.

"C’est d’abord un travail sur l’eau. Ou plutôt dans l’eau. En tant que corps, en tant que matière engloutie par l’eau. Effort de Laure Manaudou comme pressentant la menace d’un ciment qui se fige fatalement – derniers soubresauts d’une glorieuse carrière, derniers mouvements de dos crawlé, l’épaule affleure à la marge, mais jamais ne triomphera en cette gerbe écumante du bras qui émerge. Laure triste en sa défaite, noyée de ses propres pleurs ? La piscine, la piscine, toujours recommencée.

Le corps solitaire, donc, face à nous impuissants et secs que nous sommes. Il y a quelque impudeur à observer en connaisseur le galbe des nageuses d’élite ou les frêles et touchantes maigreurs des corps débutants. Les cannetons pataugeurs, ces clones de Laure qui ne font pas illusion : trop proches les uns des autres, il leur est impossible de nager – ne les faites pas lever, c’est le naufrage ! – bouches ouvertes à l’unisson comme un appel vers un improbable oxygène, bonnets de bain, maillots rayés, il ne manque que le matricule, gageons que la prochaine marée nous les ramènera mêlés à la frange de l’écume. Oui, c’est une chorale que ce chœur de nageurs, entonnant quelque mélancolique requiem – Ode à Laure, alors ? On s’y méprendrait presque sur la nature de ce cri inspiré plutôt qu’expiré, mêlé à l’amniotique présence ; n’était que cette matière n’a rien de la fluidité de l’eau baptismale. On y marcherait plutôt.

Le triangle bleu se referme, s’étiole en son sommet.  Espace restrictif pour cette belle voleuse de non moins belle matière liquide. L’eau de Laure n’est plus cette diaphane amoureuse, l’amante-élémentaire ; elle est peinture, pas même à l’eau car l’au-delà de Laure n’est plus l’eau, c’est bien ce béton armé de son propre corps devenu lourd dans l’épaisseur de la matière acrylique. A supposer que le vrai problème de Laure fût autrefois la matière plus que le temps du chronomètre. Laure est une inversion du rêve prométhéen : elle dérobe l’eau aux dieux piscophages du people pour, enfin, tracer un sillage à soi.

Bonnet blanc et blanc bonnet, lunettes fluo sur quoi glisse l’eau, où le regard  à jamais se perd. Ces nageurs n’ont pas d’yeux, ou plutôt ces verres sont leurs yeux, ne cherchez pas, il n’y a rien derrière que la moiteur vaporeuse et étouffante des brumes javélisées. A quoi leur serviraient-ils, à ces crawleurs retournés, dont l’exact repère mental correspond à la précise longueur du bassin ? Compter les rotations de bras avant le virage, puis à nouveau se fixer sur la réalité du plafond ou du ciel ouvert, cet azur triangulaire en forme de promesse : vaincre, pour le champion, éviter la noyade, pour le débutant.

Ainsi le thème de l’eau est-il prétexte pour  Florence Laude à nous offrir de nouvelles variations sur la matière corporelle, réduite ici à sa partie vitale, la fonction respiratoire en milieu liquide. Il y a bien sûr du tragique dans l’effort appliqué de ces nageurs aux bouches torves à force d’appels d’air. Du drame dans le froid miroir de leurs lunettes fluo. Et s’il y a encore de l’étrange dans la proximité des visages c’est que par essence le naufrage est toujours collectif.

Les peintures de Florence Laude nous racontent la douloureuse et fascinante histoire de notre rapport à l’eau. Elle choisit pour ce faire – parce que le personnage est lui-même d’une insaisissable poésie – le truchement d’une image de Laure en son crépuscule triomphant. Laure porteuse de fantasmes réduite à une bouche, plus même un corps, juste une bouche".

Jean-Marc Pontier , février 2009.

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Parmi les expositions de Florence Laude :

* Biennale 2001, Concours des jeunes Plasticiens, mention spéciale du Jury, Le Revest-les-Eaux, juillet 2001.   * Maison du Patrimoine, avec Elstir, Six Fours (83), mai 2003. * AP(p)ART(é) n°5, Autres et Pareils , Les Issambres (83), juin 2003.

* Galerie de la Cave aux Huiles, Aix-en-Provence, Mai 2002.
* Art en Appart, Aix-en-Provence avec Stéphanie Douleau-Julien, juillet 2005.

* Galerie Artonef, Aix-en-Provence, en juillet et en septembre 2006. * Galerie Aix-Positions, rue Lisse des Cordeliers, Aix-en-Provence, octobre 2006.

* Librairie-Galerie Alain Paire, 10 rue des Marseillais, juin 2007.

* "Hors du temps", exposition collective, association Perspectives, Chateau de Bouc Bel Air, avril 2008.

* Trois toiles de la série L'Ode à Laure Manaudou figuraient fin février 2009 dans l'exposition L'eaujourd'hui de l'association Perspectives, Château de Bouc Bel Air, Aix-en-Provence et Peyrolles.

* Du 14 janvier au 6 février 2010, exposition de Florence Laude et d'Annick Pegouret, galerie Alain Paire.

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