À PROPOS DE VALENTIN DE BOULOGNE (Exposition "Valentin de Boulogne. Réinventer Caravage", Paris, musée du Louvre, 22 février-22 mai 2017)

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Valentin de Boulogne, Les quatre âges de l'homme, vers 1627-1629, huile sur toile, 96 x134 cm, Londres, The National Gallery

On sait depuis peu que Valentin se trouvait à Rome dès 1614 (et peut-être même avant cette date), soit quatre ans après la mort de Caravage et une dizaine d’années avant que Poussin ne s’y installe. C’est donc un jeune homme de vingt trois ans qui s’y retrouve en pleine mode caravagesque, illustrée notamment par Bartolomeo Manfredi. On sait aussi qu’à partir de 1620 (et peut-être plus tôt) il habitait dans la paroisse de Santa Maria del Popolo, où il pouvait donc voir tout à loisir les deux œuvres de Caravage installées dans la chapelle de l’église du même nom, La crucifixion de saint Pierre et l’extraordinaire Conversion de saint Paul. On imagine aisément que le nom du maître disparu dans des circonstances dramatiques à Porto Ercole était encore sur toutes les lèvres, non moins que ceux des frères Annibale et Agosino Carracci, qui s’employaient alors à achever le grandiose décor de la galerie Farnèse. Pourtant, s’il semble que Valentin ne s’intéressa guère à celle-ci, ce qui déjà paraît très révélateur, on ne saurait dire qu’il mit servilement ses pas dans ceux de Caravage, auquel il n’emprunte au fond que certains « procédés » (la représentation de scènes nocturnes, sans décor, vues de près) et une part réduite de son répertoire. En effet, hormis ceux de la Vocation de saint Matthieu, à Saint-Louis-des-Français, on ne connaît qu’une seule représentation de joueurs de cartes par Caravage (les Tricheurs du Kimbell Art Museum, à Fort Worth, au Texas, et leur reprise dans la collection Denis Mahon), qui de même n’a jamais peint que deux fois une Diseuse de bonne aventure (celle du Louvre et celle du musée du Capitole, à Rome). Sans trop s’avancer, on peut penser que la dimension proprement spirituelle, l’inquiétude religieuse, fut pour Caravage d’une tout autre importance que l’apologue moral ou la chronique de mœurs. Et c’est à Manfredi, l’auteur de plusieurs scènes de tavernes avec tricheurs, ivrognes, cartomanciennes, filles de joie et autres personnages pittoresques que Valentin emprunte son vocabulaire. On peut penser aussi que, pour un jeune peintre, ce genre de représentations ouvraient tout de suite un marché plus accessible que celui des grandes images religieuses.

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Simples pensées à propos de "Pensées simples" de Gérard Macé

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Les livres composés de notes plus ou moins longues sont agréables à lire : on ne s’y sent pas astreint à suivre les intrigues languissantes de certains romans ou les démonstrations balourdes de beaucoup d’essais. L’esprit de légèreté y règne, on y saute du coq à l’âne sans culpabilité, sinon peut-être celle d’une trop grande facilité, pour le lecteur bien sûr, mais aussi pour l’auteur. S’il n’est pas sûr que toutes les remarques et réflexions que nous inspirent les événements de notre temps, nos rencontres, nos lectures, les spectacles auxquels nous assistons, soient d’un grand intérêt, tout au moins n’ont-elles guère de prétentions, ne visent-elles pas à convaincre à toute force et acceptent-elles aisément un oubli immédiat. En fait, la lecture de ces livres, par sa discontinuité, s’assimile un peu à celle du journal, à ces deux grandes différences près qu’au contraire de celui-ci, ils ne sont pas attachés à l’actualité, ce qui en soi est déjà reposant, et sont l’œuvre d’une seule et même personne, dont on se plaît, consciemment ou non, à pénétrer l’esprit, à comprendre les goûts – soit à découvrir, parmi les multiples notations, des similitudes et donc une unité. Outre le fait qu’on y grappille toutes sortes d’informations qui ouvrent l’horizon souvent trop resserré de la littérature.

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Hercules Segers à Amsterdam

Segers Paysage montagneux

Hercules Segers, Paysage montagneux, huile sur toile, Hovingham Hall Collection (Grande-Bretagne, North Yorkshire)

À Amsterdam, sur les murs noirs de cinq salles éclairées avec parcimonie à cause de la fragilité des œuvres, le Rijksmuseum consacre jusqu’au 8 janvier 2017 une exposition très complète au graveur et peintre Hercules Segers, ce qui constitue un événement exceptionnel, même si la notoriété de l’artiste est des plus réduites auprès du grand public. Très tranquillement donc – et la tranquillité est nécessaire pour apprécier des œuvres presque toutes de petits formats – on peut admirer là 107 gravures, 16 peintures[1] et 2 huiles sur papier du maître, ce qui veut dire une part très importante de son œuvre connu, auxquelles s’ajoutent 2 gravures d’après Segers et une célèbre gravure où Rembrandt a retravaillé une plaque de Segers pour en changer l’iconographie (une Fuite en Égypte à la place de Tobie et l’ange) tout en en conservant le paysage.

On ne sait quasiment rien d’Hercules Segers, ce qui ne fait qu’ajouter au caractère intrigant de son œuvre. La date de sa naissance à Haarlem reste incertaine : 1589 ou 1590, il est donc un contemporain des peintres caravagesques d’Utrecht (et de Poussin) et l’aîné de Rembrandt d’un peu plus d’une quinzaine d’années. On hésite de même sur la date de sa mort : 1637 ou 1638, peut-être avant. Il semble avoir joui de son vivant d’une certaine renommée, dont témoigne le fait que Rembrandt posséda plusieurs œuvres de lui, mais il aurait connu la pauvreté au cours de ses dernières années et souffert d’une incompréhension... que l’on comprend assez bien tant ses gravures peuvent paraître étranges aujourd’hui encore. On ignore s’il a jamais quitté la Hollande et vu quelque part, de ses yeux, des montagnes comme celles qu’il se plut à représenter. Quoi qu’il en soit, on imagine volontiers un esprit à la fois minutieux et profondément rêveur, ce qui n’est pas contradictoire : on conçoit en effet comment la combinaison de plusieurs techniques de gravure très maîtrisées, un singulier usage de la couleur et le choix de supports variés (papiers blancs ou de couleur, ou tissus de coton), qui le conduisent à donner plusieurs versions, plutôt que plusieurs états, d’une même image, – on conçoit comment de telles recherches constituent une mise à l’épreuve de celle-ci, et par suite, en elles-mêmes, une rêverie. Non que l’image première ne serait qu’un prétexte ou un motif indifférent, mais parce qu’au contraire elle est perçue comme une source d’inquiétude et nourrit le sentiment que quelque chose se cache en elle.

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Antonin Artaud, Walter Benjamin, André Breton, Blaise Cendrars, Germain Nouveau, Saint John-Perse, Simone Weil, La Pietà de Pourrières, des films de huit minutes sur la chaîne Mativi-Marseille

  • Écrit par Paire alain
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Mendiant

Une image de Germain Nouveau, poète et mendiant, 1851-1920.

Six chroniques de sept ou huit minutes, réalisées avec François Mouren-Provensal, des films diffusés sur la chaîne Mativi-Marseille à propos du passage des écrivains et de la littérature en région sud. En novembre 2015, un nouveau film était réalisé, grâce à Thierry Fabre pour le compte du MuCEM, à propos de "Blaise Cendrars à Ensues-la-Redonne, 1927 et à Aix-en-Provence, 1940-1947", visible chez You Tube sur ce lien. A quoi s'ajoute, produit par la Fondation Saint-John Perse d'Aix-en-Provence, depuis juin 2016 un document de douze minutes "Le retour en France de Saint-John Perse", accessible sur cet autre lien.

Sur ce lien, Antonin Artaud à Marseille. Né à Marseille en 1890, il fait de fréquents retours dans sa ville natale jusqu'en 1928. Cette chronique explore quelques-uns des lieux de sa trajectoire : son premier domicile, 15 rue des frères Carasso, le collège du Sacré Coeur de la rue Barthélemy où il effectue sa scolarité, les quais de la Joliette et l'exposition Coloniale de 1922 où il aperçoit des danseuses Balinaises. Artaud publie des textes dans deux revues implantées à Marseille, La Criée et Les Cahiers du Sud.

Sur ce lien, André Breton / Villa Air Bel. Breton fait séjour à Marseille à compter d'octobre 1940. Il rejoint l'équipe de Varian Fry et Victor Serge qui ont élu domicile à la Villa Air Bel. Il quittera le Vieux Port à bord du Capitaine Paul Lemerle, le 24 mars 1941. La Villa Air Bel a été squattée et puis détruite au début des années 80 : ses uniques vestiges, ce sont un jardin d'herbes folles et les deux piliers de la porte d'entrée. 

Le film évoque la compagne de Breton, Jacqueline Lamba et l'action de Varian Fry que Victor Serge définit comme le tout début de la Résistance en France. Des images d'archives situent le passage en décembre 1940 du Maréchal Pétain ainsi que le trajet du tramway qui permettait, depuis la gare de Noailles, de rejoindre en trente minutes la Villa Air Bel où fut inventé "le Jeu de Marseille". Sur le quai du Vieux Port, on retrouve le café du Brûleur de loups, lieu de ralliement des surréalistes et des membres de la coopérative des Croque-Fruits. Sur le bateau qui l'emmène vers la Martinique et les Etats-Unis, André Breton se lie d'amitié avec Claude Lévi-Strauss.

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