| Alain Fleischer : "Les désordres de Picasso" |
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| Expositions récentes |
| Mercredi, 21 Octobre 2009 05:03 |
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Jusqu'au samedi 8 août, exposition d'Alain Fleischer, douze photographies en noir et blanc, "Les Désordres de Picasso" et un ilfochrome de la série "Happy days". Exposition ouverte du mardi au samedi, 30 rue du Puits Neuf. Le matin de 11h à 12 h, l'après-midi de 14 h 30 à 18 h 30. Exposition organisée dans le cadre de la saison Picasso-Aix 2009, avec une aide à la production artistique de la CPA, Communauté du Pays d'Aix. Jusqu'au 30 septembre 2009, présentation dans le Hall du Musée des Tapisseries de trois grands tirages photographiques d'Alain Fleischer. Ces ilfochromes de 120 x 180 cm, des épreuves sur papier ilford, ont été réalisés à partir de diapositives en couleur. Le musée des Tapisseries est situé Place des Martyrs de la Résistance, dans la proximité de l'Ancien Palais de l'Archevêché et du Festival d'Art lyrique d'Aix-en-Provence. Ouvert tous les jours sauf mardi, de 10h à 18 h. Entrée libre. Le travail de mise en mémoire et de transfert d'Alain Fleischer donne à voir une surface d'apparition à l'intérieur de laquelle on retrouve des empreintes et des contacts multiples : des reproductions de toiles et de dessins de Picasso, des objets de la vie quotidienne, des jouets d'enfants, la vitre d'une armoire ancienne, de vieux cartons, un grand escabeau, une carte postale, une boîte de cigares ou bien des tissus. On appréhende plusieurs régimes de lumières, des séquences qui font surgir des projections et des reflets, des moments de révélation et des mises en obscurité, des lignes de fuite, des cohérences inattendues, des surimpressions et des déplacements. Alain Fleischer estime que l'oeuvre de Picasso s'est définitivement imposée à notre regard et à notre mémoire. "Picasso est désormais partout". Son oeuvre est inévitable, elle "fait partie d'une réalité d'ordre naturel comme le son des cascades ou des orages, comme les paysages de forêts vierges et de cimes enneigées". Les images de Fleischer pourraient évoquer le "maximum d'ordre et le maximum de désordre" qui caractérise souvent l'oeuvre de Pablo, ses chambardements permanents et son extraordinaire clairvoyance. Il était l'homme qui "gardait tout", ses demeures étaient surencombrées, il accumulait les superlatifs, les traces et les souvenirs ; c'était également un artiste capable des décisions les plus abruptes. Supports sensibles, "Nuit des images".Pour ce travail qu'il achevait à Rome et Paris pendant le printemps 2009, Alain Fleischer a déconstruit et recyclé plusieurs fragments de l'oeuvre de Picasso. On reconnaît des morceaux de journaux et quelques-unes des figures des Demoiselles d'Avignon, une Salomé du début du siècle, un Nu aux jambes croisées de 1903 qui appartient à la Fondation Gianadda, ainsi que La Toilette qui fut peinte pendant l'été de 1906, l'un des chefs d'oeuvre présentés pendant l'exposition Picasso érotique coordonnée voici huit ans par Jean Clair. On aperçoit avec son grand drap, dans l'ombre d'un escabeau, Femme nue au bord de la mer qui relève de la période cubiste ainsi que des dames imposantes et hiératiques que Pablo affectionnait pendant les années vingt. Issues des Trois femmes à la fontaine de l'été 1921 qui figurent au Musée d'art moderne de New York, elles semblent avoir mué. Grâce aux projections d'Alain Fleischer, ce ne sont plus des dames athéniennes, pompéiennes ou bien néo-classiques : ce sont à présent des silhouettes de matrones andalouses qu'on pourrait imaginer conversant à l'intérieur d'un patio, elles apparaissent sur les miroitements d'une armoire vitrée qui s'entrebaille. Fleischer ressaisit souplement une manière de musée imaginaire dont les flux de mémoire, les zones d'incertitude, les recoins d'ombre, les expériences optiques et les écrans semblent obéir aux glissements de l'inconscient. Le désordre sans violence, l'émouvante survenue des images se révèlent parfaitement admissibles : un songe et un continuum sont amorcés, quelque chose de soudainement familier se marie sans transition avec ce qui relève de l'inconnu et de l'inapaisable, on ne quitte pas pour autant les singularités du peintre. L'intégrité de l'image originelle, un timbre de voix tout à fait particulier, une hispanitude, une gravité, une force de silence et une âpreté propres à Picasso sont clairement restituées. Cependant, les matrices du tableau retentissent autrement : elles incorporent de nouveaux voisinages, une problématique inédite. L'image que Fleischer projette n'est pas oubliée mais elle a quitté son cadre, elle devient un lieu d'engendrement et d'aventure qui affronte de nouvelles complexités. Ce n'est pas un bloc d'immortalité, elle ne fait plus uniquement partie d'un musée, d'une collection ou bien d'un catalogue : son sillage, ses rivages, ses lisières et ses charmes se transportent ailleurs. Tout en fragmentant et collectant sans idôlatrie ses images du peintre magualène, Alain Fleischer modifie profondément la donne, relance autrement la magie, les dérives et les surprises de l'incessant voyage de la mémoire. Son travail inscrit Picasso dans le flux d'une nouvelle contemporanéité et répercute simultanément des questions indissociables qui l'habitent continuellement : "Comment les formes visuelles parviennent-elles à s'imprégner les unes les autres, d'une discipline à l'autre, par quelle surface de contact entre elles ?" Ses projections d'images s'effectuent à l'ancienne, sans retouche ni manipulation : elles transforment la peinture qui incorpore au passage les propriétés de la photographie. Les deux ilfochromes qu'Alain Fleischer a réalisés à partir de figures de femmes allongées lui permettent d'opérer le passage vers la couleur : de nouveaux contrastes et de plus vifs mouvements apparaissent, les noirs profonds qui restent dominants épousent les encres et les lumières de nouveaux affleurements de sensations. Ses grands formats se situent dans la continuité de l'aventure des Happy days où l'on reconnaissait les poses archétypales des peintures du Titien, de Goya, de Vélasquez, d'Ingres ou bien du Douanier Rousseau. Un jouet mécanique conduit par un petit clown traverse les parures et les reliefs d'un grand drap de couleur ; sur un trajet mouvementé, à la fois instable et minutieusement réglé, il prend en remorque deux petits miroirs qui captent sur leur surface les projections de corps féminins peints par Picasso (cf. la dernière illustration couleur de cet article). Auteur d'une centaine de films - à propos de Christian Boltanski, Daniel Cordier, Jean-Jacques Lebel ou Pierre Klossowski, pour le Louvre ou bien le musée Rodin -, producteur de nombreuses séries photographiques et d'installations - entre autres, "Miroirs-Tiroirs","L'empreinte du fer à repasser", "Les voyages parallèles", "La nuit sans Stella" et "Le voyage du brise-glace" -, Alain Fleischer est un écrivain-artiste par ailleurs directeur depuis 1989 du Fresnoy / Studio national des arts contemporains de Tourcoing. Il est né à Paris en 1944, il séjourne souvent à Rome. Son parcours personnel échappe à la spécialisation, traverses des frontières d'ordinaire solidement gardées. Parmi ses livres récemment parus, on peut citer "L'amant en culottes courtes" (éd. du Seuil, 2006), "Prolongations" (éd. Gallimard, 2008), les trois textes de géographie de l'imaginaire qui figurent dans "Descente dans les villes" (éd. Fata Morgana, 2009) ainsi que l'autobiographiée biaisée de "Moi, Sandor.F" (collection Alter ego, éd. Fayard, 2009). "La vitesse d'évasion" était le titre de l'exposition qu'il présentait en 2003 à la Maison Européenne de la Photographie ainsi qu'au Centre Georges Pompidou. > Voir les photos du Vernissage
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