Paul Cézanne
Le "Portrait d'Achille Emperaire" par Cézanne : une lecture Imprimer Envoyer
Paul Cézanne
Mardi, 17 Décembre 2013 14:29

Emperaire


On est tout de suite saisi par une telle œuvre : par ses dimensions bien sûr (deux mètres de haut), qui en font le plus grand portrait peint par Cézanne
[1], mais surtout par son caractère visiblement provocateur. Voici qu'un petit bonhomme difforme est intronisé, on ne sait s'il s'agit de se moquer de lui, ou de toute souveraineté, ou encore des artistes qui s'aplatissent pour mieux élever les puissants de ce monde. Cependant, le tableau reste ambigu car Achille Emperaire, malgré tout, homme contrefait et artiste peu reconnu, au nom invraisemblable, y tient une position éminente. On en rira peut-être, mais au moins sera-t-il vu, - ainsi en a fougueusement décidé Cézanne, qui présente le tableau au jury du Salon de 1870, et essuie bien sûr un refus. Mais cette décision se complique du fait que la place occupée par le modèle est d'abord celle du père, qu'il faut sans doute écrire ici avec une majuscule : Père. En effet, on a souvent rapproché ce tableau, avec raison, du Portrait du père de l'artiste en train de lire "L'Événement" conservé à Washington, à la National Gallery of Art, qui a été peint deux ou trois ans auparavant, qui a presque exactement les mêmes dimensions[2], et où Louis-Auguste Cézanne apparaît assis dans le même fauteuil. Sans qu'il soit possible de voir dans les deux œuvres des pendants, leur facture étant très différente et la seconde dépourvue de tout décor[3], une telle reprise, consciente ou non, fait sens. L'ambiguïté est complète et joue à plusieurs niveaux : en même temps que le père - l'homme qui a réussi dans les affaires, méfiant à l'égard des artistes - se voit dépossédé de cet attribut symbolique du pouvoir qu'est son fauteuil-trône, ce meuble confère à Achille Emperaire une dignité remarquable, d'autant plus qu'il y paraît mieux installé, à son aise, le corps bien calé contre le dossier, les bras bien appuyés sur les accoudoirs ; et en même temps, l'"usurpateur" est un homme de petite taille, en robe de chambre, caleçon et pantoufles, les pieds ridiculement posés sur une chaufferette. Un roi peut-être, mais souffreteux et mélancolique, une main ballante et le regard perdu : un roi dépossédé, lui aussi, ou déchu. Ainsi, à la figure de l'homme d'action, plongé dans la réalité symbolisée par le journal attentivement lu, s'est substituée celle de l'artiste, plongé dans on ne sait quelle vaine songerie.
 
Le Père de Cézanne 

Dans le tableau de Washington, tout renvoyait au peintre lui-même et à son ambition : le journal L'Événement, où il espérait sans doute que son ami Émile Zola, qui y écrivait[4], parlerait bientôt de lui ; et, accrochée au mur derrière le fauteuil, l'une de ses œuvres, une petite nature morte[5] à laquelle il aurait sans doute aimé que son père accordât autant d'attention qu'à la lecture du journal. Peut-être Louis-Auguste lirait-il un jour, dans L'Événement, un article de Zola sur son fils Paul, et regarderait-il alors d'un autre œil le tableau auquel il tournait le dos : telle a pu être pour le jeune peintre la signification implicite de ce portrait, l'espoir d'une improbable reconnaissance paternelle et donc l'allégeance, malgré tout, à la figure du père. Or, dans le tableau du musée d'Orsay, peint deux ou trois ans plus tard, si cette figure semble avoir été liquidée, quelque chose dans celle d'Achille Emperaire suscite, au delà de la difformité du modèle, un sentiment de malaise. L'homme y apparaît bien installé, on l'a dit, bien en place, et pourtant l'on perçoit vaguement qu'il n'est pas à sa place, qu'il a pris la place d'un autre, tout comme si l'ombre du père "disparu" continuait, dans cette œuvre, à hanter le fils, - et l'on perçoit cela, je crois, même si l'on ignore l'existence de l'autre tableau, de ce toujours autre qu'est le Père. Le fond noir, irréel, sur lequel se détache la figure, donne d'ailleurs à celle-ci un relief singulier, qui accroît cette impression d'être en présence d'une image, d'une image mentale, sur l'autre scène.

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Achille Emperaire, 1829-1898 Imprimer Envoyer
Paul Cézanne
Dimanche, 15 Décembre 2013 16:31
Achille Emperaire, Maillol

Un fusain d'Emperaire qu'on pourrait rapprocher de Maillol, format 23 x 29 cm, collection particulière (photo Xavier de Jauréguiberry).

Achille Emperaire peintre jusqu'au samedi 25 janvier 2014, à l'Atelier Cézanne, 9 avenue Paul Cézanne. Ouvert de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h. Catalogue de 64 pages, maquette de Virginie Scuitto (prix 12 euros).

A propos d'Achille Emperaire trois chroniques disponibles en podcast sur le site de Radio Zibeline.

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Achille Emperaire, vie minuscule.

De dix années plus âgé que Cézanne, Jean Joseph Achille Emperaire était né à Aix-en-Provence, le 16 septembre 1829. Ses parents habitaient le n°49 de la rue d'Italie ; ce fut le lieu de sa naissance. Sa mère avait pour nom de jeune fille Françoise Emilie Elisabeth Aubert. Françoise Aubert naquit à Marseille le 28 avril 1796, elle mourra à l'âge de 44 ans. Elle appartenait à une famille de négociants marseillais ; on peut supposer qu'elle était apparentée aux Aubert dont on retrouve le patronyme parmi les orfèvres qui travaillèrent à Aix pendant plusieurs générations.

Son époux, Louis Casimir Emperaire était né à Aix-en-Provence en 1795. Le jour de la naissance de son fils Achille, l'êtat-civil nous apprend qu'il était malade. C'est un docteur en chirurgie de 62 ans - vraisemblablement l'auteur de l'accouchement -  Jean-Henri Arnaud qui se présenta à la mairie d'Aix pour que sa naissance soit enregistrée. Achille Emperaire fut baptisé trois jours après, le 19 septembre 1829. Achille Emperaire était le cadet d'une nichée de quatre enfants. Son aîné se prénommait Henry François Marie : il naquit le 10 août 1821 (cette année-là, les époux Emperaire étaient domiciliés au 55 du Cours Mirabeau). Ce frère aîné deviendra percepteur à Arles-sur-Tech, dans les Pyrénées orientales. Achille avait un plus jeune frère, François-Marie qui naquit le 16 juin 1832 ainsi qu'une soeur, Marie- Eugénie, née le 14 novembre 1833. Lorsque sa jeune soeur naquit, ses parents étaient domiciliés près de la Place Albertas, au n° 9 de la rue du Grand Saint-Esprit.


Deux personnes m'ont aidé pour compléter les indices réunis dans ce début de biographie d'Achille Emperaire : le conservateur du centre aixois des Archives départementales des Bouches du Rhône Jérôme Blachon et le collectionneur et historien d'art Nicolas Flippe. Leurs recherches concernent principalement l'enfance et la jeunesse d'Emperaire. Achille n'avait pas connu son grand-père Joseph Brun Emperaire qui exerça le métier de parfumeur et décéda en 1806. Avant d'occuper à la sous-préfecture un emploi de vérificateur des poids et mesures, son père fut pendant de courtes années marchand-orfèvre et graveur : il s'était associé avec son beau-frère, Joseph Gabriel Beisson qui quitta assez vite Aix-en-Provence pour Marseille où il installa un atelier de lithographie. Le musée du Vieil Aix conserve un souvenir de cette première époque de la vie professionnelle du père d'Achille, une étiquette où sont imprimés les noms de "Beisson et Emperaire, marchands orfèvres et graveurs, rue des Orfèvres, n°29 à Aix". La rue des Orfèvres a perdu son nom de roman policier, on l'appela également la rue Droite. Elle se situe dans l'immédiate proximité de la place Richelme. Pendant l'entre-deux guerres, il fut convenu de l'appeler rue du Maréchal Foch. Au n°29, la boutique Emperaire-Beisson avait pour enseigne "A la fidélité" : on imagine son échoppe quelques mètres avant les pattes d'oie de la rue Bédarride et de la rue Aude.

 

Achille Emperaire vécut sa prime jeunesse dans un milieu qui envisageait concrètement les pratiques de l'art et de l'artisanat. Un premier deuil le frappa. Il était âgé de onze ans, sa mère mourut le 26 septembre 1840. En dépit de sa grave infortune liée à son infirmité de naissance, Emperaire n'est pas exactement un "artiste maudit". Son père pouvait comprendre ses choix d'existence, sa passion pour la peinture. Il connut une certaine aisance : un héritage, le décès de son oncle Jean Emperaire,  lui permit d'habiter comme indiqué plus haut une maison proche de la Place Albertas, entre 1832 et 1856. Nicolas Flippe précise que le père d'Achille avait d'autres capacités, plusieurs centres d'intérêt. On retrouve le nom d'Emperaire dans l'exposition aixoise de 1824 qui réunissait des artistes provençaux et des artistes parisiens. Louis Casimir publia un petit ouvrage qu'on peut consulter à la Bibliothèque de la Méjanes, un Exposé des poids et mesures du système métrique décimal à l'usage du commerce (Imprimerie Guigues. Aix, 1840). Sa vie ne fut pas tranquille : des actes notariés mentionnent qu'il connut des revers de fortune et contracta des dettes. Après le décès de sa première femme, ce père se remarie avec Marie Madeleine Emperaire dont le nom de jeune fille n'est pas précisé. Le 13 décembre 1855, il vend sa maison du 9 de la rue Grand Saint-Esprit aux époux Giraud qui en prennent possession en janvier 1857. Une description permet de mesurer que cette demeure était belle et grande : une cheminée en marbre blanc dans une chambre, un buffet avec dessus en marbre, plusieurs salons, des meubles en bois et des glaces.

 

Tout laisse à penser que le  jeune Emperaire préféra abandonner ses deux premiers prénoms, Jean et Joseph, qui ne figurent pas dans sa signature d'artiste. Achille  Emperaire avait résolu d'être peintre. Joachim Gasquet qui fut l'un de ses proches s'en souvenait volontiers : dans sa conversation, les Italiens, principalement Le Tintoret et Titien, suscitaient son admiration inconditionnelle, la flamme montante de son enthousiasme.


Pendant douze ans, entre 1844 et 1856, Achille Emperaire suivit rue Roux-Alphéran, à l'Ecole municipale de dessin d'Aix, les cours de Joseph Gibert (1806-1884) qui fut ensuite le professeur de Cézanne. L'enseignement était dispensé quatre soirs par semaine, lundi, mardi, mercredi et vendredi de six heures à huit heures pendant l'été et de dix-neuf heures à vingt et une  heures pendant l'hiver. John Rewald écrivait que cet enseignement qui permettait de travailler auprès de modèles vivants masculins ou bien de quelques plâtres sculptés relevait d'une "uniformité affligeante". En page 25 de l'un de ses volumes édités par Skira à propos de Cézanne, Rewald a reproduit deux dessins exécutés par Emperaire : une Etude d'Académie d'homme nu datée de 1846 ainsi qu'une monumentale Etude de figure d'après la ronde-bosse, torse antique, de 1847.


Achille Emperaire chez Gibert

Etude de figure d'après la ronde-bosse, Torse du Belvédère (dessin d'Emperaire, collection du musée Granet).

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Achille Emperaire, début d'inventaire Imprimer Envoyer
Paul Cézanne
Jeudi, 14 Novembre 2013 14:27

Achille Emperaire

Achille Emperaire, Nu avec drap, huile sur toile, petit format, collection particulière.

Achille Emperaire peintre, une double exposition du 5 décembre 2013 au 25 janvier 2014, à l'Atelier Cézanne, 9 avenue Paul Cézanne, ouvert tous les jours de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h, sauf dimanche. A la Galerie Alain Paire, 30 rue du Puits Neuf, jusqu'au 31 décembre 2013, du mardi au samedi de 14h 30 à 18 h 30. Catalogue de 64 pages, maquette de Virginie Scuitto : 12 euros.


Vendredi 17 janvier 2014, à 18 h 30, Conférence sur la vie et l'oeuvre d'Achille Emperaire par Michel Fraisset et Alain Paire dans le grand Salon de la Bastide du Jas de Bouffan, 17 route de Galice, Aix-en-Provence. 

A propos d'Achille Emperaire, trois chroniques disponibles en podcast sur le site de Radio Zibeline.

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Sauf surprises de dernière heure ardemment souhaitées, on peut estimer que le corpus de toiles et de dessins d'Achille Emperaire que l'on peut actuellement recenser voisine le chiffre de 180 / 190 pièces. Des collectionneurs privés, principalement des aixois, détiennent la majeure partie de ce premier inventaire : leurs collections se constituèrent pour l'essentiel au lendemain de la seconde guerre mondiale. Du côté des collections publiques, une douzaine d'huiles sur toile ou bien sur carton du vieil ami de Cézanne furent réunis au début des années cinquante, au musée Granet par Louis Malbos ; le musée aixois détient également treize autres dessins, en particulier la très belle sanguine d'un autoportrait ainsi que deux esquisses préparatoires pour le grand format du Duel. Suite à une donation effectuée par l'antiquaire aixois Raphaël Chiappetta, trois autres dessins sont conservés au Louvre ; la Fondation Jean Planque détient également deux dessins.


Une éventuelle datation des oeuvres d'Emperaire soulève des problèmes difficiles à résoudre : les indications que l'on peut recueillir à leur propos sont rarissimes. Deux grandes dates sont aisément repérables, elles concernent le début et la fin de l'oeuvre d'Achille Emperaire. Ce jeune homme suivit pendant douze ans, entre 1844 et 1856, les cours de l'Ecole municipale de dessin d'Aix-en-Provence ; il  avait quinze ans lorsqu'il commença de suivre les leçons de Joseph Gibert. Sept de ses dessins de prime jeunesse sont conservés dans la collection du musée Granet. On aperçoit les reproductions de deux de ces dessins en page 25 de la monographie de Cézanne par John Rewald : une Etude d'Académie d'homme nu datée de 1846 et une Etude de figure d'après la ronde-bosse, torse antique, de 1847.
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Achille Emperaire, l'énigme d'un télégramme Imprimer Envoyer
Paul Cézanne
Mercredi, 02 Octobre 2013 08:13

 

Achille Emperaire_telegramme

Pas de date, deux adresses et quatre lignes, le brouillon d'un télégramme rédigé par Emperaire.


Ce document restera énigmatique, les indices qu'il comporte ne sont pas assez nombreux pour échafauder une explication. Cet écrit évoque des êtres et des événements difficiles à identifier. Avant de poster son message, Emperaire rédige un premier brouillon de télégramme. Ce mince vestige de 13 x 23 cm ne comporte pas d'indication de date, nous savions que le peintre vécut à Paris entre 1857 et 1881. La nouvelle vient de lui parvenir alors qu'il est loin de sa ville natale : nous ne connaissons pas son nom, une personne qui lui est chère vient de disparaître.

 L'incipit "Morte ! ..." ne s'oublie pas. L'encre a très peu déteint, les points de suspension et les majuscules sont finement marqués. En haut figure l'adresse parisienne d'Emperaire. Achille  aurait eu en guise de boîte aux lettres, celle de Barthélemy qui habitait le 33 de la rue Brézin dans le quartier de Paris-Montrouge (aujourd'hui,  dans le quatorzième arrondissement, entre Mouton-Duvernet et gare Montparnasse). Emperaire envoie son pli au 22 du Cours Ste Anne, une rue d'Aix-en-Provence qui changea de nom : elle se situait en début de faubourg, près des anciennes casernes, dans le prolongement de la rue d'Italie.

Voici ce qu'on peut déchiffrer. On peut imaginer que le message qui fut finalement envoyé était à peine différent :

Morte ! ...
Assistez-nous ... Entourez chacun avec beaucoup de ménagement.
Répondez par même voie. Ecrivez ensuite.
Emperaire

Au dos de ce brouillon retrouvé parmi d'autres toiles et dessins de l'artiste, Emperaire a griffonné au crayon rouge et à la plume une scène qui pourrait figurer le départ d'une âme morte. Il indique plus bas la légende de ce dessin qui fait surgir deux personnages. A droite, c'est une femme, son dessin est lyrique et passionnel. Le personnage à gauche est masculin, accroupi et moustachu. Il désigne du doigt une figure torsadée, la silhouette de cette femme qui s'écarte et qui s'envole dans les nuées. La légende du dessin précise qu'il s'agit d'une copie de la Galatée d'Annibal Carrache. Est-ce un simple exercice, une manière de s'assouplir le poignet ou bien faut-il accorder du sens au choix de cette iconographie ?

Achille Emperaire aurait retourné le brouillon de son télégramme, des lignes rapides qu'il ne voudra pas détruire et qui furent miraculeusement conservées. Il aurait dessiné ces deux silhouettes tout en songeant au deuil qui le frappait. Dans la mythologie, il se dit que cette nymphe est le symbole d'un amour non partagé. On raconte que le géant Polyphème lança sur son amant un énorme rocher.


Emperaire_telegramme_verso_avec_dessin

Au verso du brouillon du télégramme, un dessin inspiré par une Galatée de Carache.


Il faut revenir à l'impensé de ce télégramme, sa charge de douleur. Terriblement lacunaire et mystérieuse, à bien des égards impossible à reconstituer, la vie d'Achille Emperaire nous échappe profondément ... A la faveur de la découverte et de la lecture de ce document, quelque chose de son émotion la plus personnelle nous est soudainement livré, sa manière de ressentir, sa façon de s'exprimer.

Deux fusains d'Emperaire qui évoquent une Veillée funèbre - on les découvrira lors de l'exposition de décembre 2013 - semblent faire écho à ce qui s'est tramé lorsque la nouvelle du décès fut donnée. La composition de ce dessin est triangulaire, elle fait un instant songer au dais de L'éternel Féminin de Cézanne, cette coincidence est un instant troublante. Ici, point d'apothéose ni d'éléments burlesques, l'essentiel est charbonneux. On aperçoit les ailes miséricordieuses d'un ange de profil sur la droite. Des enfants et des adultes se cachent le visage, prient ou bien s'approchent du lit où le défunt repose.

Emperaire Veillée funèbre
Achille Emperaire, Veillée funèbre, fusain, collection particulière.


Ce brouillon de télégramme restera énigmatique. Un flâneur parisien se rendra au 33 de la rue Brézin. D'après ce que j'ai pu entrevoir sur la toile, le 33 est aujourd'hui un immeuble  cossu ; on peut imaginer qu'Emperaire disposait d'une piètre location parmi les combles et les chambres de bonne de l'étage supérieur. Des cartes postales du début du dix-neuvième siècle laissent entrevoir à quoi pouvait ressembler cette artère parisienne.

Alain Paire

rue Brézin

 

Du 5 au 30 décembre 2013, pour sa dernière exposition, la galerie du 30 de la rue du Puits-Neuf rassemble plusieurs oeuvres inédites de ce vieil ami de Cézanne, tout en programmant un Hommage à Achille Emperaire pour lequel sont conviés trois artistes d'aujourd'hui : Don Jacques Ciccolini, Alain Fleischer et Georges Guye. Simultanément, à l'initiative de Michel Fraisset, l'Atelier Cézanne présente plusieurs dessins et huiles sur toile d'Emperaire jusqu'au 24 janvier 2014. Un catalogue doté d'une soixantaine de reproductions garde mémoire de cette double exposition (maquette de Virginie Scuitto, prix 12 euros).

Vendredi 17 janvier 2014, à 18 h 30, Conférence sur la vie et l'oeuvre d'Achille Emperaire par Michel Fraisset et Alain Paire dans le grand Salon de la Bastide du Jas de Bouffan, 17 route de Galice, Aix-en-Provence. 

A propos d'Emperaire trois chroniques sont disponibles en podcast sur le site de Radio Zibeline.

 
Le "cher Emperaire", l'histoire d'un tableau Imprimer Envoyer
Paul Cézanne
Mardi, 01 Octobre 2013 05:13

dessin d'Emperaire

Portrait d'Achille Emperaire, fusain, 49 x 31 cm, Musée du Louvre, département des arts graphiques.

Tel qu'on le retrouve au Musée d'Orsay, son Portrait figure dans toutes les monographies de Cézanne. Sans cette toile d'imposant format - par la taille, l'une des plus hautes jamais réalisées par Cézanne : 1 m 22 de large, 2 mètres de hauteur - mis à part quelques amateurs d'histoire et de peinture locale, qui donc se souviendrait d'Achille Emperaire ? Ce profil perdu aurait discrètement figuré aux côtés de Barthelemy Niollon, de Louise Germain et de Joseph Ravaisou parmi les Petits maîtres d'Aix-en-Provence qui furent les familiers du Café Beaufort. On aurait mentionné son prénom et son patronyme parmi l'entourage des amis de Paul Cézanne, dans la compagnie de Philippe Solari, de Fortuné Marion, du forgeron et ferronnier Cyrille Rougier ou bien de Justin Gabet, le menuisier-ébéniste de la rue Boulegon. Nous risquions de prêter médiocre attention à la fin d'une lettre de Cézanne, adressée à Zola le 28 août 1877 : "Hier soir en allant rue Clauzel chez mon marchand de couleurs, j'y ai trouvé le cher Emperaire".


Cézanne aurait réalisé ce portrait en pied d'Achille Emperaire aux alentours de 1869 qui fut l'année de sa rencontre avec Hortense Fiquet. En compagnie d'un Nu couché dont on a totalement perdu la trace, la présentation au public de ce tableau lui fut refusée lors du Salon de Paris qui s'ouvrit en mars 1870. Cinq dessins d'Emperaire exécutés avant cette toile sont recensés dans le catalogue raisonné d'Adrien Chappuis. Certains de ses dessins étaient restés chez Paul Cézanne fils ; l'un d'entre eux, celui qu'on aperçoit en tête d'article, fut acquis par Chappuis qui en fit don en 1967 au Cabinet des Dessins du Louvre.


Lorsqu'il apprit l'avis négatif du jury, Cézanne proféra sans se démonter, "avec un accent méridional prononcé", quelques boutades pour le correspondant et caricaturiste de l'Album Stock qui l'interrogeait : "Oui, mon cher Monsieur, je peins comme je vois, comme je sens ... et j'ai des sensations très fortes. Les autres, aussi, sentent et voient comme moi, mais ils n'osent pas ... Ils font de la peinture de Salon ... Moi, j'ose, Monsieur, j'ose ... J'ai le courage de mes opinions, et rira bien qui rira le dernier !". Chaque année, depuis 1864, Cézanne présentait un travail au Salon, la réponse du jury parisien ne l'affectait pas outre mesure.  Il avait assez consciemment voulu provoquer son jury,  il ne pouvait pas être surpris par la réponse qu'il recueillait. Il en fit part à Justin Gabet (lettre du 7 juin 1870) : "J'ai donc été refusé comme par le passé, mais je ne m'en porte pas plus mal. Il est inutile de te dire que je peins toujours ...".
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