| Entretien de Jean-Marc Pontier avec Florence Laude : "Pièces obliques" |
|
|
| Expositions récentes |
| Mardi, 26 Février 2008 08:42 |
|
Entretien de Florence Laude avec Jean-Marc Pontier - Jean-Marc, tu vas exposer dans la galerie des peintures sur carton inspirées d’une nouvelle graphique, Bill Braxton de l’album Pièces Obliques publié par les éditions Les Enfants Rouges. Pourrais-tu nous présenter ce personnage de Bill Braxton ? Je voulais au départ écrire et dessiner une nouvelle qui se passerait dans le monde du jazz. La première exposition que j'ai faite portait sur ce thème, j’avais davantage en tête une atmosphère, une «couleur» propre à l’ambiance du jazz qu’une trame déjà ficelée. Puis je me suis souvenu d’un personnage du poète Olivier Domerg, ce Bill Braxton dont il parle dans Treize jours à New York (éd. le Bleu du Ciel). Bill est noir : c’était aussi un prétexte pour travailler sur la carnation et jouer sur les lumières. - Bill Braxton, immense saxophoniste de jazz doit sa légende au fait de n’avoir jamais appris à jouer de la musique mais de posséder un sax magique. C’est aussi une histoire de filiation : il perd ce don hors du commun le soir où il transmet son saxophone à son fils. C’est une vision assez romantique de l’artiste de génie, «inspiré», non ? Je crois plus au romanesque qu’au romantisme. Il y a effectivement l’idée d’une transmission d’un père à un fils. Ici, un objet fabriqué par le grand père, lui-même fils d’esclave. Bill Braxton est un gars qui pense que tout son talent tient dans son instrument. Le jour où il essaie de jouer dans un vrai sax, c’est sublime. Oui, je pense que l’artiste est un guide, un meneur à l’instar de Bill à la fin de la nouvelle, on peut faire référence au conte du petit joueur de flûte qui ensorcelle les animaux par sa musique, mais aussi à Orphée … Bill ne perd pas son «don». Au contraire, l’instrument vient le sublimer. - Est-ce que tu t'es imposé une ligne, une thématique ou un registre particulier pour ces Pièces Obliques ? Pourquoi ce titre ?
- Pour l’exposition, tu as transposé les premières planches de la nouvelle graphique en peintures sur papier grand format. Pourquoi ne pas exposer directement les planches des albums ? Parce qu’elles n’existent pas ! Je travaille sur des petits bouts de papier que je scanne pour faire ensuite entrer dans le gaufrier avec le texte. D’autre part il me paraissait intéressant d’exposer précisément autre chose que la Bande dessinée. Je reste du côté de la peinture, j’y tiens. J’ai donc opté pour des cartons-planches de grand format travaillés de façon expressionniste à partir de techniques mixtes : craie, encre acrylique, fusain, pastel … J’avais aussi envie de donner l’impression très poétique de ces ardoises des restaurants qui annoncent les menus, pour les textes. En tout cas, c’était une autre façon de raconter la même histoire. - Même dans la bande dessinée, tu travailles avec les outils du peintre : l’encrage est généreux, appliqué au pinceau, le fusain est lourdement frotté sur le papier pour y laisser un maximum de matière. Les contours ne sont pas lisses, les noirs dégorgent, la pâte se travaille dans la masse à la recherche des nuances de gris et de noirs subtils, laissant percevoir les infimes diverses manières de rendre des couleurs avec le noir au travers de la matière : opaque, ombré, brouillé, griffé, frotté, ponctué, empâté, à sec ou mouillé. Ce sont les lumières, les contrastes qui plus que les lignes dessinent sensuellement les corps, les paysages, les espaces intérieurs. On aurait envie de parler de dessin expressionniste et même de «dessin sale». Cela te choque-t-il ?
- Tout au long de l’album, tu t’es imposé la stricte contrainte du gaufrier de 9 cases. Pourquoi ce choix ? Parce que ça me permettait d’évacuer d’emblée le problème de la mise en page et de me concentrer sur la narration. Ainsi également dimensionnées, les cases ont chacune la même chance. Le gaufrier permet d’imposer un rythme régulier de lecture. Je n’ai pas un style de dessin sobre, il ne fallait pas en rajouter par des effets de cases. Ca fonctionne pour des nouvelles assez brèves, je ne suis pas sûr que j’opterais pour le même procédé dans le cas d’un «long métrage» … - Tu as publié trois bandes dessinées, Le chevalier Araignée et Le Roi des Pingouins, aux éditions Iconophage, en 2005 et Le couloir, aux éditions Les Enfants Rouges en 2007. En 1990 tu dessinais Abordage par les Créatures, à partir des textes d’Emmanuelle Bayamak-Tam. Après quoi, survient un délai d’une quinzaine d’années, entre ces albums, consacré à peindre des paysages, des animaux, des figures et surtout des poissons. Pourquoi ce retour à la bande dessinée ou peut-être cette désaffection pour la peinture ? Les deux univers ne sont-ils pas conciliables? Ne peut-on pas être peintre et dessinateur de BD en même temps ? J’ai toujours été fidèle à l’un et à l’autre - ou bien infidèle aux deux, c’est selon le point de vue - et encore aujourd’hui. Pourquoi devrais-je faire un choix ? Les deux univers se complètent, ces planches exposées dans une galerie habituellement dévolue à la peinture en est la preuve. Quant à Abordage, je me souviens avoir vu un éditeur à l’époque qui m’avait dit sans autre forme de procès : «Il y a trop de noir» !!! et j’ai rangé mes cartons, découragé. Je pense que les choses ont largement évolué aujourd’hui et d’ailleurs l’association Autres et Pareils envisage de publier enfin l’album sous le label Iconophage. Il est vrai aussi qu'entretemps Emmanuelle Bayamak-Tam a fait son chemin en tant que romancière. [ quelques planches de ces albums, et les peintures sont visibles sur le site http://jeanmarcpontier.info. ] - Avec des amis, tu animes une émission consacrée à la Bande dessinée, Iconophage, sur Radio Active 100.00 FM (Aire Toulonnaise) ; parallèlement, tu publies chaque semaine, sous forme de BD, les chroniques des BD présentées lors de l’émission (http://critiquesbd.blogspot.com ). Pourquoi avoir eu envie de «doubler» l’émission par ces chroniques et de créer ce blog ? Est-ce d’ailleurs un simple «doublage» de l’émission ? En fait c’est tout bête : l’émission a été suspendue quelques semaines pour des problèmes techniques (changement de locaux). Ce blog était l’occasion de garder la main tout en m’amusant à dessiner mes critiques en reproduisant quelques dessins extraits des livres dont je parlais. Pour moi, c’est un exercice complémentaire mais qui participe d’une même intention : faire partager une passion au plus grand nombre. C’est aussi pour cela que je suis enseignant. - Envisages-tu une suite aux Pièces Obliques ? Quels sont tes projets ? Oui, j’aimerais faire de Nouvelles pièces obliques, j’ai d’ailleurs continué à écrire et dessiner des histoires dans la même veine. Après, reste à savoir s’il y aura un public déjà pour le premier volume. Je pense qu’on y verra plus clair dans quelques mois. A ce moment, on verra avec Les Enfants Rouges et Nathalie Meulemans. Je vais aussi continuer le blog des Critiques penchées et proposer ça à un éditeur, on ne sait jamais, ça peut intéresser les professionnels mais aussi des lecteurs qui cherchent un avis avant d’acheter un livre. Enfin, j’ai entièrement redessiné et réécrit Le Roi des pingouins mais je n’en suis toujours pas entièrement satisfait. Je crois que je vais proposer ce livre à un autre dessinateur qui aimerait illustrer cet univers de bateaux et de pirates tordus, genre Guibert dans l’extraordinaire Capitaine écarlate de David B. Et puis finir mon atelier pour me remettre à la peinture. Je sors aussi un petit livre sans dessins, Pédaler, écrire, chez Contrepied, et je compte aussi faire la Marmotte mais ça n’a rien à voir avec la Bande dessinée... Propos recueillis par Florence Laude, mars 2009.
|
Pierre Alechinsky au musée Granet / Les ateliers du MidiChoses lues, choses vues | Mercredi, 28 Juillet 2010 "Sauve qui peut", gravure d'Alechinsky, 2009. Format 76 x 70 cm. Réalisé par Daniel Abadie, ce rassemblement des travaux sudistes de Pierre Alechinsky prend immédiatement rang parmi les plus... Lire plus |
Vauvenargues, le château de PicassoChoses lues, choses vues | Vendredi, 25 Juin 2010 ![]() La face ouest du château de Vauvenargues, vue prise de la D 10. Du 30 juin au 2 octobre 2010, le château de Vauvenargues est de nouveau ouvert au... Lire plus |
1942 / 1943 : Jean Moulin rencontre Matisse et BonnardChoses lues, choses vues | Lundi, 24 Mai 2010 ![]() 22 rue de France, Nice, un immeuble presque anonyme, une plaque commémorative A l’occasion de l’enregistrement d’une émission de télévision - Enquête d’art, produite par France 5, diffusée jeudi... Lire plus |
Sylvain Itkine, "Diable écarlate" et "Croque-Fruits", 1908-1944Choses lues, choses vues | Mercredi, 19 Mai 2010 "Sylvain Itkine, Jacques Herold, Aube et André Breton, Villa Air Bel, hiver 1941, la corvée de bois (archives Aube Breton)." [+] agrandir L'image Il était né à Paris en... Lire plus |
Jacques Hérold, 1910-1987Choses lues, choses vues | Mardi, 18 Mai 2010 Jacques Hérold chez les Croque-Fruits, 1941 (copyright succession Hérold).[+] Cliquez sur l'image Jacques Hérold naquit dans la ville de Piatra en Roumanie, le 10 octobre 1910. L'exil loin de... Lire plus |
Lucien Henry, le seigneur de ForcalquierChoses lues, choses vues | Lundi, 25 Janvier 2010 Portrait de Lucien Henry, photographie de Patrick Box Il fut l'ami proche, le collectionneur et quelquefois le marchand de Louis Pons, de Georges Bru et de Boris Bojnev. Des... Lire plus |
Le site de la galerie, chiffres et fréquentationChoses lues, choses vues | Jeudi, 17 Septembre 2009 ![]() Inauguré en décembre 2007, le site de la galerie a deux ans et demi d'existence. Pour retracer sa brève histoire, il faut invoquer l'apport de son webmaster, le photographe Gilles... Lire plus |
Alain Fleischer, en salle Labrouste : "Le rêve, ou bien la nuit du lecteur"Choses lues, choses vues | Lundi, 10 Août 2009 ![]() 23 octobre 2009, soir d'inauguration : la salle Henri Labrouste de la Bibliothèque Richelieu. Jusqu'à fin janvier 2010, la salle Labrouste du site Richelieu de la Bibliothèque Nationale accueillait... Lire plus |
La troisième vie de Jacqueline LambaChoses lues, choses vues | Dimanche, 17 Mai 2009 Jacqueline Lamba et André Breton, photographie de Claude Cahun et couverture du livre. Entre 1934 et 1942, Jacqueline Lamba fut la compagne d'André Breton. Man Ray la photographia lumineuse... Lire plus |
In Memoriam Thierry Bouchard, éditeur et typographe, 1954 - 2008Choses lues, choses vues | Mardi, 3 Février 2009 Portrait de Thierry Bouchard. Agrandir l'image Entre Dijon et Arc-et-Senans, Thierry Bouchard vécut la quasi-totalité de son existence au 33, Quai de la Hutte, à Losne, un village implanté... Lire plus |
Monticelli et Van GoghChoses lues, choses vues | Jeudi, 29 Janvier 2009 "Nature morte au citron, oursin et vase" de Monticelli (collection particulière). Adolphe Monticelli est injustement méconnu. Il quitta le monde des vivants à l'âge de 62 ans, le... Lire plus |
Les dessins de Jean-Antoine Constantin / Musée Granet, Aix-en-ProvenceChoses lues, choses vues | Jeudi, 22 Janvier 2009 ![]() "Autoportrait de Constantin" huile sur bois, 28 x 23 cm, copyright musée Granet. En 1860, dans un périodique qui s'intitulait "Le Plutarque marseillais", Adolphe Meyer témoignait clairement de ce... Lire plus |
Vauvenargues moraliste, la vie brève, 1715-1747Choses lues, choses vues | Jeudi, 22 Janvier 2009 ![]() Portrait fictif de Vauvenargues,gravure du XIX° Ce texte à propos du moraliste Vauvenargues est extrait d'un livre disponible dans les librairies, éditions Images en Manoeuvres (Pollen/ Diffusion) "PABLO PICASSO... Lire plus |
Edmonde Charles-Roux et Jean Ely, les premières années du Festival d'Aix en ProvenceChoses lues, choses vues | Mardi, 20 Janvier 2009 Pendant l'été 2008, une exposition de photographies visible au Pavillon de Vendôme d'Aix en Provence et un catalogue édité par Actes-Sud ont permis de nuancer les souvenirs des premiers spectateurs... Lire plus |
Pierre Jean Jouve / Léo Marchutz : "une race d'artistes presque disparue, celle de Delacroix qui n'était jamais content"Choses lues, choses vues | Jeudi, 15 Janvier 2009 ![]() Léo Marchutz, sur les pentes du Chateau-Noir, près de sa cabane-atelier (fonds Antony Marchutz, droits réservés) Pierre Jean Jouve et Léo Marchutz se rencontrèrent au début des années cinquante... Lire plus |
|
|
|