|
Léon Claude Vénézia : Raymond Moralès, disparition ou bien renaissance ? |
|
|
|
Choses lues, choses vues
|
|
Dimanche, 01 Janvier 2012 06:37 |
Raymond Moralès, 1977 (photographie de Claude Vénézia)
Les automobilistes qui passent depuis des années dans la zone industrielle de Port de Bouc, en bordure de nationale, ont certainement remarqué le musée parc-exposition Moralès, clos par un mur d’enceinte d’où émergent d’étranges créatures de métal. Ceux qui ont eu la curiosité de visiter ce lieu en sont ressortis enthousiastes ou horrifiés. Les 600 sculptures qui peuplent presque un hectare à l’orée d’un petit bois, résument le tragique de la condition humaine et ne doivent rien aux Beaux Arts ni au Bon Goût. A hauteur d’homme ou gigantesques, elles frappent l’imagination.
C’est un matin de 1978 que je suis tombé en arrêt face à un personnage de forme humaine suspendu à l’extrémité d’un poteau incliné. La tête broyée entre les mâchoires d’un monstre, il semblait agiter en vain ses bras et jambes écartés. Cette œuvre m’évoqua irrésistiblement un avatar de la crucifixion. Je poussai la grille entr’ouverte, impatient de connaître l’auteur de ce terrible cri de douleur.
L’homme au front ceint d’un foulard rose qui m’accueillit était d’une douceur tranquille, à la fois surpris mais heureux qu’un passant s’intéresse à son travail. Un dialogue amical s’instaura entre nous tandis qu’il me faisait visiter son territoire. Je fus immédiatement saisi par l’expressivité et la charge politique de ses œuvres. Né en 1924, il avait commencé à travailler très jeune comme ouvrier aux Chantiers navals de Port de Bouc. Après la fermeture, il s’était installé artisan ferronnier et avait bâti sa maison et son atelier. Le désir d’expression personnelle l’avait déjà poussé à peindre durant ses loisirs. Je ne connaissais rien, je ne savais même pas où l’on achetait la toile ! Après avoir peint près de quatre cent tableaux ! - il se mit à forger et sculpter des pièces de métal au marteau. Après quoi, ayant récupéré des machines outils, rebuts des chantiers navals, il imagina de très grandes pièces, formées à partir de tôles brutes puis chauffées et martelées à la forge. Le résultat était admirable. Toutes différentes, marquée d’une empreinte baroque, ses sculptures puisaient leur inspiration dans des fantasmes cauchemardesques aussi bien que dans des évènements liés à l’actualité, famine, pauvreté, luttes pour le pouvoir. Raymond Moralès avait la chance d’être totalement autodidacte, il n’avait aucune inhibition d’ordre esthétique ou moral. Je ne cherche pas à plaire, mais à exprimer ce qui me vient en tête.
|
|
Lire la suite...
|
|
|
Une rencontre autour de Pierre Guerre, deux conférences d'Alain Paire |
|
|
|
Choses lues, choses vues
|
|
Mardi, 29 Novembre 2011 09:23 |
|
 Statue féminine Dan, collection Pierre Guerre.
Trois rendez-vous. Jeudi 6 décembre, un débat avec Alain Vidal-Naquet à propos de Pierre Guerre à la BMVR, Bibliothèque de l'Alcazar de Marseille. Mardi 27 novembre, aux Archives départementales de Marseille, une conférence à propos des Artistes du camp des Milles. Jeudi 13 décembre, sous l'égide des Amis de la Méjanes, une conférence à propos du Paysage en peinture à Aix en Provence, 1945-2012.
** Mardi 27 novembre, à 18 h 30, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 18 rue Mirès 13003 Marseille, conférence d'A. Paire : "Des artistes au camp des Milles". Cette conférence évoquera principalement les deux figures de Max Ernst et d'Hans Bellmer, le contexte de la tuilerie désaffectée à l'intérieur de laquelle ces artistes cohabitèrent pendant l'hiver de 1939 ainsi que la période de mai et juin 1940, lorsque Max Ernst fut une seconde fois interné. Les récentes découvertes de l'Association des Philatélistes aixois qui ont exhumé plusieurs oeuvres réalisées pendant ces internements seront également évoquées. Conférence signalée par le site de l'ADEAF d'Aix-Marseille.
 Peggy Gugenheim et Max Ernst, 14 juillet 1941, l'arrivée à New-York.
** Jeudi 6 décembre, à 18 h 30, à la BMVR, Bibliothèque de l'Alcazar, 58 cours Belsunce, Marseille. Pour célébrer les 20 ans du Musée d'arts Africains, Océaniens, Amérindiens de la Vielle Charité, dialogue d'A. Paire avec Alain Vidal-Naquet : "Pierre Guerre, pour une reconnaissance de l'art africain".
Conformément aux voeux profonds de Léonce Guerre (1880-1948) et Pierre Guerre (1910-1978), Gisèle Guerre et son gendre Alain Vidal-Naquet ont fait donation d'une partie de leur collection, actuellement visible dans les espaces de la Vieille Charité. D'autres donations et de belles acquisitions ont fait de Marseille la seule ville de France, avec le musée du Quai Branly à Paris, où l'on peut visiter un musée exclusivement consacré aux arts de l'Afrique, de l'Océanie et des Amériques.
A propos de Pierre Guerre, cf. le catalogue réalisé par la Fondation Saint-John Perse d'Aix-en-Provence. Catalogue titré Je demande aux hommes d'être des promeneurs, textes de Roger Little, Alain Vidal-Naquet, Muriel Calvet et A.Paire.
** Jeudi 13 décembre, à 18 h 30 à la Cité du Livre d'Aix-en-Provence, salle Armand Lunel, conférence d'A. Paire sous l'égide des amis de la Méjanes, "Le paysage en peinture à Aix-en-Provence, 1945-2012", André Masson, Pierre Tal-Coat, Pablo Picasso, Vincent Bioulès, Jean-Pierre Blanche et Don Jacques Ciccolini.
Minorisée pendant une courte époque par une partie des courants modernistes, la peinture de paysage est redevenue un axe essentiel pour l'art d'aujourd'hui. André Masson, Pierre Tal-Coat et Pablo Picasso ont traduit entre Vauvenargues et route du Tholonet, le "génie d'un lieu", la lumière et les configurations du Pays d'Aix.
A côté de Masson, Tal-Coat et Picasso, personnages pleinement intégrés dans l'histoire de l'art, Alain Paire évoquera les oeuvres de trois contemporains, Vincent Bioulès, Jean-Pierre Blanche et Don Jacques Ciccolini. Une grande complicité réunit ces trois peintres : Bioulès et Blanche sont de très proches amis, Ciccolini fut l'élève de Bioulès lorsqu'il était enseignant de peinture à l'Ecole d'art d'Aix.
 La Sainte-Victoire de Vincent Bioulès, vue des Lamberts, 2009.
|
|
Visite du Site-Mémorial des Milles : premières impressions |
|
|
|
Choses lues, choses vues
|
|
Vendredi, 23 Septembre 2011 20:09 |

Elle est pour partie masquée, on la devine à l'extrême bout des maisons basses de la grande rue qui traverse le village. La Tuilerie des Milles émerge progressivement, il faut franchir le passage à niveau du chemin de fer et la grille d'entrée pour appréhender pleinement son grand vaisseau. Des bâtiments longs et puissants, quinze mille mètres carrés de surface. Les matériaux et les couleurs de la façade sont intimement liés au travail de l'argile, on discernera plus tard la surprenante modernité des poutres en béton armé qui charpentent l'intérieur. Les vieux volets qui restent clos, l'horloge qui a cessé de marquer l'heure laissent imaginer qu'à plusieurs reprises le temps s'est arrêté.
Il faudrait avoir le génie d'un Vassili Grossman pour qualifier le silence de cet énorme bâtiment, le mélange énigmatique de présent et de passé que son apparition suscite. Cette usine où l'on travailla jusqu'au début du vingt-et-unième siècle énonce quelque chose de poignant et de difficilement nommable. Elle était construite au milieu d'une campagne aixoise qu'il faut tenter d'imaginer : dans la proximité des courbes et des piliers d'un aqueduc, à faible distance des rives de l'Arc et d'une carrière, parmi les couleurs ocres, vertes et bleues qu'affectionnait Cézanne. Des amis peintres m'ont dit que dans ces parages, l'irruption des premiers iris est chaque année incroyablement éclatante. Rien ne semblait l'y prédisposer, cet endroit des Milles n'était pas conçu pour orchestrer les insoutenables décisions des années quarante du siècle dernier, quelques-unes des plus dramatiques séquences de l'histoire de l'Europe. Lion Feutchwanger l'écrivait, le Diable était en France...
|
|
Lire la suite...
|
|
Deux interprètes pour Marsiho/ Suarès : Louis Jou et Philippe Caubère |
|
|
|
Choses lues, choses vues
|
|
Vendredi, 29 Juillet 2011 08:25 |
Détail d'un hors-texte de Louis Jou, une rue du Panier pour Marsiho.
André Suarès naquit à Marseile le 12 juin 1868. Sa famille habitait au 91 de la rue Saint-Jacques, un immeuble proche du boulevard Notre-Dame : "c'était un vieux hôtel, deux étages et des combles, avec un jardin qui va jusqu'à la rue du Dragon". Ses ancêtres juifs vécurent en Espagne, au Portugal et à Gênes. Parisienne d'origine, sa mère avait dix-huit ans au moment de la naissance d'André ; elle mourut d'une phtisie sept années plus tard. Plus âgé, son père faisait du courtage auprès des compagnies maritimes. Au lycée Thiers de son adolescence, André Suarès trusta les prix d'excellence. Sa culture d'enfant surdoué était impressionnante : dés l'âge de quatre ans, il prenait cinq fois par semaine des leçons de piano. Il pratiqua très tôt Platon, Virgile et Dante.
Il part pour Paris à l'âge de quinze ans. A l'Ecole Normale supérieure de la rue d'Ulm, Romain Rolland fut son plus proche ami. Le caractère farouche de Suarès, son refus des positions médianes le conduisirent à ne pas admettre les convenances du système scolaire. Il échoua volontairement à l'agrégation d'histoire : il remit aux examinateurs une copie rédigée dans un style proche d'un pastiche de Mallarmé. Il revint à Marseille afin d'accompagner son père : devenu grabataire, ce dernier agonise en 1892. Le plus terrible chagrin d'André fut d'apprendre la mort de son frère Jean qu'il aimait infiniment : il disparut à Toulon en 1893, écrasé par une rame de wagons.
|
|
Lire la suite...
|
|
Pietro Sarto, peintre-graveur |
|
|
|
Choses lues, choses vues
|
|
Dimanche, 12 Juin 2011 09:54 |

Pietro Sarto n'est pas connu en France, sinon dans le milieu des personnes qui s'intéressent à la gravure. Il n'y a d'ailleurs jamais bénéficié d'une exposition personnelle et l'on pourrait s'en étonner à bon droit étant donné l'évidente qualité de son œuvre. Toutefois, je me souviens d'avoir assisté à Paris, en janvier 2005, au musée national Eugène Delacroix, à la présentation de la gravure d'interprétation en couleurs qu'il avait réalisée, à la demande de la Chalcographie du Louvre, à partir du célèbre Autoportrait dit "au gilet vert" du maître romantique (conservé au musée du Louvre). Pietro Sarto était venu de Suisse et nous étions réunis là, en assez petit nombre, dans l'atelier, ce lieu si inattendu serré entre les immeubles, avec en contrebas la petite cour où quelques arbres et buissons, et deux chaises de fer tchékoviennes invitent les visiteurs à oublier un instant la grande ville. Le chef-d'œuvre de Delacroix et la gravure étaient présentés côte à côte, sur deux chevalets. Il y eut des discours. Pietro Sarto remercia, donna des explications surtout techniques, et l'on sentait dans sa voix, dans sa présence, tout à la fois une autorité sans doute redoutable, liée à une parfaite connaissance du métier, et une timidité, une tendresse, quand il évoqua de grands artistes du passé, dans ce lieu chargé de mémoire. Si je raconte ce moment qui a marqué une sorte de reconnaissance "officielle" de Pietro Sarto en France, c'est parce celui-ci est aussi et d'abord peintre, ce que la gravure en question, en reprenant les traits et l'œuvre d'un grand peintre, rappelle opportunément. Car l'on a peine à croire qu'un "pur" graveur, aussi talentueux fût-il, eût pu réaliser une prouesse telle que cette estampe en couleurs de dimensions voisines de celles du tableau copié[1].
|
|
Lire la suite...
|
|
|