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Le camp des Milles : internements et déportations, 1939-1942 |
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Choses lues, choses vues
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Samedi, 22 Décembre 2012 20:59 |
"Visage d'interné", dessin d'Olaf Christiansen, 1940 (collection de l'Association des Philatélistes du Pays d'Aix).
Le camp des Milles est repérable à quelques kilomètres au sud d'Aix-en-Provence. En bordure de voie ferrée, on découvre au bout de la rue centrale du village, un domaine de sept hectares, les quinze mille mètres carrés d'une ancienne tuilerie avec de hautes cheminées, les trois étages d'une façade et deux grandes ailes ; la tour centrale comporte une horloge et une statue de la Vierge qui sera prochainement restaurée. Depuis les toits, on aperçoit à l'est la Sainte-Victoire. Parmi les échangeurs d'autoroute, sur le chemin de la gare TGV et de l'aéroport, en dépit d'un coeur de village sommeillant et de beaux fragments de nature sauvegardée, Les Milles, c'est à présent une agglomération : sept mille personnes logées dans une zone industrielle et commerciale, des entreprises, des résidences et des lotissements sans saveur particulière. Il faut se reporter plusieurs décennies auparavant pour imaginer "une usine dans les champs" qui profitait de la proximité d'une carrière d'argile, le silence d'un faubourg, la vallée de l'Arc, les chemins et les arbres de la campagne aixoise : en ligne de mire, le viaduc de Roquefavour, les collines d'Eguilles et de Ventabren.
Max Ernst a raconté dans ses Notes d'une biographie rassemblées en 1970 que "Partout il y avait des débris de brique et de la poussière de briques, même dans le peu qu'on donnait à manger. Cette poussière rouge pénétrait jusque dans les pores de la peau. On avait l'impression d'être destinés à devenir débris de briques". A partir de septembre 1939 et jusqu'à mars 1943, date de la fermeture du camp, une terrible parenthèse s'ouvre aux Milles. A propos des souvenirs du camp d'internement, jusqu'aux alentours des années quatre-vingt du siècle dernier, en dépit des efforts pionniers et des publications de deux chercheurs, André Fontaine et Jacques Grandjonc, le refoulement et l'indifférence furent énormes. Aujourd'hui encore, l'ignorance est grande, le passé passe difficilement. Une autre page s'était tournée après la Libération, les activités industrielles de la tuilerie reprirent en 1947 et se poursuivirent jusqu'en 2006. Inaugurée en 1882, la fabrique aura connu 125 ans de production et deux séquences d'interruption : la première guerre mondiale et la période 1938-1946. Pour les femmes et les hommes qui travaillèrent en usine, le métier de briquetier impliquait un grand engagement physique : il fallait vivre dans la poussière, parmi les courants d'air et les températures élevées. Rien de commun avec les sombres connotations que l'on perçoit quand on songe à l'enfermement et aux drames des années quarante.
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Hans Bellmer, dans les briques et la poussière du camp des Milles |
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Choses lues, choses vues
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Mardi, 11 Décembre 2012 05:18 |
Portrait de Ferdinand Springer par Hans Bellmer
A propos de l'exposition Hans Bellmer et les peintres inconnus du camp des Milles, SUR CE LIEN, on peut visionner une séquence de quatre minutes de la chaîne Mativi-Marseille.
Il était né en 1902 à Kattowitz, dans la Silésie allemande. Hans Bellmer a 37 ans lorsqu'on le contraint à rejoindre le camp des Milles, à quelques kilomètres au sud d'Aix-en-Provence. En 1938, après plusieurs aller et retour entre la France et l'Allemagne, il avait décidé de quitter définitivement son pays d'origine. Il avait auparavant résolu de cesser "tout travail utilitaire" dans la société de son temps, "à titre de refus", disait-il, "contre le fascisme allemand et la perspective de guerre". Bellmer participait depuis 1935 aux réunions de la Place Blanche du mouvement surréaliste, André Breton avait plusieurs fois publié ses dessins et ses photographies dans la revue Le Minotaure, Christian Zervos faisait de même dans les Cahiers d'Art, Paul Eluard composait autour de son travail des poèmes édités par Guy Levis Mano. Son avenir était scellé. Le 6 février 1938, André Breton lui écrit une lettre : "Rien de plus tentant, de plus dangereux que cette vision qu'on vous doit du monde perdu ... Vous êtes le grand livreur du Secret".
Quand survient la seconde guerre mondiale, Hans Bellmer est en vacances dans le Sud de la France. En compagnie d'une amie écrivain, Joyce Reeves, il est pour quelques journées à Marseille. Plusieurs dessins gardent traces de son passage dans la proximité du Pont Transbordeur. Dans un format 31 x 24 cm, crayon et rehauts de gouache blanche sur papier ocre, Incendie à Marseille, on aperçoit des jeunes femmes, de profil ou bien de dos, parmi les tables d'un café : elles observent sans s'émouvoir la progression des flammes qui s'emparent des maisons, ce sont vraisemblablement des prostituées. Après quoi, Bellmer séjourne pendant deux semaines dans une chambre d'hôtel, aux Angles : non loin d'Avignon, mais dans le Gard. Le 3 septembre 1939, l'administration française le somme de se rendre à Uzès, en compagnie d'autres émigrés allemands. Un autobus va les conduire jusqu'à la Tuilerie des Milles. Au moment des adieux, Joyce Reeves lui offre un exemplaire des oeuvres complètes de Baudelaire qui est avec Rimbaud le poète qu'il lira assidûment pendant son internement.
Pour son séjour aux Milles - cinq mois pénibles à raconter, jusqu'au 30 janvier 1940 - on recueille divers indices et renseignements, notamment dans l'ouvrage pionnier d'André Fontaine consacré à l'histoire du Camp. Le témoignage le plus fort et le plus vrai, celui qui ressaisit l'essentiel en quelques phrases, se trouve dans l'autobiographie de Max Ernst, un récit à la troisième personne composé à la demande de René Bertelé, pour la collection Le Point du jour de Gallimard : "Il partage une chambre exigüe avec le peintre Hans Bellmer. Le camp des Milles était une ancienne fabrique de briques. Partout il y avait des débris de briques et de la poussière de briques, même dans le peu qu'on y donnait à manger. On avait l'impression d'être destinés à devenir débris de briques. Hans Bellmer et Max dessinent tout le temps, un peu pour tromper leur colère et leur faim. C'est là que Bellmer fait un portrait de Max dont le visage est comme un mur de briques".
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Raymond Reynaud, un artiste de la Neuve Invention chez Marseille-Provence 2013 |
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Choses lues, choses vues
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Mercredi, 05 Décembre 2012 21:14 |
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Raymond Reynaud, à La Peyronnette, près de Senas (photo Jean Bernard).
Il était né à Salon-de-Provence le 8 octobre 1920. Sa ville natale ainsi que l'association des amis de Raymond Reynaud organisent pour le prochain été, sous la responsabilité de Juliette Laffon, déléguée aux arts plastiques de Marseille-Provence 2013, une rétrospective qui regroupera une cinquantaine de ses peintures et de ses sculptures dans la Salle Septier de Salon, du 6 juillet au 29 septembre.
Raymond Reynaud était un homme plein d'humour, de malice et de délicatesse. La faconde méridionale, les éclats de rire, le courage et la vivacité de ce personnage foncièrement simple et généreux étaient merveilleusement contagieux. Son coeur fut souvent malade, de méchantes dépressions le guettèrent lorsqu'il fut contraint d'abandonner son métier de peintre en bâtiment. Plusieurs médecins, des guérisseurs plus ou moins convaincants, un grand amour de la vie, la compagnie d'Arlette qu'il épousa en 1959, toutes sortes de ruses et de finesses, ainsi qu'une très belle force intérieure lui permirent d'oeuvrer entre Alpilles et Durance, jusqu'à l'âge de 87 ans.
Sa biographie raconte qu'il avait perdu sa mère dés l'âge de douze ans ; son père s'était remarié. Raymond n'avait pas réussi son certificat d'études. Tout en devenant apprenti-peintre en bâtiment, il avait volontiers participé aux cours du soir de l'école d'art de Salon : des natures mortes et des paysages provençaux sans saveur particulière témoignent pour son assiduité. Il suivit aussi des cours de solfège. Son saxophone lui permit de fonder des orchestres de bal-musette qui sillonnèrent les campagnes pendant cinq joyeuses années : les petits groupes d'amis qu'il avait réunis s'appelaient Donald et ses boys, Rigth Music, ou bien Bikini Jazz.
"Monsieur Edouard", gouache huilée sur contreplaqué, format 60 x 88 cm (photo Jean Bernard).
Son appétit de savoir et sa curiosité ne désarmèrent jamais. Raymond Reynaud n'était pas un farouche réfractaire : il suivit des stages dans le cadre des "Académies populaires" et de mouvements associatifs liés à la Fédération Léo Lagrange. Sa culture personnelle était étonnante. En connaissance de cause et sans bluff, il lui arrivait d'évoquer au milieu d'une conversation tout à fait détendue les fresques de Lascaux, l'Art Roman, le Christ de Cimabue, les mandalas tibétains, Miguel de Cervantès, Vincent Van Gogh et Gaston Chaissac, Lucian Freud et Jean-Michel Basquiat.
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Chroniques et livres d'Alain Madeleine-Perdrillat |
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Choses lues, choses vues
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Dimanche, 18 Novembre 2012 19:37 |
 Depuis juillet 2010 - un texte pour une exposition de Vincent Bioulès à Paris - Alain Madeleine-Perdrillat nous a confié quinze articles à propos de la littérature et des arts plastiques. Sans date de parution, voici leur récapitulatif :
Un livre déroutant : Le Dépaysement / Voyages en France de J-C Bailly sur ce lien.
W.G Sebald, textes inédits publiés par la revue Fario, sur ce lien.
Cadernio, entre Shakespeare et Cervantès : un livre-enquête de Roger Chartier, sur ce lien.
Cézanne à Paris : une exposition illusoire, sur ce lien.
Note sur les deux aquarelles de Cézanne de la Fondation Jean Planque, sur ce lien.
Les trois Wyeth au Mona Bismarck-American Center, sur ce lien.
Raymond Mason, piéton de Paris, sur ce lien.
Vincent Bioulès à Paris, ici et là, sur ce lien.
Claude Garache au musée d'Art moderne de la Ville de Paris, sur ce lien.
Attentifs au monde, simplement : Jaccottet, Palézieux, Garache, sur ce lien.
Pietro Sarto, peintre-graveur, sur ce lien.
Le Portrait d'Achille Emperaire par Cézanne, une lecture sur ce lien.
Zbigniew Herbert : Nature morte avec brides et mors, sur ce lien.
Frédéric Pajak, Manifeste incertain, sur ce lien.
Une nouvelle lecture du Radeau de la Méduse, par Jérôme Thelot, sur ce lien.
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Alain Madeleine-Perdrillat est né le 7 septembre 1949, à Paris, où il vit. Ses études de Lettres modernes se sont déroulées à Aix-en-Provence. Au milieu des années soixante-dix, il suivit pendant plusieurs semestres, en qualité d'auditeur libre, les cours qu'Yves Bonnefoy donnait à la Faculté des Lettres de Nice.
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