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Soirs de vie aux Vigneaux : Saint-John Perse et Louis Brauquier Imprimer Envoyer
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Dimanche, 12 Mai 2013 20:23
Saint-John Perse par Gisèle Freund
 Saint-John Perse with a hat and red suit, 1966, photographie de Gisèle Freund.

Vendredi 24 mai, 19 h, à la Fondation Saint-John Perse, Cité du Livre / Bibliothèque Méjanes, rue des Allumettes, Aix-en-Provence, rencontre Autour de Louis Brauquier, peintre et poète, dialogue de Gilles Bourdy et Alain Paire.

Plusieurs épisodes de leurs existences, des différences d'âge, de milieu et de statut auraient pu empêcher que Saint-John Perse et Louis Brauquier ne se rencontrent et s'apprécient. Le Prix Nobel de Littérature était plus âgé que le poète des Cahiers du Sud, le grand diplomate naquit treize années plus tôt que le commissaire des Messageries Maritimes. Ces deux personnages entretenaient un goût très vif pour les voyages et les déplacements parmi les îles et les terres lointaines, les contraintes de l'exil marquèrent leurs trajectoires. Saint-John Perse vécut en Chine et aux Etats-Unis, Louis Brauquier accepta de séjourner loin de Marseille pendant plus de trente-six années.

Ils se lurent, s'écrivirent et puis se fréquentèrent aux Vigneaux, sur la Presqu'île de Giens, pendant les dernières années de leur existence. Comme d'autres jeunes gens de son époque - Pierre Guerre, ou bien André Breton - Louis Brauquier avait été un lecteur précoce, immédiatement admiratif de la poésie de Saint-John Perse. Tous les courriers adressés à Gabriel Audisio l'attestent, Brauquier n'était pas énormément attentif à la scène littéraire de son époque. Les Surréalistes, Char ou bien Michaux ne le requéraient pas ; Blaise Cendrars fut sa seconde très grande admiration, la silhouette fugace qu'il n'osa pas rencontrer. Dans un cahier de la Nrf de  janvier 1924, une manière de coup de foudre, une improbable rencontre lui permit de scruter passionnément un premier fragment d'Anabase. Cet éblouissement perdura, les pages que Brauquier avait arrachées de ce vieux numéro de sa jeunesse et qu'il garda précieusement, ne cessèrent pas  de l'accompagner, dans tous ses périples et ses voyages. De son côté, Saint-John Perse conserva dans sa bibliothèque personnelle deux exemplaires du recueil de Brauquier, Le Bar d'escale, paru en 1926. Le tout premier de ces exemplaires fut annoté par ses soins : son auteur n'avait pas manqué de le lui faire parvenir dédicacé, lorsqu'il sortit des presses des éditions du Feu.
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Louis Brauquier, 1953 : "je me suis mis à peindre, c'est passionnant et difficile" Imprimer Envoyer
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Dimanche, 05 Mai 2013 10:37
Toile de Louis Brauquier
Geotte et le Vallon doré vu de l'escale chez le Docteur Gaillard, Nouméa entre le 18 et le 31 octobre 1959, peinture de Louis Brauquier, format 33 x 46 cm.

Voir, photographier et puis ensuite peindre, Louis Brauquier avait coutume de dire qu'il devint très tard "un jeune peintre". Les courriers adressés à "ses chéries", Louise et Eugénie Brauquier ainsi qu'à Gabriel Audisio indiquent que sa vocation dormante avait fini par se réveiller en 1953, depuis le bungalow de sa résidence de Colombo. L'île de Ceylan avait été l'un des très grands enchantements de son parcours : dans un courrier de décembre 1952, Brauquier évoquait "Les arbres minces avec leurs bouquets de palmes qui se couchent sur la mer, ce rouleau blanc de l'océan indien, ces pirogues sur le sable, ces embouchures de rivière : je n'ai rien vu de plus beau". Pour ce qui concerne la peinture, une lettre du 17 avril 1953, citée par Michel Schefer dans Escales, précise la donne : "J'ai commencé un paysage, je peins dans mon bureau de temps en temps, Geotte va regarder dehors pour me donner la couleur des papayers ou des flamboyants. Pour l'instant çà ressemble assez à ces peintures d'enfants mexicains qu'on voit parfois dans les magazines géographiques luxueusement illustrés".

Ses toiles ont fréquemment pour très simple motif ce qui s'apercevait depuis la fenêtre de ses domiciles. Avec son appareil photographique, Louis Brauquier était beaucoup plus mobile, sa vision était extensive, les grands formats ne l'effrayaient pas : on peut d'ailleurs regretter qu'il ait progressivement délaissé la photographie où il excelle souvent, pour se consacrer davantage à ses tubes de  couleurs et à son chevalet. Brauquier n'avait pas suivi de formation aux Beaux-Arts, il n'était pas "doué" : c'est un auto-didacte qui ne progresse pas énormément, les quelques dessins qu'on a pu conserver ne sont pas éloquents. Il s'acharna et parvint à surmonter certaines difficultés. Il comprit très vite que "c'était passionnant et difficile".

Sa culture picturale, ses fréquentations des musées n'étaient pas conséquentes. Toutefois, Brauquier semble avoir une assez bonne connaissance de la peinture provençale du XIX° siècle puisqu'il consacra une émission de radio régionale, le 15 octobre 1964, à Paul Guigou. En revanche, je m'abstiendrai de répéter ce qu'il pouvait de temps en temps écrire à son ami Audisio (lettre de décembre 1958, page 164 de Courrier) lorsqu'il fulmine très sottement à propos de Picasso, de Vuillard ou bien de Soutine. Ses références, comme l'indique la précédente citation, relèvent clairement de la peinture naïve : Brauquier a certainement apprécié certains tableaux du Douanier Rousseau. De même, il semble avoir aimé la minutie et la précision de certains aspects de l'art Japonais. Le seul peintre qui trouve pleinement grâce à ses yeux, son grand inspirateur et complice, ce fut bien évidemment Paul Gauguin. Peu de commentateurs se sont risqués à évoquer sa trajectoire picturale : ses amis Maurice de Brossard et Gabriel Audisio l'évoquent dans le n° 27 de Sud, Jules Roy préfaça affectueusement en 1978 le catalogue de l'exposition du musée Cantini de Marseille.

Chez Louis Brauquier, la peinture est prioritairement sentimentale ; il  affectionnait énormément ses tableautins. Leurs dimensions étaient modestes, le plus célèbre d'entre eux, Le Vieux Port sous la neige de 1956, qui appartient à la collection de la Maison diamantée, mesure 39 x 46 cm (on le retrouve  à la toute fin du présent article, accompagné d'un poème). L'un des plus émouvants tableaux de Brauquier ébauche le portrait de sa mère qu'il eut à coeur de réaliser quelques mois après son décès. Louis Brauquier peignit depuis Sydney, en 1955, la silhouette de la défunte, dans un format carré 25 cm x 25 cm. Une photographie l'inspirait, les lettres du titre s'inscrivent sur la toile : Maman à Saint-Mitre, été 1951. La grande baie du rez-de-chaussée de la maison familiale est ouverte, les choses et les êtres sont à la fois proches et lointains. On est dans l'irréel du passé, on aperçoit en premier plan un vase de fleurs, une table et une chaise de jardin. Le soir n'est pas encore tombé, des feuilles vertes et jaunes tapissent et protègent l'horizon. En bas à droite, voici le visage et le buste d'une dame qui n'a plus de regard ; elle est immobile sur son fauteuil de rotin. 

Après avoir trouvé dans un immeuble des années vingt, un appartement pour sa retraite à Marseille, en 1960, Brauquier eut immédiatement le souci d'accrocher une trentaine de ses petits formats dans son bureau-atelier, celui dont on aperçoit une reconstitution dans un étage haut de la BMVR de l'Alcazar. Puisqu'il habitait dans la petite impasse du Cèdre,  au 367 de l'avenue du Prado, un étage de la Villa L'étape, Louis Brauquier n'hésitait pas à parler de son bureau comme s'il s'agissait d'un grand musée d'Espagne. Depuis l'une des fenêtres de son logis, il lui arriva de peindre pendant l'été de 1961 "une maison rouge" qu'il appelle "maison-mère" et, qui simple coïncidence, abrite depuis 1985 le Consulat Général de Chine. On découvre à quoi ressemblait l'accrochage de ses tableaux, dans une émission de télévision régionale réalisée par Marie Albe en 1968 : un lien vers l'Ina permet de visionner sept minutes d'enregistrement.
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Eugénie Brauquier, la soeur attentive Imprimer Envoyer
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Mardi, 30 Avril 2013 09:12
Eugénie et Louis Brauquier
Une terrasse à Saint-Mitre-les-Remparts, années 70, Louis et Eugénie Brauquier, archives Michel Schefer.

Eugénie était de quatre années plus jeune que son frère Louis qui naquit le 14 août 1900. Eugénie Brauquier mourut à l'âge de 99 ans, son enterrement à Saint-Mitre-les-Remparts s'effectua voici bientôt dix ans, le jeudi 16 octobre 2003. Après le décès de Louis Brauquier survenu en septembre 1976, Eugénie avait merveilleusement résolu de prendre en charge l'oeuvre et la mémoire de son frère. Toutes proportions gardées et dans des circonstances bien évidemment beaucoup moins dramatiques, sa ferveur, sa compétence, sa mémoire et sa ténacité peuvent faire songer au combat autrefois mené par Nadejda Mandelstam et Anna Akhmatova qui sauvèrent les écrits d'Ossip Mandelstam.

Eugénie Brauquier connaissait par coeur de nombreux poèmes de son frère. Elle aimait les réciter à haute voix, pour elle ou bien pour ses amis. Lors de l'une de nos premières conversations téléphoniques, il me souvient que sa voix avait soudainement mué : elle avait entrepris de dire, avec beaucoup de justesse et de gravité, un extrait du Bar d'Escale. Son frère avait vécu très loin de Paris ; Gabriel Audisio qui publia en 1966 un essai à son propos, dans la collection Seghers / Poètes d'aujourd'hui, fut avec Léon-Gabriel Gros et Jean Ballard l'un de ses rares défenseurs. Les poèmes de Louis Brauquier parurent dans de grandes revues - Commerce, Europe, la Nrf et les Cahiers du Sud - ses recueils furent publiés au Feu, ou bien chez Edmond Charlot ainsi qu'à trois reprises chez Gallimard, son oeuvre fut couronnée en 1971 par le Grand Prix de l'Académie Française. En dépit de cette solide inscription dans le champ littéraire, la poésie de Brauquier n'avait pas rencontré énormément de lecteurs : son souvenir aurait pu s'effacer. Sans la claivoyance et l'obstination d'Eugénie Brauquier, sans le concours d'une poignée d'amis comme Maryse et Michel Schefer que j'évoque dans un autre article, ou bien encore sans les nombreuses citations de ses poèmes que faisait de temps à autre Jean-Claude Izzo (1945-2000), au beau milieu de ses romans policiers, l'avenir serait beaucoup plus incertain : l'oeuvre de Louis Brauquier n'aurait pas aujourd'hui l'aura et le retentissement qu'elle connaît.
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Brauquier / Nouméa : dernières années dans les îles du Pacifique Imprimer Envoyer
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Samedi, 27 Avril 2013 17:11
Peinture de Louis Brauquier
L'accostage du ponton Mombach, huile sur bois de Louis Brauquier, format 50 x 61 cm.

Un vers célèbre de Louis Brauquier traduit admirablement les voyages et l'ubiquité de sa mémoire : "Parfois il me semble que je marche invisible dans mon passé". A compter de septembre 1957 et jusqu'en 1960, les deux grands nomades que furent Louis et Geotte Brauquier retrouvèrent Nouméa où ils avaient déja vécu pendant trois autres années, à partir de 1930, avant de s'installer en Egypte. La Nouvelle-Calédonie fut la dernière affectation de Brauquier, juste avant sa retraite. Oeuvrer de nouveau à Nouméa lui donnait le sentiment  de "refaire sa carrière en sens inverse".

Pendant ces ultimes années loin de Marseille, Brauquier écrivait moins, la peinture semble avoir pris une place grandissante : Gilles Bourdy remarque que plus d'une trentaine de tableautins furent réalisés en Nouvelle-Calédonie. L'un des belles réussites de cette époque, l'image qu'on retrouve en tête de cet article, a suscité l'un de ses poèmes, à mon sens de bien plus grande qualité. L'accostage du ponton Mombach est daté du 11 mai 1961 : ce tableau fut longuement mûri et travaillé, pendant et après le retour, depuis les îles du Pacifique, depuis Port-Vila et les Nouvelles-Hébrides jusqu'à Marseille. Dédié à Paul Souffron, un collègue des Messageries Maritimes qui lui aussi, écrivait et peignait, le poème figure en page 355-356 de Je connais des îles lointaines. Au terme de sa lecture, on saisit la franche différence qui pouvait gouverner les deux régimes de création de Louis Brauquier. Lorsqu'il peint, il est rivé sur l'instant présent : le temps de ses toiles reste  immobile, voire restreint. Sa peinture reflète souvent ce qu'il peut y avoir de savoureux dans l'environnement qu'il eut le bonheur de cotoyer. Sa poésie est autrement complexe et poignante. En sourdine, au terme d'une longue maturation, un profond ressac, plusieurs époques et  plusieurs lieux - ici par exemple, les savonneries et la rade de Marseille -  sont convoqués.

Jadis, des hommes sont allés à la baleine
Sur ce Mombach mouillé dans la Baie des Pontons
Sous un ciel jaune et gris aux Nouvelles Hébrides.

Il sert, maintenant, d'entrepôt pour les coprahs
De Burn Philp et pour ceux, concurrents, de Ballande.
Chacun sa cale ; en attendant que passe le
Cargo mixte des Messageries Maritimes
Qui vient s'y accoster tous les quarante-cinq jours
Et charge pour Marseille
où les savonneries
Fument dans le ciel clair du golfe, où les odeurs
D'huiles et de tourteaux, rabattues par le vent,
S'étalent des faubourgs d'usines vers la ville
Et font rêver, parfois,un passant dans la foule,
Distrait car il entend, soudain, le ressac battre
A l'infini sur le sable d'une île basse
Et voit, au-delà du hangar et de la case
Avec sa véranda chaude et son toit de tôle,
Luire, à travers la cocoteraie bruissante
De palmes alizées, le Grand Océan vide.
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Michéa Jacobi : Louis Brauquier, "entre l'ouïe et la vue" Imprimer Envoyer
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Vendredi, 26 Avril 2013 15:40

 

Peinture de Louis Brauquier

 

Dans Marseille-Hebdo, en avant-dernière page, un texte bref et une image paraissent ce jeudi 2 mai 2013. C'est un signe d'une incroyable longévité, un bienfait qui se renouvelle chaque semaine depuis bientôt treize ans - sa première chronique fut diffusée par Marseille-Hebdo le 30 septembre 2000 - Michéa Jacobi écrit en toute liberté. Un seul regret : cette fois-ci, le chroniqueur n'accompagne pas d'une linogravure son papier. En guise d'illustration, il reproduit seulement le tableau de Louis Brauquier. Voici son texte :

 

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"J’ai dessiné en blanc une dame – pour laquelle Geotte a posé – qui est couchée enveloppée d’un paréo sur une couche devant la fenêtre, mais c’est le blanc qui m’inquiète : c’est devenu un fantôme que je ne parviens pas à exorciser…". Ainsi le poète Louis Brauquier commente-t-il l'un des tableaux qu’on peut voir actuellement à la galerie Alain Paire. C’est une toile intitulée Le Vallon doré vu de l’Escale. Il l’a peinte à Nouméa en 1959. Le texte et la peinture, comme à chaque fois chez Brauquier, sont inséparables. On dirait même que tout se passe entre les deux. Entre l’illusion de transcrire l’instant dans des mots et celle de le figer dans des formes et des couleurs, entre le tracas de trouver le rythme et la patience de parvenir à l’harmonie, entre l’ouïe et la vue. Là est l’ineffable fantôme. Là se situe une sorte d’absence ou de flottement, dans lequel Brauquier peut verser toute sa poésie et tout son désir de poésie. Et tant pis pour ceux qui pensent qu’il est un vrai poète et un peintre d’occasion. "Je voudrais qu’il n’y ait que des peintres du dimanche et que durant cent ans on nous fiche la paix avec les autres qui encombrent les cimaises des musées, des collectionneurs et des marchands" a écrit Blaise Cendrars.

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Michel Schefer / Louis Brauquier : de l'édition, des photographies et des peintures Imprimer Envoyer
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Samedi, 06 Avril 2013 21:57
michel Scheffer par Rosenvallon
Un portrait de Michel Schefer, photographie de Félix Rosenvallon.

Né à Paris en 1928, Michel Schefer a tout d'abord travaillé dans la capitale pour l'édition et la publicité. Il s'est établi en Provence, en 1973. Parce qu'il refusa longtemps de prendre sa retraite, cet ancien élève de l'Ecole Estienne fut pendant 34 ans, à partir de 1976 et jusqu'en 2010, le responsable artistique de la revue municipale Marseille. En compagnie des personnages qui se succédèrent à la tête de cette revue - Françis J.P Chamant, Roger Duchêne et Pierre Echinard - Michel Schefer fut souvent, pour la fabrication et les parutions de ce trimestriel atypique, une sorte d'homme à tout faire : un maquettiste rarement désillusionné par les multiples thématiques de la revue, un inlassable chercheur de documents et d'iconographie, l'une des personnes qu'on peut aujourd'hui considérer comme l'un des meilleurs connaisseurs de l'histoire et des images de la cité phocéenne.

A la fin des années 70 de l'autre siècle, une rencontre heureuse aura beaucoup marqué Michel Schefer. Il eut le plaisir d'imaginer et puis de réaliser la maquette que Pierre Seghers avait voulue pour son grand inspirateur, le typographe-imprimeur Louis Jou (1881-1968) : un ouvrage de Seghers, Louis Jou, architecte du livre et des Baux parut en 1980. Avec l'aide de son épouse Maryse qui a constamment accompagné les étapes de sa vie professionnelle, Michel Schefer aurait aimé devenir un éditeur à part entière.

En 1982, la très vive amitié que son couple portait à Eugénie Brauquier le décida à franchir le pas. Françis J.P Chamant avait un moment envisagé de publier pendant plusieurs numéros de la revue Marseille un choix effectué par Roger Duchêne dans la correspondance de Louis Brauquier et Gabriel Audisio : pendant 56 ans, de 1920 à 1976, les deux poètes n'avaient jamais cessé de s'écrire et de conserver les épaisses liasses de leurs courriers. Roger Duchêne avait pris connaissance de cet énorme massif d'écriture : il avait choisi de sélectionner et d'annoter une importante partie de cette correspondance, celle qui relevait des années 1920 / 1960 qui furent les années d'exil et d'itinérances de Brauquier. Ce choix était plus que raisonnable : d'après les comptages effectués par les Archives départementales des Bouches du Rhône, dans un premier temps, Audisio et Brauquier, lorsqu'ils étaient éloignés l'un de l'autre, échangèrent 377 lettres. Après quoi, jusqu'en 1976, les deux amis qui se voyaient beaucoup plus souvent, continuèrent de s'écrire avec une très étonnante régularité, pratiquement une fois par semaine : pour la période qui va de 1960 au décès de Brauquier, on dénombre 686 courriers !

Louis Brauquier

Si chaleureuse soit-elle, cette correspondance n'aurait pas rencontré ses lecteurs si Michel Schefer n'avait su s'en emparer. Peu d'amateurs en auraient goûté ou bien retrouvé leurs longs feuilletons s'ils s'étaient égrenés dans plusieurs numéros de la revue Marseille. Eugénie Brauquier avait su convaincre Schefer : elle couvrit l'essentiel des frais de publication et aida grandement les commencements de l'éditeur qui puisa les images de son livre dans l'abondante collection de photographies et de peintures autrefois réunies par Louis Brauquier. Une maquette élégante et aérée, des choix typographiques de bon aloi, de jolies lettrines ainsi qu'un lot de photographies donnent du rythme à cet ouvrage de 192 pages. A compter de la page 175, on feuillette un cahier d'images qui permet d'appréhender les silhouettes de Geotte, de Louis Brauquier et de Gabriel Audisio, la rue Fortia lorsqu'elle était près du Vieux Port le bras d'un canal doté d'un pont-levis, plusieurs navires - par exemple, le Saint-André dont Brauquier fut le subrécargue - un bureau et une terrasse à Alexandrie, les quais de Shanghai et de Saigon ainsi que la véranda de l'une des plus belles toiles du peintre et poète, Geotte et le Vallon doré.
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