Paul Cézanne
Août 1961 : huit toiles de Cézanne volées au Pavillon de Vendôme d'Aix-en-Provence ! Imprimer Envoyer
Paul Cézanne
Jeudi, 26 Février 2015 17:53
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Cézanne, Pyramide de crânes, huile sur toile, 39 x 46 cm (collection Feichenfeldt, Zurich).


Peu de gens en ont conscience ou bien souvenir, presque personne n'en parle ... Les Aixois et les amateurs d'art ont préféré refouler des événements qui ne sont pas glorieux : l'été de 1961 fut pour l'oeuvre de Cézanne et pour le destin des musées d'Aix-en-Provence une saison dévastatrice ! En ce temps-là, Henry Mouret était maire d'Aix-en-Provence depuis 1945. Son conseiller municipal chargé de la culture, l'avocat Jacques Raffaelli voulait faire du Pavillon de Vendôme un pôle d'attraction majeur pour les touristes et le public du Festival d'art lyrique. Le peintre et lithographe  Léo Marchutz fut le conseiller scientifique de chaque nouvelle exposition. Cette politique de grand prestige semblait pouvoir réussir, Cézanne, Van Gogh et Matisse furent les sujets des premières expositions programmées au Pavillon.

Inaugurée pendant la soirée du 30 juin 1961, une exposition du Pavillon de Vendôme, de nouveau consacrée à Paul Cézanne, interrompit définitivement ce rêve. Un fait-divers tout à fait consternant suscita brusquement une marée montante d'émotions et de reportages : pendant la nuit du samedi 12 août et du dimanche 13 août, vraisemblablement aux alentours de deux ou trois heures du matin, des cambrioleurs avaient été assez agiles pour franchir promptement le mur d'enceinte du jardin du Pavillon de Vendôme.


Pour atteindre l'étage de l'édifice, les malfaiteurs s’étaient servis des grilles du rez-de chaussée. Ils s'étaient hissés jusqu’à la corniche, ils entrèrent dans le monument par la première fenêtre à gauche. Accéder au premier étage de l'ancienne demeure de Louis de Mercoeur n'était pas compliqué, la sécurité garantie par l'institution était parfaitement dérisoire. Il suffisait de décrocher et d'emporter des tableaux sommairement pendus au bout de longues tringles.

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Au Metropolitan Museum de New York, Hortense Fiquet, le modèle préféré de Cézanne Imprimer Envoyer
Paul Cézanne
Dimanche, 08 Février 2015 04:09

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Madame Cézanne aux hortensias, 1885, crayon et aquarelle, 30,5 x 46 cm, collection privée.

Paul Cézanne rencontra Hortense Fiquet à Paris, au début de l'année 1869. La jeune femme travaillait en tant que brocheuse dans un atelier de reliure. Elle était née dix-neuf ans plus tôt à Saligney, un village proche de Besançon. D'origine modeste, ses parents s'étaient établis à Paris en 1854 ; sa mère était décédée depuis 1867. Après la déclaration de guerre de juillet 1870, Hortense rejoignit Cézanne en septembre dans la maisonnette qu'il avait louée à l'Estaque, pour se cacher et ne pas devoir s'engager dans l'armée. Pendant l'été 1871, lorsqu'elle repartit pour Paris, elle était enceinte. Cézanne était âgé de 33 ans lorsque naquit leur fils unique, le 4 janvier 1872.

Le petit appartement dans lequel Hortense accoucha, le second étage du 45 rue Jussieu, était mal situé. Achille Emperaire qui séjourna brièvement dans leur compagnie se souvenait d'un espace perturbé par "un vacarme à réveiller les morts". Les premières années du ménage furent difficiles, la pension mensuelle allouée par le père, le banquier Louis-Auguste Cézanne, était trop modique. Le peintre préférait dissimuler sa liaison : il fut à plusieurs reprises contraint d'emprunter de l'argent à son ami Zola. Hortense Fiquet ne devint officiellement Madame Cézanne qu'au terme de dix-sept années de silence et de clandestinité, en avril 1886.  Leur union fut célébrée à l’Hôtel de Ville d’Aix-en-Provence le 28 avril à onze heures du matin ; la bénédiction religieuse se déroula le lendemain, sur le cours Sextius, dans l’église Saint-Jean-Baptiste. Hortense était à cette époque domiciliée sur le cours Forbin de Gardanne. Deux voisins de Gardanne, Jules Peyron et Louis Baret furent ses témoins dans l’église. La jeune mère ne fut jamais acceptée par sa belle-famille : les Aixois estimaient qu'il s'agissait d'une mésalliance.

Cézanne changeait souvent de domicile, Hortense subissait les pénibles revers de ses déménagements. Tout porte à croire que le peintre aimait tendrement son fils. Par contre, toutes sortes d'incompréhensions et de nombreux moments de séparation, une indifférence croissante refroidirent ses rapports avec Hortense. Elle séjourna à Marseille ainsi qu'à Gardanne et Aix-en-Provence, presque jamais dans la maison familiale du Jas de Bouffan. Elle ne se plaisait pas dans le Midi. Aix l'ennuyait, elle préférait Paris ; les aller-et-retour de Cézanne, sa double vie entre sa ville natale et la capitale furent continuels.
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Juillet 1953, Cézanne pour une première fois au musée Granet Imprimer Envoyer
Paul Cézanne
Lundi, 02 Février 2015 20:40
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Le Meurtre, huile sur toile de Cézanne vers 1868, 65 x 80 cm, Walker Art Gallery, Liverpool.

Une fois n'est pas coutume, si l'on tente d'inventorier l'activité autrefois déployée par les musées et les galeries, juillet 1953 fut à Aix-en-Provence, dans le registre de la peinture, l'un des mois les plus fastes et les plus étonnants de la seconde partie du vingtième siècle. La Direction des musées de France coordonnait une série de trois expositions de Paul Cézanne qui transitèrent par Aix, Nice et Grenoble. Simultanément le Festival d'Art lyrique et plusieurs acteurs privés - Fernand Pouillon, le galeriste Lucien Blanc, l'association Les Amis des Arts - modifiaient la donne d'une cité soudainement sortie de son fatidique endormissement. C'est fort loin, ce commencement des Trente Glorieuses : Aix-en-Provence se révélait capable de fomenter une série d'événements artistiques de très fine importance.

Plus que les autres quotidiens locaux, le journal Le Méridional est à cette époque davantage perméable aux arts plastiques, grâce à ses chroniqueurs Louis Giniès, Léon-Gabriel Gros et Jean de Sormiou qui écrivent fréquemment. Quand on feuillette la presse régionale de juillet 1953, parmi toutes sortes d'articles qui évoquent le procés du hold-up de La Begum, la chute d'Hugo Koblet sur les pentes de l'Aubisque, les exploits de Robic et de Darrigade, et puis une année après Fausto Coppi, la première victoire de Louison Bobet dans le Tour de France, on constate que ce ne fut pas seulement le souvenir de Paul Cézanne et d'Achille Emperaire qui fut évoqué dans la ville où le Festival d'Art lyrique faisait appel aux concours d'artistes qui s'appelaient Balthus, Derain, Cassandre et Clavé.

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Madame Cézanne au musée Granet, histoire d'un tableau Imprimer Envoyer
Paul Cézanne
Dimanche, 01 Février 2015 06:05
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Portrait de Madame Cézanne,  huile sur toile 1885-1887, 46 x 38 cm, musée Granet, Aix-en-Provence.

 

Son histoire est simple, cette toile eut trois propriétaires. Elle figurait dans le fond d’Ambroise Vollard, le grand collectionneur Auguste Pellerin en fit l’acquisition pendant les premières années du vingtième siècle. Pour alléger ses droits de succession, son fils Jean-Victor Pellerin en fit dation au musée d’Orsay en 1982.


Le 20 juillet 1984, jour d'inauguration de l'exposition, ce Portrait de Madame Cézanne fut déposé en compagnie de huit autres toiles au musée Granet. Hubert Landais était le Directeur des musées de France, Jack Lang qui était à l'origine de cette initative de décentralisation culturelle n'avait pas pu se rendre sur place : pendant cette fin de mois de juillet, Matignon est en effervescence, Laurent Fabius constitue le gouvernement qui succède à Pierre Mauroy.

Simultanément, au premier étage de l’ancien Palais de Malte, les Aixois découvraient à côté des travaux de Cézanne une exposition temporaire de quinze toiles de Picasso. Depuis Mougins, lorsqu’elle avait appris que le musée Granet accueillait enfin des travaux du maître d’Aix, Jacqueline Picasso avait eu soin d’appeler le conservateur de cette époque, Denis Coutagne. Au téléphone, elle lui avait dit que pour cette magnifique occasion, quelque chose de très fort était à ses yeux rigoureusement indispensable : elle voulait "que Pablo accueille Paul !". Aujourd’hui, les procédures sont autrement complexes, l’emprunt de quinze tableaux de Picasso n’aurait pas suivi le même chemin. En compagnie d'un jeune stagiaire, Bernard Millet, Denis Coutagne avait presque immédiatement emprunté une simple camionnette. L'autoroute, les compagnies d'assurances, les gendarmes et les péages n'en furent pas informés : il fallait obéir à l'injonction de l'épouse de Pablo Picasso, le conservateur du musée Granet s’était à l'improviste rendu sur place à Mougins, dans la maison de Jacqueline pour quérir promptement les grands formats qu'elle avait choisis. Les quinze tableaux de Picasso et les huit travaux de Cézanne furent présentés au premier étage de l'ancien Palais de Malte, près du décor des colonnes et des chapiteaux corinthiens que Louis Malbos (1911-1984) avait autrefois implantés.

 

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A propos de la "Sainte-Victoire" de Cézanne appartenant à la collection Pearlman Imprimer Envoyer
Paul Cézanne
Vendredi, 18 Juillet 2014 09:36

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Paul Cézanne, La montagne Sainte-Victoire vue des Lauves, vers 1902, huile sur toile, 83, 8 x 65 cm, The Henry and Rose Pearlman Foundation, Inc., en prêt à l'Art Museum Princeton University.

Il faut s'interroger sur le fait que Cézanne ait choisi deux fois, très exceptionnellement, un format vertical pour représenter la Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves : pour l'huile sur toile de la collection Pearlman et pour une aquarelle[1]. Deux œuvres que l'on date sans précision des dernières années de la vie du peintre (on trouve ainsi, dans les catalogues raisonnés : "vers 1902" pour l'une, et "1902-1906" pour l'autre, ce qui est assez bizarre) et qui sont à l'évidence liées sans que l'on puisse dire dans quel ordre elles furent faites. On ne sait pas davantage quelle est la place du tableau Pearlman parmi les onze Sainte-Victoire vue des Lauves peintes par Cézanne au cours de cette période.

Sans raison objective, on pense généralement que ce tableau fut le premier de cette "série"[2], et le fait que le peintre n'y utilisa qu'une seule fois ce format plaide en ce sens. Quoi qu'il en soit, ce choix reste étonnant dans la mesure où la Sainte-Victoire ne dessine pas vraiment un axe ascensionnel comme les hautes montagnes des Alpes, que Cézanne ne semble guère avoir appréciées lors de son séjour en Savoie, au cours duquel il ne peignit qu'un lac[3]. De même que depuis les points de vue qu'il avait retenus, entre Bellevue et Montbriant, pour la première "série" de Sainte-Victoire des années 1880, la montagne vue des Lauves se déploie horizontalement, mais plus âprement, en suggérant une sorte d'élan retenu, comme d'un animal couché, ramassé sur lui-même, prêt à bondir. Cet étirement dynamique, le peintre y est à l'évidence sensible, et s'il est rare qu'il cadre seulement la partie la plus élevée du massif[4], il étend souvent sa représentation sur la droite, au point de coller à une aquarelle de la même période une seconde feuille afin de développer en longueur le paysage[5]. On pourrait noter aussi que Cézanne peint toujours la montagne vue d'un peu loin (jamais depuis Saint-Antonin, par exemple), ce qui signifie bien le désir d'une vision panoramique, qui ne cherche que secondairement à rendre l'élévation de ses reliefs.

 

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Paul Cézanne, La montagne Sainte-Victoire vue des Lauves, 1902-1906, mine de plomb et aquarelle sur deux feuilles de papier blanc collées, 33 x 72 cm, New York, collection privée.

 

 

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