Paul Cézanne

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Achille Emperaire, 1829-1898

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Achille Emperaire, Maillol

Un fusain d'Emperaire qu'on pourrait rapprocher de Maillol, format 23 x 29 cm, collection particulière (photo Xavier de Jauréguiberry).

Achille Emperaire, vie minuscule.

De dix années plus âgé que Cézanne, Jean Joseph Achille Emperaire était né à Aix-en-Provence, le 16 septembre 1829. Ses parents habitaient le n°49 de la rue d'Italie ; ce fut le lieu de sa naissance. Sa mère avait pour nom de jeune fille Françoise Emilie Elisabeth Aubert. Françoise Aubert naquit à Marseille le 28 avril 1796, elle mourra à l'âge de 44 ans. Elle appartenait à une famille de négociants marseillais ; on peut supposer qu'elle était apparentée aux Aubert dont on retrouve le patronyme parmi les orfèvres qui travaillèrent à Aix pendant plusieurs générations.

Son époux, Louis Casimir Emperaire était né à Aix-en-Provence en 1795. Le jour de la naissance de son fils Achille, l'êtat-civil nous apprend qu'il était malade. C'est un docteur en chirurgie de 62 ans - vraisemblablement l'auteur de l'accouchement -  Jean-Henri Arnaud qui se présenta à la mairie d'Aix pour que sa naissance soit enregistrée. Achille Emperaire fut baptisé trois jours après, le 19 septembre 1829. Achille Emperaire était le cadet d'une nichée de quatre enfants. Son aîné se prénommait Henry François Marie : il naquit le 10 août 1821 (cette année-là, les époux Emperaire étaient domiciliés au 55 du Cours Mirabeau). Ce frère aîné deviendra percepteur à Arles-sur-Tech, dans les Pyrénées orientales. Achille avait un plus jeune frère, François-Marie qui naquit le 16 juin 1832 ainsi qu'une soeur, Marie- Eugénie, née le 14 novembre 1833. Lorsque sa jeune soeur naquit, ses parents étaient domiciliés près de la Place Albertas, au n° 9 de la rue du Grand Saint-Esprit.

Deux personnes m'ont aidé pour compléter les indices réunis dans ce début de biographie d'Achille Emperaire : le conservateur du centre aixois des Archives départementales des Bouches du Rhône Jérôme Blachon et le collectionneur et historien d'art Nicolas Flippe. Leurs recherches concernent principalement l'enfance et la jeunesse d'Emperaire. Achille n'avait pas connu son grand-père Joseph Brun Emperaire qui exerça le métier de parfumeur et décéda en 1806. Avant d'occuper à la sous-préfecture un emploi de vérificateur des poids et mesures, son père fut pendant de courtes années marchand-orfèvre et graveur : il s'était associé avec son beau-frère, Joseph Gabriel Beisson qui quitta assez vite Aix-en-Provence pour Marseille où il installa un atelier de lithographie. Le musée du Vieil Aix conserve un souvenir de cette première époque de la vie professionnelle du père d'Achille, une étiquette où sont imprimés les noms de "Beisson et Emperaire, marchands orfèvres et graveurs, rue des Orfèvres, n°29 à Aix". La rue des Orfèvres a perdu son nom de roman policier, on l'appela également la rue Droite. Elle se situe dans l'immédiate proximité de la place Richelme. Pendant l'entre-deux guerres, il fut convenu de l'appeler rue du Maréchal Foch. Au n°29, la boutique Emperaire-Beisson avait pour enseigne "A la fidélité" : on imagine son échoppe quelques mètres avant les pattes d'oie de la rue Bédarride et de la rue Aude.

Achille Emperaire vécut sa prime jeunesse dans un milieu qui envisageait concrètement les pratiques de l'art et de l'artisanat. Un premier deuil le frappa. Il était âgé de onze ans, sa mère mourut le 26 septembre 1840. En dépit de sa grave infortune liée à son infirmité de naissance, Emperaire n'est pas exactement un "artiste maudit". Son père pouvait comprendre ses choix d'existence, sa passion pour la peinture. Il connut une certaine aisance : un héritage, le décès de son oncle Jean Emperaire,  lui permit d'habiter comme indiqué plus haut une maison proche de la Place Albertas, entre 1832 et 1856. Nicolas Flippe précise que le père d'Achille avait d'autres capacités, plusieurs centres d'intérêt. On retrouve le nom d'Emperaire dans l'exposition aixoise de 1824 qui réunissait des artistes provençaux et des artistes parisiens. Louis Casimir publia un petit ouvrage qu'on peut consulter à la Bibliothèque de la Méjanes, un Exposé des poids et mesures du système métrique décimal à l'usage du commerce (Imprimerie Guigues. Aix, 1840). Sa vie ne fut pas tranquille : des actes notariés mentionnent qu'il connut des revers de fortune et contracta des dettes. Après le décès de sa première femme, ce père se remarie avec Marie Madeleine Emperaire dont le nom de jeune fille n'est pas précisé. Le 13 décembre 1855, il vend sa maison du 9 de la rue Grand Saint-Esprit aux époux Giraud qui en prennent possession en janvier 1857. Une description permet de mesurer que cette demeure était belle et grande : une cheminée en marbre blanc dans une chambre, un buffet avec dessus en marbre, plusieurs salons, des meubles en bois et des glaces.

 

Tout laisse à penser que le  jeune Emperaire préféra abandonner ses deux premiers prénoms, Jean et Joseph, qui ne figurent pas dans sa signature d'artiste. Achille  Emperaire avait résolu d'être peintre. Joachim Gasquet qui fut l'un de ses proches s'en souvenait volontiers : dans sa conversation, les Italiens, principalement Le Tintoret et Titien, suscitaient son admiration inconditionnelle, la flamme montante de son enthousiasme.

Pendant douze ans, entre 1844 et 1856, Achille Emperaire suivit rue Roux-Alphéran, à l'Ecole municipale de dessin d'Aix, les cours de Joseph Gibert (1806-1884) qui fut ensuite le professeur de Cézanne. L'enseignement était dispensé quatre soirs par semaine, lundi, mardi, mercredi et vendredi de six heures à huit heures pendant l'été et de dix-neuf heures à vingt et une  heures pendant l'hiver. John Rewald écrivait que cet enseignement qui permettait de travailler auprès de modèles vivants masculins ou bien de quelques plâtres sculptés relevait d'une "uniformité affligeante". En page 25 de l'un de ses volumes édités par Skira à propos de Cézanne, Rewald a reproduit deux dessins exécutés par Emperaire : une Etude d'Académie d'homme nu datée de 1846 ainsi qu'une monumentale Etude de figure d'après la ronde-bosse, torse antique, de 1847.

Achille Emperaire chez Gibert
Etude de figure d'après la ronde-bosse, Torse du Belvédère (dessin d'Emperaire, collection du musée Granet).

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Au Metropolitan Museum de New York, Hortense Fiquet, le modèle préféré de Cézanne

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Madame Cézanne aux hortensias, 1885, crayon et aquarelle, 30,5 x 46 cm, collection privée.

Paul Cézanne rencontra Hortense Fiquet à Paris, au début de l'année 1869. La jeune femme travaillait en tant que brocheuse dans un atelier de reliure. Elle était née dix-neuf ans plus tôt à Saligney, un village proche de Besançon. D'origine modeste, ses parents s'étaient établis à Paris en 1854 ; sa mère était décédée depuis 1867. Après la déclaration de guerre de juillet 1870, Hortense rejoignit Cézanne en septembre dans la maisonnette qu'il avait louée à l'Estaque, pour se cacher et ne pas devoir s'engager dans l'armée. Pendant l'été 1871, lorsqu'elle repartit pour Paris, elle était enceinte. Cézanne était âgé de 33 ans lorsque naquit leur fils unique, le 4 janvier 1872. Le petit appartement dans lequel Hortense accoucha, le second étage du 45 rue Jussieu, était mal situé. Achille Emperaire qui séjourna brièvement dans leur compagnie se souvenait d'un espace perturbé par "un vacarme à réveiller les morts". Les premières années du ménage furent difficiles, la pension mensuelle allouée par le père, le banquier Louis-Auguste Cézanne, était trop modique. Le peintre préférait dissimuler sa liaison : il fut à plusieurs reprises contraint d'emprunter de l'argent à son ami Zola. Hortense Fiquet ne devint officiellement Madame Cézanne qu'au terme de dix-sept années de silence et de clandestinité, en avril 1886.  Leur union fut célébrée à l’Hôtel de Ville d’Aix-en-Provence le 28 avril à onze heures du matin ; la bénédiction religieuse se déroula le lendemain, sur le cours Sextius, dans l’église Saint-Jean-Baptiste. Hortense était à cette époque domiciliée sur le cours Forbin de Gardanne. Deux voisins de Gardanne, Jules Peyron et Louis Baret furent ses témoins dans l’église. La jeune mère ne fut jamais acceptée par sa belle-famille : les Aixois estimaient qu'il s'agissait d'une mésalliance. Cézanne changeait souvent de domicile, Hortense subissait les pénibles revers de ses déménagements. Tout porte à croire que le peintre aimait tendrement son fils. Par contre, toutes sortes d'incompréhensions et de nombreux moments de séparation, une indifférence croissante refroidirent ses rapports avec Hortense. Elle séjourna à Marseille ainsi qu'à Gardanne et Aix-en-Provence, presque jamais dans la maison familiale du Jas de Bouffan. Elle ne se plaisait pas dans le Midi. Aix l'ennuyait, elle préférait Paris ; les aller-et-retour de Cézanne, sa double vie entre sa ville natale et la capitale furent continuels.

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Août 1961 : huit toiles de Cézanne volées au Pavillon de Vendôme d'Aix-en-Provence !

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Cézanne, Pyramide de crânes, huile sur toile, 39 x 46 cm (collection Feichenfeldt, Zurich).

Peu de gens en ont conscience ou bien souvenir, presque personne n'en parle ... Les Aixois et les amateurs d'art ont préféré refouler des événements qui ne sont pas glorieux : l'été de 1961 fut pour l'oeuvre de Cézanne et pour le destin des musées d'Aix-en-Provence une saison dévastatrice ! En ce temps-là, Henry Mouret était maire d'Aix-en-Provence depuis 1945. Son conseiller municipal chargé de la culture, l'avocat Jacques Raffaelli voulait faire du Pavillon de Vendôme un pôle d'attraction majeur pour les touristes et le public du Festival d'art lyrique. Le peintre et lithographe  Léo Marchutz fut le conseiller scientifique de chaque nouvelle exposition. Cette politique de grand prestige semblait pouvoir réussir, Cézanne, Van Gogh et Matisse furent les sujets des premières expositions programmées au Pavillon.

Inaugurée pendant la soirée du 30 juin 1961, une exposition du Pavillon de Vendôme, de nouveau consacrée à Paul Cézanne, interrompit définitivement ce rêve. Un fait-divers tout à fait consternant suscita brusquement une marée montante d'émotions et de reportages : pendant la nuit du samedi 12 août et du dimanche 13 août, vraisemblablement aux alentours de deux ou trois heures du matin, des cambrioleurs avaient été assez agiles pour franchir promptement le mur d'enceinte du jardin du Pavillon de Vendôme.

Pour atteindre l'étage de l'édifice,les malfaiteurs s’étaient servis des grilles du rez-de chaussée. Ils s'étaient hissés jusqu’à la corniche, ils entrèrent dans le monument par la première fenêtre à gauche. Accéder au premier étage de l'ancienne demeure de Louis de Mercoeur n'était pas compliqué, la sécurité garantie par l'institution était parfaitement dérisoire. Il suffisait de décrocher et d'emporter des tableaux sommairement pendus au bout de longues tringles.

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Juillet 1953, Cézanne pour une première fois au musée Granet

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Le Meurtre, huile sur toile de Cézanne vers 1868, 65 x 80 cm, Walker Art Gallery, Liverpool.

Une fois n'est pas coutume, si l'on tente d'inventorier l'activité autrefois déployée par les musées et les galeries, juillet 1953 fut à Aix-en-Provence, dans le registre de la peinture, l'un des mois les plus fastes et les plus étonnants de la seconde partie du vingtième siècle. La Direction des musées de France coordonnait une série de trois expositions de Paul Cézanne qui transitèrent par Aix, Nice et Grenoble. Simultanément le Festival d'Art lyrique et plusieurs acteurs privés - Fernand Pouillon, le galeriste Lucien Blanc, l'association Les Amis des Arts - modifiaient la donne d'une cité soudainement sortie de son fatidique endormissement. C'est fort loin, ce commencement des Trente Glorieuses : Aix-en-Provence se révélait capable de fomenter une série d'événements artistiques de très fine importance.

Plus que les autres quotidiens locaux, le journal Le Méridional est à cette époque davantage perméable aux arts plastiques, grâce à ses chroniqueurs Louis Giniès, Léon-Gabriel Gros et Jean de Sormiou qui écrivent fréquemment. Quand on feuillette la presse régionale de juillet 1953, parmi toutes sortes d'articles qui évoquent le procés du hold-up de La Begum, la chute d'Hugo Koblet sur les pentes de l'Aubisque, les exploits de Robic et de Darrigade, et puis une année après Fausto Coppi, la première victoire de Louison Bobet dans le Tour de France, on constate que ce ne fut pas seulement le souvenir de Paul Cézanne et d'Achille Emperaire qui fut évoqué dans la ville où le Festival d'Art lyrique faisait appel aux concours d'artistes qui s'appelaient Balthus, Derain, Cassandre et Clavé.

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