Choses lues, choses vues
Yanahaira Isaku, l'ami japonais de Giacometti PDF Envoyer
Choses lues, choses vues
Samedi, 20 Décembre 2014 20:34

Giaco1

A propos du livre édité chez Allia, Avec Giacometti par Yanahaira Isakuune note de lecture publiée le 19 novembre 2014, chez Poezibao.

 

Plusieurs des textes inspirés par le souvenir de Giacometti ont façonné des livres rigoureusement fascinants. Je ne cesserai pas de relire L'Atelier d'Alberto Giacometti décrit par Jean Genet (éd. L'Arbalète, 1958) ou bien Un Portrait par Giacometti, le maître-livre de James Lord (éd. Gallimard, 1991). J'attends beaucoup d'un travail que préparent André Dimanche et Jean-Christophe Bailly, une écriture et une iconographie qui mûrissent depuis plus de quatre ans. À propos de cet ouvrage - il verra le jour, sa parution est sans cesse reportée - André Dimanche m'explique qu'il sera principalement question du "musée imaginaire" et des réflexions que brassait l'artiste, entre autres l'amour immodéré que Giacometti éprouvait pour la peinture de l'ancienne Égypte, pour Jacques Callot ou bien pour Eugène Carrière. 

Un livre essentiel faisait défaut pour mieux appréhender l'atmosphère de dépossession, l'obstination et le courage d'Alberto Giacometti : très peu de personnes avaient pu prendre connaissance du recueil des souvenirs transcrits par Yanaihara Isaku (1918-1989). Imposants, pour ainsi dire compacts, lisses et impénétrables, la silhouette et le visage énigmatiques de ce jeune philosophe japonais avaient pendant de très difficiles saisons, simultanément passionné et désespéré Giacometti : il échoua souvent lorsqu'il tenta de restituer sur ses toiles ou bien à partir de la glaise l'altérité de son ami. Issues de cette aventure, peu d'œuvres, quelques peintures et des sculptures ont été conservées, pour la plupart en collections privées : le grand portrait que détient le Centre Georges Pompidou est une rareté. On estime que pendant le cours des années 1956-1961, Yanaihara posa devant Alberto plus de deux cent trente fois. Epuisantes, leurs séances de travail débutaient généralement à deux heures de l'après-midi et s'achevaient tard dans la nuit. Sans trêve ni répit, ces séquences vécues dans l'atelier de la rue Hippolyte-Maindron exigeaient de la part du modèle et de l'artiste une infinie patience, une immense disponibilité. L'estime et l'amitié qui unissaient Alberto et Yanaihara étaient bouleversantes, les intrications de leurs vies les plus privées sont mystérieuses. Ils étaient devenus inséparables. Dans les dernières pages de son livre, le chroniqueur achève de révéler une aura à la fois proche et terriblement révolue, quelques-unes des plus émouvantes images de l'après-guerre : "qui s'est promené la nuit à deux heures ou quatre heures du matin a certainement aperçu, chaque nuit, au coin d'un restaurant ou au fond d'un bar, la silhouette écrasée de fatigue et néanmoins sublimement libre d'un sculpteur suisse et celle, non moins écrasée de fatigue, d'un Japonais ivre de fréquenter son ami le sculpteur".

 

Lire la suite...
 
Édouard Manet  Correspondance du siège de Paris et de la Commune 1870-1871 PDF Envoyer
Choses lues, choses vues
Vendredi, 19 Décembre 2014 12:46

Commune_Guerre_civile
Guerre civile, 1871, lithographie, 39,7 x 50,8 cm

De Manet, on se fait volontiers l’image d’un homme posé et distingué, élégant, dandy à ses heures, « grisonnant avec esprit » comme l’écrivit son ami Mallarmé ; on se souvient aussi que l’Elstir de Proust lui doit quelques traits. Et l’on a peine à l’imaginer confronté directement, autrement qu’en pensée, à l’Histoire, et à l’Histoire dans ce qu’elle a de plus dur, de plus cru : la guerre (et en l’occurrence, avec la Commune, une brève guerre civile par surcroît) et son cortège habituel de violences et de massacres. Outre son importance de témoignage proprement historique, c’est l’intérêt de cette correspondance de Manet durant le siège de Paris et la Commune, que vient de réunir Samuel Rodary, de révéler avec une grande exactitude la personnalité du peintre. On peut penser en effet qu’il n’est pas de meilleur révélateur de la nature profonde d’un homme qu’une situation extrême, où il se trouve en proie aux affres d’une tragédie collective, où la mort est omniprésente.

On se souvient que l’avancée des armées prussiennes vers Paris ne décida pas Manet à quitter la capitale, au contraire d’autres artistes qui trouvèrent refuge en province, comme Sisley, ou en Angleterre, comme Daubigny, Monet ou Pissarro, et bien que sa famille – son épouse Suzanne et son fils Léon, notamment – eût pareillement quitté Paris pour s’installer à Oloron-Sainte-Marie, dans les Pyrénées, non loin de Pau. Manet vécut ainsi avec les Parisiens les quatre mois du siège et ne put quitter la ville pour aller retrouver sa famille qu’en février 1871, juste après la capitulation de Paris et la signature de l’armistice (le 28 janvier) ; il n’y revint qu’en mai ou juin, soit après, soit pendant la Semaine sanglante, la date exacte de ce retour est controversée. Mais il ne fait pas de doute que l’homme qui avait peint l’Exécution de Maximilien trois ans auparavant assista à des scènes assez atroces, dans les rues, et, une fois au moins, à l’exécution de Communards (celle de Bourgeois, Ferré et Rossel).
Lire la suite...
 
Antonin Artaud, Walter Benjamin, André Breton, Germain Nouveau, Simone Weil, La Pietà de Pourrières, des films de huit minutes sur la chaîne Mativi-Marseille PDF Envoyer
Choses lues, choses vues
Mardi, 16 Décembre 2014 16:20

 

Mendiant

Une image de Germain Nouveau, poète et mendiant, 1851-1920.

Six chroniques de sept ou huit minutes, réalisées par François Mouren-Provensal, des films diffusés sur la chaîne Mativi-Marseille à propos du passage des écrivains et de la littérature en région sud. L'ensemble de ces films sera projeté mardi 14 janvier 2015, 18 h 30, à la Bibliothèque Méjanes d'Aix-en-Provence, entrée libre, salle Armand Lunel, invitation de la Fondation Saint-John Perse.

 

RENCONTRE_POETIQUE_AVEC_ALAIN_PAIRE


Sur ce lienAntonin Artaud à Marseille. Il est né à Marseille en 1896. Jusqu'en 1928, il fait de fréquents retours dans sa ville natale. Cette chronique explore quelques-uns des lieux de sa trajectoire : son premier domicile , 15 rue des frères Carasso, le collège du Sacré Coeur de la rue Barthélemy où il effectue toute sa scolarité, les quais de la Joliette et l'exposition Coloniale de 1922 où il aperçoit des danseuses Balinaises. Artaud publie des textes dans deux revues implantées à Marseille, La Criée et Les Cahiers du Sud, grâce aux animateurs de ces revues, Léon Franc et André Gaillard. D'autres renseignements sur ce lien.


Sur ce lien, André Breton / Villa Air Bel. Breton fait séjour à Marseille à compter d'octobre 1940. Il rejoint l'équipe de Varian Fry et Victor Serge qui ont élu domicile à la Villa Air Bel. Il quittera le Vieux Port à bord du Capitaine Paul Lemerle, le 24 mars 1941. La Villa Air Bel a été squattée et puis détruite au début des années 80 : ses uniques vestiges, ce sont un jardin d'herbes folles et les deux piliers de la porte d'entrée. 
Le film évoque la compagne de Breton, Jacqueline Lamba et l'action de Varian Fry que Victor Serge définit comme le tout début de la Résistance en France. Des images d'archives situent le passage en décembre 1940 du Maréchal Pétain ainsi que le trajet du tramway qui permettait, depuis la gare de Noailles, de rejoindre en 30 minutes la Villa Air Bel où  fut inventé "le Jeu de Marseille". Sur le quai du Vieux Port, on retrouve le café du Brûleur de loups, lieu de ralliement des surréalistes et des membres de la coopérative des Croque-Fruits. Sur le bateau qui l'emmène vers la Martinique et les Etats-Unis, André Breton se lie d'amitié avec Claude Lévi-Strauss.
Lire la suite...
 
A propos du Dictionnaire des revues littéraires du XX° siècle, un entretien avec Bruno Curatolo PDF Envoyer
Choses lues, choses vues
Mercredi, 10 Décembre 2014 21:00

Dictionnaire-des-revues-litteraires1

Cet automne, paraissaient chez Honoré Champion les deux tomes du Dictionnaire des revues littéraires au XX° siècle. J'ai eu la joie de participer à ce dictionnaire dans les notices consacrées  à quatre revues, L'Arc, Argile, L'Ephémère et L'Ire des Vents. En novembre 2014, le site Poezibao de Florence Trocmé publiait les réponses au questionnaire que j'avais envoyé par mail au responsable de cette publication, Bruno Curatolo dont il faut saluer le magnifique travail.  



1. Bruno Curatolo, vous êtes enseignant-chercheur à l'université de Franche-Comté Besançon. Votre bibliographie qui figure sur ce lien mentionne des titres à propos de Raymond Guérin ou de Paul Gadenne, une édition critique de la correspondance André Beucler / Léon-Paul Fargue, des publications à propos de l'imaginaire des philosophes ainsi que la co-direction d'un colloque sur la Revie littéraire des romanciers oubliés. 

Avec votre ami Jacques Poirier, vous aviez publié en 2002 aux Editions universitaires de Dijon un premier ensemble, les actes d'un autre colloque, Les revues littéraires au XX° siècle. Avant d'aborder le grand travail que vous avez coordonné, voulez-vous nous dire de quand procède votre intérêt pour les revues ? Quel espace occupent-elles dans vos propres recherches, voire dans vos "loisirs" personnels. Quelles sont les revues que vous préférez, en êtes-vous collectionneur ? 

Mon intérêt pour les revues littéraires est lié à mon travail de chercheur depuis le milieu des années 80 : m’étant fait une spécialité des auteurs oubliés ou méconnus, la ressource première pour accéder aux textes est la revue, quand tout ou presque tout est épuisé en librairie et même sur le marché de l’occasion. Le début de mes recherches a coïncidé avec la remise à l’honneur de l’histoire littéraire à l’université, sous l’impulsion notamment d’Antoine Compagnon et Michel Murat (Paris-Sorbonne) : un livre, publié aux PUPS en 2013, L’histoire littéraire des écrivains où j’ai consacré un chapitre aux revues, fait la synthèse de ces presque trente années d’effort pour retrouver l’histoire dans le champ des études littéraires. 

Il est évident que les revues accompagnent tout mon travail de recherche, à titre principal ou secondaire, mais il faut préciser que l’accessibilité des collections, en France, n’est pas simple : c’est pourquoi j’ai beaucoup fréquenté la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne où tout un étage est dédié aux revues, en collection intégrale et en accès direct. À titre de loisir, je lis des revues d’associations d’auteurs auxquelles j’adhère, sans souci professionnel. Pour le passé, mes revues préférées sont Le Divan, La NRF, bien sûr, Commerce, La Table ronde, La Parisienne ; aujourd’hui, j’aime toujours Europe et sais gré à Jean-Baptiste Para pour son dévouement, Roman 20/50, revue universitaire publiée à Lille, de très grande qualité, les Cahiers Valery Larbaud, édités à Clermont-Ferrand, les Cahiers du Temps qu’il fait de notre ami Georges Monti (le dernier, paru cette année, est consacré à Jean-Loup Trassard), Capharnaüm aux Editions Finitude à Bordeaux, Théodore Balmoral, j’en oublie… J’aimais beaucoup Plein Chant, qui a paru aux éditions du même nom pendant une trentaine d’années jusqu’en 2008. 

On ne peut pas dire que je sois véritablement collectionneur (les revues tiennent beaucoup de place !) mais, d’aventure j’achète un ou deux numéros des revues disparues ; j’ai ainsi trois livraisons de Commerce, qui sont de véritables ouvrages pour bibliophiles et que j’ai fait relier ! 

 

Cahier

2. Deux volumes, un total de 1352 pages, plus de 120 contributeurs et 350 titres étudiés... L'entreprise est colossale. Dans votre Dictionnaire des revues littéraires au XX° siècle on découvre une foultitude de renseignements,  d'amples et précises notices à propos de publications de longue durée comme Esprit, Le Mercure de France, La Nouvelle Revue Française et Les Temps Modernes, des synthèses à propos de titres qui ont marqué les mémoires comme Bifur, Les Cahiers du Chemin, Commerce, Documents, Le Minotaure, Nord-Sud, La Révolution Surréaliste, des livraisons moins connues comme Banana Split, Digraphe, Inquisitions, L'Arbalète ou Manomètre. Vous avez su faire la part belle à des revues francophones publiées en Suisse, au Québec ou en Wallonnie. À quoi s'ajoutent des titres énigmatiques à propos desquels personnellement, je ne savais rien. L'éventail est large, vous comblez remarquablement nos ignorances.  

 
Comment avez-vous  procédé pour obtenir des contributions ? Quelles étaient les consignes que  transmises aux auteurs ? Combien d'années de travail et de concertation furent nécessaires pour aboutir à cette publication ? 

Le projet est né en 2009, à l’initiative de mon collègue Jean-Yves Guérin, professeur à la Sorbonne Nouvelle et directeur de collection chez Champion : il savait, par mes travaux, mon intérêt pour les revues et m’a demandé de diriger ce dictionnaire dont l’entreprise m’effrayait et m’exaltait à la fois ; je me suis donc laissé convaincre et ai commencé par dresser des inventaires, recensant des centaines de titres, sans exhaustivité possible. J’ai ensuite fait appel à des collègues, le plus souvent des amis, pour leur confier des « domaines » : fin-de-siècle (1880-1910), dada-surréalisme, roman contemporain, poésie, littérature québécoise, romande, wallonne, etc. Ce furent mes « rabatteurs » ; parallèlement, j’ai fait jouer mon réseau de connaissances universitaires pour rédiger telle ou telle notice, un tel ouvrage ne pouvant se concevoir sans une approche fine à la fois du titre et de l’auteur, mon ambition étant de ne pas dresser un répertoire froid et sec mais de faire (re)vivre les revues à travers la sensibilité de chaque contributeur. Aussi les consignes furent-elles assez libérales – longueur fixée entre 3500 et 35000 signes –, exigence de précision chronologique et bibliographique selon les normes académiques mais j’ai laissé plutôt carte blanche comme l’a fait, à mon égard, Jean Pruvost, le directeur littéraire de Champion : ce qui a abouti à ce « monstre » que vous évoquez. 

Cinq années de travail donc, les trois premières consacrées à la collecte des notices, leur relecture et correction au fur et à mesure, la quatrième à la mise en forme du volume pour la disposition alphabétique des entrées (question quasi insoluble pour les articles mais j’ai adopté une règle qui me semble la plus respectueuse des titres) et la dernière à l’établissement de l’index, énorme et fastidieux travail mais indispensable si l’on veut qu’un « usuel » soit utile ; puis les derniers ajustements avec l’éditeur, que je remercie pour sa générosité. 


3. À la fin de votre préface, vous écrivez que votre ambition était de "donner à voir comment les revues, à des degrés divers, ont contribué - et contribuent encore - à façonner la vie littéraire, à en écrire l'histoire et à constituer un champ spécifique du savoir". Que diriez-vous d'autre pour souligner l'importance jouée par les revues pendant tout le vingtième siècle ? 

 


Le premier rôle d’une revue est de faire connaître des auteurs qui débutent, même si parfois c’est autour d’écrivains connus que se fondent des titres devenus des institutions : la Revue blanche avec Mallarmé, La Nouvelle Revue française avec Gide, Claudel, Valéry, La Table ronde avec François Mauriac… Combien de jeunes écrivains ont-ils été révélés par des revues, soit de façon individuelle soit collective quand il s’est agi de revues-manifestes ? Je pense aux revues surréalistes, par exemple, mais aussi dans les années soixante aux Lettres nouvelles ou à Tel Quel

cahier_lowry

La deuxième mission d’une revue, c’est d’assurer la continuité de la vie littéraire, au fil des mois, en misant autant sur la nouveauté de la création que sur la mémoire des œuvres : il est bien rare qu’une revue ne s’inscrive sous l’égide de tel écrivain exemplaire, non pas tant sur le mode de la révérence que dans une communauté d’esprit ; on l’a bien vu sous l’Occupation où les poètes de la résistance allaient chercher leurs modèles dans un passé parfois très lointain, je pense, entre autres, à Aragon renouant avec la « matière de Bretagne » pour des publications clandestines. 

Enfin, je l’ai dit plus haut, sans les revues, on ne saurait écrire une histoire de la littérature digne de ce nom : au-delà des schématisations inévitables des manuels scolaires et/ou universitaires, des stéréotypes véhiculés par toutes sortes d’ouvrages, la plongée dans les sommaires des livraisons donne le vertige mais de manière salutaire ; rien de tel pour prendre conscience de la complexité et de la richesse de la vie littéraire, non seulement en termes de création mais de débat, de controverse, de conflit, voire de « guerre », comme j’ai essayé de le montrer dans quelques-uns de mes articles. 


4. À votre sens, quelle est aujourd'hui la situation des revues ? Je vous interroge aujourd'hui à partir d'un site-internet. Poezibao publiera votre réponse. À votre sens, une édition électronique est-elle l'unique avenir pour l'activité des revuistes ? 

Non, quelle que soit la commodité offerte par l’édition électronique, et sa possibilité de très large diffusion – à quoi je suis entièrement favorable –, la revue littéraire, sous forme matérielle, a encore de beaux jours devant elle ; j’en veux pour preuve deux très beaux titres, Triages (n°26, 2°trimestre 2014, éditions Tarabuste) et les Cahiers Benjamin Péret (n°2, septembre 2013), dont la facture est remarquable, associant textes et illustrations dans un « dialogue » que seul le papier permet ; et puis, il y a ce plaisir physique, comme pour tout livre, d’avoir en main un objet qui tient plus de l’art que de la technique. 

cajhier_Tortel


Quant à la situation des revues, tout le monde s’accordera à dire que la belle et grande époque où des titres comme la Revue des Deux Mondes ou La NRF avaient des centaines de milliers d’abonnés est révolue, les modes de lecture ont changé, la réputation de la littérature française à l’étranger, malgré les prix Nobel, n’a plus rien à voir avec cette période où les Cahiers du Sud se lisaient sur les paquebots en partance pour l’Amérique ! Les instances de légitimation, selon le vocabulaire à la mode, ont également évolué, les suppléments littéraires aux journaux, les magazines, les émissions radiophoniques ayant pris le relais de l’activité revuiste pour ce qui est de la recension, hormis les publications scientifiques. L’avenir des revues me semble davantage lié aux bulletins, cahiers… des associations, sociétés, amis d’auteurs ou publications universitaires, les unes et les autres pouvant faire cause commune, plutôt qu’aux activités purement créatrices : le déclin de La NRF en est le signe face à de vivaces recueils comme Feuille de routes, Bulletin de l’Association Internationale Blaise Cendrars (n°52, septembre 2014) ou Ludions, Bulletin de La Société des Lecteurs de Léon-Paul Fargue (n°14, octobre 2014) ; le « Salon de la Revue », tenu à Paris les 11-12 octobre derniers l’a manifesté, la majorité des stands étant occupés par ces militants de la revue monotype (Beucler, Bosco, Giono, Malaquais, Prévost, etc.) 

 

cendrars


Je dois ajouter que c’est précisément ces publications que j’avais décidé d’exclure duDictionnaire parce qu’elles ne me paraissaient pas relever de ce qu’au vingtième siècle, on a pu appeler la revue littéraire dans sa pleine dimension : le cahier de création, la section théorique, les comptes rendus, dans le grand brassage de toute la vie éditoriale. À moins de me tromper, il me semble que par Internet, il n’est pas très difficile d’avoir accès à ces titres. 


5. Le prix de revient d'un Dictionnaire comme celui-là est forcément élevé. Personnellement j'admets tout de même très difficilement que cette publication de deux tomes brochés ait pour prix public, 275 euros. De grandes bibliothèques vont rechigner pour verser cette somme. Dans ces conditions, comment voyez-vous l'avenir de ce Dictionnaire ? 

Je l’ai précisé, cet ouvrage était une commande des éditions Champion, je n’ai pas eu à négocier avec un autre éditeur ; le projet initial était certes moins ambitieux du côté de l’éditeur qui s’attendait à un volume de 500 pages, ce qui pour un dictionnaire des revues eût été un reader’digest… Je ne veux pas entrer dans le détail des négociations financières, assez compliquées, qui ont abouti à cette publication, certes fort chère mais qui ne me paraît pas démesurée par rapport à n’importe quel dictionnaire digne de ce nom : un Grand Robert, un Grand Larousse, en plusieurs volumes, c’est un investissement pour un particulier ou une bibliothèque mais c’est fait pour servir des années durant. Mon souhait est que cet ouvrage devienne un « usuel » dans les bibliothèques publiques et universitaires : je sais d’ailleurs que plusieurs commandes ont déjà été passées. 
Pour autant, je ne désespère pas de convaincre Champion, dans ces prochaines années, de transférer le Dictionnaire en version électronique de façon à le faire évoluer vers une sorte de work in progress. 


Mardi 4 novembre 2014, échange de courriels entre Bruno Curaloto et Alain Paire. 

 

Post-scriptum : à propos des revues littéraires, il faut consulter le très précieux site de Luc Autret.

 

revue-l-ephemere-n-1-987709400_ML

 
La Suisse et Dürer PDF Envoyer
Choses lues, choses vues
Samedi, 06 Décembre 2014 14:18

 

Durer

Albrecht DürerLa Descente aux limbes, planche14 de La Passion sur cuivre, 1512, burin sur papier vergé, 116 x 75 mm, musée Jenisch, Vevey – Cabinet cantonal des estampes, Fondation William Cuendet & Atelier de Saint-Prex. Cette gravure est reprise en bleu sur la couverture du livre.


 

À moins de fréquenter les départements d’arts graphiques des musées, il n’est pas aisé de voir vraiment des ensembles significatifs de gravures de maîtres. Ainsi dans le cas de Dürer, la dernière fois, à Paris, ce fut à l’occasion de l’exposition Dürer et son temps présentée entre octobre 2012 et janvier 2013 à l’Ècole nationale supérieure des Beaux-Arts ; encore n’y avait-il là que quelques planches du maître lui-même. Il est vrai que ces œuvres ne furent pas pensées pour être accrochées à des murs comme des tableaux, mais pour être tenues en main et admirées dans le silence des cabinets ou des bibliothèques. Dans une exposition, on sent bien que le rapport à ces œuvres fragiles et généralement d’assez petites dimensions n’est pas le même qu’avec des tableaux : qu’elles sollicitent une attention particulière, plus soutenue parce que les détails y importent autant que l’effet général, et que trop d’espace autour d’elles leur nuit. D’où l’importance des livres qui reproduisent les gravures et recréent naturellement cette relation de proximité, presque d’intimité : je me souviens que, dans mon enfance, toute illustration d’un livre, quelle qu’elle fût, était appelée « gravure », au point que le mot devenait synonyme d’« image » ; un tableau était tout autre chose.

 

La question de ces recueils modernes de gravures anciennes est évidemment celle de la qualité des reproductions qu’ils proposent. Quand il s’agit de tableaux, on est prévenu, on ne se fait guère d’illusion sur la fidélité des couleurs, souvent très relative, mais quand il s’agit de gravures, en noir et blanc pour la plupart, une grande fidélité peut être espérée. Pour le coup, le travail de l’éditeur et de l’imprimeur devient essentiel, et commence par le choix du papier et d’une maquette qui laisse les œuvres respirer et tienne compte des différences de leurs dimensions (il importe par exemple de voir tout de suite, sans aller chercher leurs dimensions dans les notices, qu’une xylographie célébrissime comme Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse est sensiblement plus grande que celle, non moins célèbre, du Saint Jérôme dans sa cellule, et trois fois plus grande que les planches de La Petite Passion). À tous ces impératifs répond parfaitement le gros volume récemment publié sous le titre La Passion Dürer par les éditions 5 Continents (Milan) et le cabinet cantonal des estampes du musée Jenisch, à Vevey, où se tient, jusqu’au 1er février 2015, l’exposition homonyme.

 

Lire la suite...
 
<< Début < Précédent 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>

Page 1 sur 31

Gazette

Édouard Manet  Correspondance du siège de Paris et de la Commune 1870-1871

Choses lues, choses vues | Vendredi, 19 Décembre 2014

News image

Guerre civile, 1871, lithographie, 39,7 x 50,8 cm De Manet, on se fait volontiers l’image d’un homme posé et distingué, élégant, dandy à ses heures, « grisonnant avec esprit » comme...

Lire plus

Antonin Artaud, Walter Benjamin, André Breton, Germain Nouveau, Simone Weil, La Pietà de Pourrières, des films de huit minutes sur la chaîne Mativi-Marseille

Choses lues, choses vues | Mardi, 16 Décembre 2014

News image

  Une image de Germain Nouveau, poète et mendiant, 1851-1920. Six chroniques de sept ou huit minutes, réalisées par François Mouren-Provensal, des films diffusés sur la chaîne Mativi-Marseille à propos du...

Lire plus

A propos du Dictionnaire des revues littéraires du XX° siècle, un entretien avec Bruno Curatolo

Choses lues, choses vues | Mercredi, 10 Décembre 2014

News image

Cet automne, paraissaient chez Honoré Champion les deux tomes du Dictionnaire des revues littéraires au XX° siècle. J'ai eu la joie de participer à ce dictionnaire dans les notices consacrées  à...

Lire plus

Radio-Zibeline, chronique hebdomadaire

Choses lues, choses vues | Vendredi, 5 Décembre 2014

News image

  En novembre 2013, au terme d'un premier enregistrement qu'on retrouve sur ce lien, Marc Voiry, le responsable de Web-Radio Zibeline, m'a demandé d'imaginer une chronique hebdomadaire. Durée de...

Lire plus

Cinq entretiens, Kamel Daoud, Raymond Depardon, Elias Khoury, Emmanuel Laurentin et Pap Ndiaye sur la Web-Radio-Zibeline

Choses lues, choses vues | Jeudi, 4 Décembre 2014

News image

Kamel Daoud, Marseille, 28 octobre 2014, photographie de Marc Voiry   Sur ce lien, on trouvera un entretien réalisé pour la Web-Radio-Zibeline, en compagnie de Kamel Daoud. Lundi 27...

Lire plus

"Un petit cabanon", deux complices pour un film FR 3 : Pierre Meynadier et Pascal Verbena

Choses lues, choses vues | Lundi, 1 Décembre 2014

News image

  Une séquence qu'il ne faut pas manquer : Un petit cabanon / Histoire vraie d'un combat provençal, film de 52 minutes réalisé par Pierre Meynadier, est diffusé jusqu'au...

Lire plus

Aix-en-Provence, Fondation Saint-John Perse, Florian Rodari et les éditions de La Dogana

Choses lues, choses vues | Mercredi, 19 Novembre 2014

News image

Pour annoncer une rencontre samedi 22 novembre, à 16 h 30, Cité du Livre d'Aix-en-Provence, 8 rue des Allumettes, un entretien par mail, en compagnie de Florian Rodari.Sur ce lien,...

Lire plus

André Breton et Claude Lévi-Strauss, Marseille/ New York

Choses lues, choses vues | Lundi, 17 Novembre 2014

News image

Portrait d'André Breton, dessin d'André Masson Sur ce lien, chaîne Mativi-Marseille, cf un film de sept minutes André Breton / Villa Air Bel. Depuis mars 1941 jusqu'au milieu des...

Lire plus

"Jean-Baptiste Sécheret Paysages", une exposition au musée de l'Isle-Adam

Choses lues, choses vues | Mercredi, 12 Novembre 2014

News image

Jean-Baptiste Sécheret, New York 2011-2012, peinture à la colle sur papier marouflé sur toile, 209×300 cm, collection particulière, Paris.   Une exposition consacrée aux paysages de Jean-Baptiste Sécheret, peintre et...

Lire plus

Depuis 1966, Jean de Gaspary et le couvent des Minimes de Pourrières

Choses lues, choses vues | Samedi, 8 Novembre 2014

News image

1966, une vue du couvent des Minimes de Pourrières. Cf dans le prolongement de cet article, sur ce lien, une chronique de Web-Radio Zibeline.  A propos de La Pietà de...

Lire plus

Germain Nouveau (1851-1920), poète et mendiant

Choses lues, choses vues | Vendredi, 7 Novembre 2014

News image

Germain Nouveau et l'un de ses proches, dans une rue d'Aix-en-Povence, carte postale éditée par Maïté Pin-Dabadie. Le tirage de cette photographie fut effectué un peu après le décès...

Lire plus

Un livre déroutant : "Le Dépaysement / Voyages en France" de Jean-Christophe Bailly

Choses lues, choses vues | Jeudi, 23 Octobre 2014

News image

Photographie de Jacqueline Salmon parue dans un autre livre de J-C Bailly, "Rimbaud parti", éd. Marval , 2006.   Le défi et le pari du livre de Jean-Christophe Bailly,...

Lire plus

1894-1928 : Antonin Artaud et Marseille

Choses lues, choses vues | Lundi, 20 Octobre 2014

News image

Artaud dans le rôle de Marat pour le Napoléon d'Abel Gance (1927) Sur ce lien on peut visionner Antonin Artaud à Marseille, un film de huit minutes. Sur la chaîne...

Lire plus

Michel Fixot : une interprétation de la Pietà de Pourrières

Choses lues, choses vues | Samedi, 11 Octobre 2014

News image

  A propos de La Pietà de Pourrières et du Couvent des Minimes, cf. un film de sept minutes, sur ce lien, chaîne Mativi-Marseille. ---------------------------------------------- La composition en triptyque...

Lire plus

Chroniques et livres d'Alain Madeleine-Perdrillat

Choses lues, choses vues | Dimanche, 28 Septembre 2014

News image

Depuis juillet 2010 - un texte pour une exposition de Vincent Bioulès à Paris - Alain Madeleine-Perdrillat a confié au site de la galerie vingt-neuf articles à propos de...

Lire plus