Paul Cézanne
Christiane Courbon, médiatrice pour l'art d'aujourd'hui Imprimer Envoyer
\"Parcours dans la Ville\"
Samedi, 19 Septembre 2009 06:50
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Christiane Courbon, vernissage de l'été 2008, en compagnie de Bernard Plossu et Bernard Tournois, au fond portrait de Jean Amado.

Autrefois, ce qui pouvait s'exprimer de prime abord quand on la rencontrait, c'était sa réserve pour ne pas dire sa timidité. Depuis plusieurs années, la note dominante qui transparaît, c'est son charme et son sourire, sa capacité d'accueil et de regard en direction d'autrui. En filigrane par rapport à cette grande gentillesse, on perçoit chez elle beaucoup de détermination et de volonté, une remarquable tenacité.

Christine Courbon est pigiste à La Provence depuis septembre 2002. Deux fois par semaine, elle livre rue de l'Opéra sa chronique des expositions. Exception faite pour de "grands événements" qui peuvent se tenir au Musée Granet ou bien dans des lieux que l'on dit prestigieux, Christiane évoque dans ses articles tout ce qui concerne les arts plastiques au pays d'Aix. Un action restreinte et pourtant cruciale à bien des égards, un poste de travail à la fois marginal et surexposé : dans ce registre, le lectorat existe, le public et les protagonistes sont plus importants et plus nombreux qu'on ne le croit.

Travailler avec constance et précision, écrire pour les autres et non pas pour soi, se faire admettre auprès de milieux et d'interlocuteurs extrêmement variés, tout cela exige rigueur et opiniâtreté : il faut garder un vrai sens de l'humour quand on vous déstabilise, quand on vous encourage ou bien quand on vous encense, décrypter les lois tacites et la cohérence d'un journal, avoir de la patience et de la courtoisie ainsi qu'un vrai sens de l'anticipation vis à vis des empêchements qui peuvent survenir. Il y a la partie immergée de l'iceberg, les articles qu'il faut rédiger avec clarté et concision : rédiger 1500 ou bien 2000 signes alors qu'on a envie d'écrire plus longuement peut devenir cause de souffrance et de frustration. Restent en sous-oeuvre toutes sortes d'affrontements que le lecteur n'imagine pas, des joies et des vicissitudes, les retours de boomerang, la vie quotidienne d'une agence locale.

Vie antérieure

Christiane Courbon est la mère de trois grands fils qui ont entre 40 et 30 ans, son aîné habite la Guadeloupe. Une ardente curiosité - elle dit qu'"il y a tant de choses à découvrir, une vie n'y suffira pas" - l'écriture, les arts plastiques et la musique irriguent depuis toujours son parcours personnel. Son amour de la peinture et des voyages, Christiane le doit pour partie à sa tante, une artiste professionnelle qui vivait à Paris et sous de plus lointaines latitudes. Pendant sa première époque de formation - elle était professeur des écoles et travaillait dans des maternelles - elle n'avait pas pu donner libre cours à ses aspirations personnelles. A la fin des années 90, elle suit à l'Ecole d'Art d'Aix des cours du soir qu'elle apprécie, grâce à la présence de Danielle Ubeda. En septembre 2000, elle délaisse momentanément son métier d'enseignante et reprend ses études. Grâce au jeu des équivalences, elle passe avec succés à la Faculté des Lettres une licence d'Arts Plastiques. Les enseignants dont elle se souvient volontiers sont le philosophe Michel Guérin et puis Sylvie Coëllier et Khalil M'Rabet qui l'initient aux pratiques contemporaines.

Ses remises en question et ses exigences s'approfondissent. Christiane - quelquefois trop humble ou trop lucide - achève de comprendre qu'il ne s'agit pas pour elle de simplement chercher "la beauté" ou bien "l'expression" : il peut s'avérer plus passionnant pour elle de nourrir sa propre curiosité au contact des autres. Depuis toujours, l'écriture la requiert, elle rédige des journaux intimes et des carnets de voyage. Ses moments de liberté ne sont pas assez vastes, une grande partie de son emploi du temps est prise par la vie professionnelle et les responsabilités familiales. Il lui faut conjuguer plusieurs registres de vie, ses désirs, ses capacités et ses attentes. En septembre 2001, elle renouvelle son congé de formation, sa seconde année d'études s'effectue à Saint Charles du côté de la Médiation culturelle : elle pressent que son rôle est de tenter de nouer des liens et des modes de relations du côté de ce qui la passionne. Elle affectionne les cours d'ethnologie et d'anthropologie urbaines de Claire Duport, Jean Philppe Durand lui apprend comment peuvent s'échafauder des articles de journal et des opérations de communication.

Après quoi, elle trouve un poste aux Granettes, quitte Sausset les Pins qu'elle habitait et s'installe à Aix en Provence. Son métier de professeur des écoles l'accapare. Le temps qu'elle vient de passer à l'Université lui permet pourtant d'accomplir avec plus d'ouverture et de liberté ses tâches quotidiennes. Elle fait parvenir à la locale de La Provence une candidature spontanée, Hervé Nédellec la réceptionne. Avant de pouvoir se spécialiser dans les arts plastiques, il lui faut faire ses gammes en tant que correspondante de quartier. Elle apprend le métier sur le tas, rédige des compte-rendus de réunions de Ciq, livre des photographies et de brefs reportages à propos des centres d'urgence, du théatre pour enfants, des Chiens guides d'aveugles et des Femmes battues. Il faut enquêter longuement, "museler son envie de dire", cibler l'essentiel. En septembre 2002, suite aux départs d'Isabelle de Méré et de Marie-Laure Raffaelli, la possibilité d'une chronique des expositions aixoises se libère. Hervé Nédellec lui accorde sa confiance, Hervé Vaudoit et puis d'autres personnes lui succéderont. Les embûches, les moments de découragement et les difficultés ne manqueront pas. Semaine après semaine, il faut livrer bataille et ne jamais omettre de signer l'armistice. Elle tient bon et poursuit son évolution : inside and outside, on respecte son professionnalisme.

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En compagnie de Gérard Berne, vernissage de Jean-Pierre Blanche, novembre 2008.

Un regard et une histoire

Neuf années se sont écoulées. Quand elle débuta sa chronique, la confiance et l'amitié des responsables de galerie et des artistes ne lui étaient pas acquises. Aujourd'hui chacun souhaite sa venue et son intervention, elle connait admirablement et mieux que personne - aucun historien du temps présent, aucun membre d'une administration culturelle ne pourrait la devancer - les us et les coutumes, le terrain et les friches de la culture aixoise du côté des arts plastiques. Son assiduité quasiment permanente lors des vernissages ne l'empêche pas de larguer promptement ses amarres, chaque fois que l'urgence ou le désir s'en mêlent. Elle peut faire en une seule journée un aller et retour jusqu'à Evian pour découvrir une exposition d'Ernest Pignon-Ernest. En janvier 2009, Christiane est partie le vendredi après son travail pour Paris afin d'aller voir les galeries, Picasso et ses Maîtres au Grand Palais et Le Déjeuner sur l'herbe au Musée d'Orsay. Après quoi, le dimanche soir, elle est rentrée chez elle pour reprendre sa classe du lundi.


Pour mieux percevoir son expérience de journaliste critique d'art, j'ai transcrit une partie de l'entretien qu'elle m'a livré. Elle évalue clairement la fragilité des galeries aixoises : "J'ai vu des galeries se fermer, d'autres se sont transformées : la galeri Amana a été cédée par Christine Decome à Claude Petit Jean qui en a fait un lieu d'art contemporain et singulier. J'ai vu, avec beaucoup de regret et de nostalgie, se fermer l'Atelier des Eyguesiers, je ne désespère pas de voir un jour le couple des Bernus reprendre leur action sous une autre forme à partir de leur domicile personnel. Karina Piluso a été contrainte d'interrompre ses activités : c'est une femme pleine d'allant et de fantaisie, une personnalité à la fois extravagante et compétente. J'ai vu arriver Corinne Théret et sa galerie du Lézard qui a déménagé récemment de Luynes à La Pierre de Feu. J'ai vu s'ouvrir la galerie Ardital tenue par Michael Hall et Catherine Setton ainsi que la Non-Maison de Michèle Cohen, des galeries qui s'inscrivent toutes deux avec leur particularité et leur orginalité dans le paysage aixois. Eric du Maroussem a transporté son atelier-galerie de la rue Matheron à la rue Manuel. Mahé Boissel a fermé son atelier aixois et sa maison de couture pour inaugurer deux ateliers, à Marseille et à Paris. J'ai vu la librairie-galerie Alain Paire muer et devenir uniquement galerie, depuis la rue des Marseillais jusqu'à la rue du Puits Neuf. J'ai vu s'organiser à l'Atelier Cézanne et dans la Brasserie de la Mairie des Parcours de ville que je trouve dynamiques et intéressants, Alain Paire et Michel Fraisset en sont les instigateurs. Vincent Bercker s'est impliqué dans ces Parcours, notamment avec Jean-Baptiste Audat. J'ai vu Terres actives et son festival Arborescences fusionner avec Biomix et son festival Terrritoires électroniques pour devenir Seconde Nature, et puis ouvrir à l'espace Sextius un espace d'expositions, de concerts, de performances, et de cinéma"...

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En compagnie de Pierre Vallauri, vernissage rue du Puits neuf,  "Noirs dessins".

Christiane Courbon ne se lasse pas d'évoquer les nombreuses rencontres qui ont enrichi ses points de vue. Elle se souvient volontiers de Charlélie Couture et de Serge Reggiani qu'elle interviewa lors du second festival de la Chanson française, ou bien encore de Fabienne Verdier avec lequel elle s'était longuement entretenue à Silvacane, à propos des spitritualités de l'Orient et de l'art calligraphique. D'autres femmes l'ont particulièrement touchée : entre autres, Rosette Nicolaï dont elle apprécie la Galerie Itinérante ainsi que des artistes comme Françoise Martinelli, Marie Ducaté, Denise Fernandez-Grundmann, Johanna Heeg et Florence Laude dont elle a suivi à propos de Raymond Galle l'expérience d'une exposition d'art contemporain à l'intérieur du lycée de Gardanne. Parmi les personnalités artistiques fortement implantées au coeur d'Aix, elle songe à la bienveillance et à l'immense compétence du merveilleux photographe du Passage Agard, "Monsieur Jean Ely" : elle pense à des artistes de premier plan comme Paul Coupille, Jean-Pierre Blanche et Jean-Marie Sorgue. Pour ses visites d'atelier et les expositions qui l'ont durablement sensibilisée, elle cite volontiers Georges Guye, Pascal Verbena, Jean François Coadou et Gilbert Pastor. A propos de l'Ecole d'Art d'Aix, elle salue le travail et la volonté de Jean-Paul Ponthot qui se démène "pour faire bouger les choses et donner de l'ampleur à son école". Deux associations avec lesquelles elle travaille de manière intermittente lui semblent déterminantes dans l'animation du paysage aixois ; l'association Perspectives où s'activent Jeanne Morin-Mege et Jeanne Deste, et puis Arteum de Chateauneuf le Rouge, un espace dirigé par Pierre Vallauri qui lui a permis de participer avec ses propres textes aux catalogues des expositions "La collection d'Anne et Henri Sotta" et "Traits confidentiels"...

Alain Paire.

En mars 2008, Christiane Courbon publiait chez Elytis à Bordeaux son premier livre de critique d'art "Triglia, l'aventure colorée" . En octobre 2009, elle était associée à Pierre Vallauri pour le commissariat de l'exposition "La Beauté des restes" d' Arteum, Musée d'art contemporain de Châteauneuf le Rouge : elle a rédigé une partie du catalogue de cette exposition consacrée aux travaux "d'assembleurs" comme Armand Avril, Jean-Jacques Ceccarelli, Jean-François Coadou, Alain Joriot, Marie Morel, Louis Pons et Petra Werlé.

 

Depuis l'automne 2010, Christiane Courbon fait partie du jury qui permet à six étudiants de l'Ecole Supérieure d'Art d'Aix-en-Provence d'exposer leurs travaux dans l'annexe de l'atelier Cézanne (cf catalogue "Nouveaux regards"éd. de Office du Tourisme d'Aix). Elle coordonne des commissariats d'exposition : "Entre elles", une exposition de cinq jeunes plasticiennes, Pauline Bétrancourt, Anne-Lise Broyer, Sophie Menuet, Magali Latil, Marie Thébault, réunies au musée Arteum / Chateauneuf le Rouge en partenariat avec l'association Voyons voir, ainsi que "Claude Garanjoud /Curt Asker", une coproduction du Musée des Tapisseries d'Aix-en-Provence, d'Arteum / Chateauneuf le Rouge et de la Fondation Saint John Perse.

Elle poursuit son travail de chroniqueuse d'art à La Provence. En 2012, Chrsitiane Courbon a rédigé un entretien pour l'édition de la monographie Jean-Jacques Surian, de l'anecdote à l'universel, 1960-2011 et la part critique du catalogue Corinne de Battista, Figures publié par la Villa Tamaris lors de l'exposition de mai-juin 2012. A partir de 2011, elle a instauré pour Arteum une exposition estivale annuelle avec production d'oeuvres éphémères, en lien avec le paysage dans le parc du château. Depuis mars 2012, elle succède à Pierre Vallauri en tant que présidente d'Arteum.

L'exposition estivale de 2013 qu'elle présente à Arteum et dont elle assure commissariat et coordination générale, comporte plusieurs volets, en partenariat avec le Fonds Régional d'Art Contemporain PACA. Dans le musée, de nombreuses oeuvres empruntées aux Collections publiques mais également à des artistes ayant ou ayant eu un lien avec la région (19 artistes au total) sont visibles jusqu'au 27 juillet. Dans le parc, une importante création sur le thème du voyage d'Ulysse confiée au Cabanon Vertical, accompagnée d'une oeuvre littéraire et poétique écrite pour la circonstance par l'auteure Maxime Hortense Pascal, sont à visiter jusqu'au 27 octobre 2013. www.mac-arteum.com

 

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