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Un jardin et un tombeau : le Pavillon Joseph Sec de Michel Vovelle et Pierre Donaint PDF Envoyer
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Mardi, 16 Septembre 2014 07:12

Joseph_Sec

La cour intérieure du Monument Joseph Sec, photographie de Pierre Donaint.


Joseph Sec naquit en 1715. Cet autodidacte du Siècle des Lumières, ce célibataire légua à ses nièces et neveux, en 1794, date de son décès, une fortune considérable : entre autres choses, plus de sept milles mètres carrés de terrain, l'aménagement d'un faubourg d'Aix-en-Provence comportant dix-sept maisons, un jardin et un tombeau dont les sculptures et les bas-reliefs prennent clairement parti pour la Révolution française. Avec des documents issus d'archives notariales, principalement en examinant soigneusement l'iconographie et l'idéologie de son mausolée, l'historien Michel Vovelle réalisa voici quatre décennies l'exploit de reconstituer la trajectoire de ce personnage, "l'irrésistible ascension d'un bourgeois d'Aix" qui fut tout d'abord menuisier et puis marchand de bois, avant d'adopter la posture d'un propriétaire foncier habité par une réelle sympathie pour les Jacobins.


Le Monument Joseph Sec aura connu plusieurs avatars. Pendant de longues années, en dépit des tirages de cartes postales où figuraient les arcs et les sculptures de son jardin intérieur, son architecture ne fut pas considérée comme digne d'attention. Si l'on excepte une communication rédigée en 1925 par l'archéologue et conservateur de la bibliothèque Méjanes Edouard Aude (1868-1941) les érudits locaux et les ouvrages qui servaient de guides pour la visite de la ville le percevaient au mieux comme une curiosité : Aix est une ville volontiers conservatrice, l'anticonformisme d'une esthétique révolutionnaire n'a pas sa préférence. A la fin des années soixante du vingtième siècle, quand la municipalité de Félix Ciccolini, alertée et motivée par Michel Vovelle, décida de restaurer le monument et ses alentours, son espace était tristement occupé par un atelier de carrosserie automobile. Il était temps, on pouvait craindre le pire : des fragments de moteurs et des ailes de voiture accaparaient le jardin, l'huile de vidange se répandait dans la proximité des pots à feu. Aujourd'hui, l'espace de ce rarissime monument issu de la Révolution est pacifié : sa petite cour intérieure est un jardin public tout à fait discret, son pavillon abrite un centre d'hygiène et de santé.

Auparavant, entre 1912 et 1938, le sort du Pavillon Sec était beaucoup plus doux : ce fut le nid d'amour d'un couple de peintres  proches de Cézanne, Joseph Ravaisou (1865-1925) et Louise Germain (1874-1939). Tous deux avaient installé leur atelier au rez de chaussée du pavillon, on apercevait leurs silhouettes débonnaire au travers d'un "porche délabré aux planches disjointes". Quand ils ne battaient pas la campagne pour rejoindre leurs motifs de prédilection, ils plantaient leurs chevalets sur la terrasse où leur dame de compagnie et modèle, Jeanne Niel aimait prendre le frais. Le jardin servait principalement aux ébats inoffensifs de leur poulailler : Louise Germain qui affectionnait les plumages de sa basse-cour représenta souvent sur ses toiles les allées et venues des poules, des coqs et des canards qui vagabondaient sous les tilleuls, parmi les rosiers, les herbes folles, les vignes grimpantes, les petites haies de buis, les sculptures et les urnes funéraires.

Depuis le balcon du pavillon, Louise Germain peignait volontiers les heureuses liaisons qui soudaient au milieu de l'avenue Pasteur, les ramures des platanes, l'ombre des grilles et des sculptures commanditées par Joseph Sec et les activités des paysans qui rassemblaient leurs blouses bleues, leurs foulards rouges, leurs charrettes, leurs bêtes de trait et leurs récoltes pendant les jours de marché. L'un des plus émouvants témoignages que Louise Germain a laissé à propos de son amant, c'est une aquarelle des collections du musée Granet : on aperçoit l'ombre tranquillement méditante de Ravaisou sur les reflets d'une fenêtre grand ouverte. Il s'accoude sur la rambarde du pavillon et regarde les toits d'Aix. On reconnait les pots à feu et la statue de la Justice du monument, ainsi que le beffroi de Saint-Sauveur : pendant l'entre-deux guerres, une fois qu'on avait franchi la lice des anciens remparts de la ville, le pavillon Sec et ses alentours, c'était le début de la campagne aixoise.

Mais il faut revenir aux origines de cette construction. Avant de bâtir son élégant pavillon de tuiles vernissées qu'on peut trouver proche d'une architecture bourguignonne, Joseph Sec fit en compagnie de deux collègues menuisiers, sur cet emplacement, en 1745, l'achat d'un enclos et d'un rez-de-chaussée doté des combles d'un grenier à foin : au départ, il s'agissait à la fois d'un pied à terre et d'un atelier pour le travail quotidien. Ce trentenaire avait quitté à l'âge de 17 ans son lieu d'origine, Cadenet-en-Lubéron où son père était un paysan relativement aisé : Joseph était un fils cadet, l'exploitation de la ferme familiale revenait à son aîné. Il effectua jusqu'en 1741, pendant neuf années, son apprentissage chez l'aixois Claude Routier, menuisier de bon rang puisqu'il fabriquait des rétables. Il entreprit de rembourser ses deux compères, la parcelle achetée à trois devint sa demeure permanente et son jardin d'agrément.

Ce n'est pas la menuiserie qui engendra la fortune de Joseph Sec. Sans pour autant abandonner son métier de base - des documents attestent de ses engagements auprès de jeunes apprentis jusqu'à la fin de son siècle - il s'était affranchi des normes et des usages de sa corporation en devenant marchand de bois. A compter de 1760 et jusqu'en 1789, aux ports de Mirabeau, Pertuis et Cadenet, il s'octroie le quasi-monopole des bois flottés que les radeliers acheminent depuis les hauteurs de la Durance. Le grossiste revend son bois à ses collègues de Marseille et d'Aix, contraints et plutôt mécontents de passer par lui pour s'approvisionner. Après quoi, cet entrepreneur reporta ses gains dans le domaine de l'immobilier. Avec divers prêts et apports d'argent, il devient selon l'expression de Michel Vovelle "un propriétaire foncier spéculateur avisé". Sans entrer dans le détail des péripéties qui font de lui l'aménageur de tout le quartier qui fait face à sa maison, on constate que de 1765 à 1777, Joseph Sec ne cesse pas d'acheter de nouvelles parcelles de terrain. Il les rentabilise promptement, il loue les jardins et les maisons qu'il bâtit sur ces terrains. Un faubourg s'ébauche de l'autre côté de sa rue : au terme de sa vie le domaine de Joseph Sec comporte une auberge dotée d'une dizaine de chambres, des cours et des dépendances, un grenier à sel, des ateliers, des magasins ainsi que des maisons basses dotées de terrasses, de bassins et de jets d'eaux.

Jean Boyer et Michel Vovelle, les deux historiens qui ont examiné le monument Joseph Sec ne savent presque rien à propos de l'intimité de ce self-made man. Aucune gravure ni portrait peint, aucun courrier ou papier véritablement personnel ne permettent de l'évoquer directement : ce qu'on sait de lui vient de ses actes d'achats et de ventes dans lesquels  apparait une "signature honnête et appliquée". On apprend qu'il fut pendant de longues années Pénitent "gris" ou bien "bleu" : il siège dans ces confréries dont il est quelquefois trésorier, s'occupe avec d'autres frères pénitents de donner sépulture et messe aux suppliciés, aux vagabonds dont on retrouve les corps en bordure de chemin ainsi qu'aux pauvres de la paroisse d'Aix. Joseph Sec acquiert progressivement le statut et la sociabilité d'un notable et même d'un mécène puisqu'il finance grâcieusement la reconstruction de la porte Notre-Dame. Pour autant, il ne franchit pas certaines barrières : le quartier qu'il bâtit ne ressemble en rien au quartier Mazarin, Joseph Sec n'a pas de véritable entrée dans l'aristocratie aixoise.

Son choix sera d'accepter clairement la révolution modérée qu'établissent vaille que vaille les premiers maires aixois du nouveau Régime, Espariat et Emeric-David. En 1789, ce vieux garçon de 74 ans a fait fortune. Deux années plus tard il est élu au conseil général de sa commune, on rencontre son nom dans une pétition. Son successeur en menuiserie, son petit-neveu Barthélemy Sec adhère au club des Archipolitiques où l'on retrouve des jacobins beaucoup plus combatifs. Michel Vovelle conjecture que selon le beau schéma de son ami l'historien Maurice Agulhon, cet ancien Pénitent a pu devenir franc-maçon pendant les dernières années de l'ancien Régime. La chose est possible, l'air du temps et certaines de ses fréquentations l'y invitaient : pour autant, aucune preuve solide ne vient étayer cette hypothèse, le nom de Joseph Sec n'a pas encore été retrouvé dans les registres des loges.


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Joseph Sec ne bouscule pas l'ordre établi, il ne se range pas du côté de l'Abbé Rive que l'on considère comme le Marat d'Aix-en-Provence. Sa fortune et son territoire personnel ne s'accroissent pas pendant la Révolution : il n'est pas hostile à l'achat des Biens nationaux mais ne s'en préoccupe pas. Sur la facade de son tombeau, s'inscrivent des épigraphes qui énoncent qu'il est heureux que l'humanité se sorte de l'esclavage. Ce propriétaire est favorable à l'émancipation, il aime préciser que la liberté implique l'obéissance aux lois : les lois sont "admirables" , "je mourrais plutôt que de m'en écarter". Il se permettra diverses fantaisies et innovations pendant l'élaboration de son monument : sa construction obéit pourtant à un schéma pyramidal au sommet duquel trône péremptoirement, avec ses balances et sa solennité, une figure perruquée de la Justice.


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Anonyme, monument Joseph Sec, L'Afrique, photographie de Pierre Donaint


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Anonyme, monument Joseph Sec, La Justice ou La Loi, photographie de Pierre Donaint


Avant d'explorer les méandres de l'iconographie de cet étrange tombeau, il faut évoquer son envers et son arrière-plan, les sept sculptures de sa cour intérieure. On peut imaginer qu'elles furent implantées au milieu des années soixante, sans doute pendant la construction du pavillon dont elles sont un ornement supplémentaire. Elles procèdent de l'Ancien Régime et soulignent le côté accumulatif du monument, ce que Michel Vovelle appelle sa "prolixité" : leur fonction est décorative, elles ont été sorties de leur contexte d'origine et ne peuvent pas s'intégrer dans la signification globale du tombeau. D'après les recherches de l'historien d'art Alexandre Maral à qui l'on doit le plus récent ouvrage consacré aux sculptures du musée Granet, leurs enchères et leur achat par Joseph Sec datent de 1763. Les Jésuites avaient été obligés de quitter Aix, ces sculptures avait eu pendant un siècle un tout autre lieu de destination : elles avaient été crées pour la chapelle des Messieurs du Collège Bourbon de la rue Lacépède. Leur qualité esthétique n'est pas bouleversante, leur auteur porte pourtant une signature de grand prestige : il s'agit de Pierre Pavillon (1612-1670), le meilleur architecte du grand Siècle aixois.


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Pierre Pavillon, Jahel et Sisara, sculpture, photographie de Pierre Donaint.

On sait que l'architecte de l'Hôtel de Villle, de l'Hôtel Maurel de Pontevès et de l'Hôtel de Chateaurenard séjourna à Rome avant de s'affirmer pleinement en Provence. Pierre Puget dont deux tableaux figuraient pourtant dans la chapelle Jésuite n'était pas son modèle. Pavillon était lui-même issu d'une famille de peintres et de sculpteurs parisiens, les spécialistes indiquent que du côté de la sculpture, son inspiration est plus ancienne. En architecture, il joua admirablement pour Aix le grand jeu de la modernité et de l'invention. Dans la chapelle des Jésuites, son éloquence n'est pas convaincante : la fougue de l'art baroque est totalement absente des sculptures que Joseph Sec eut la chance de pouvoir récupérer. A bon marché, elles donnent belle allure au jardin du marchand de bois, désireux de prendre rang et de rivaliser avec l'aristocratie de sa ville. D'après le procès-verbal de l'enchère du 6 octobre 1763, son achat impliqua un déboursement de 888 livres. Ce n'était pas du marbre, c'était de la pierre de Calissanne acheminée depuis Lambesc et Tarascon.

Alexandre Maral et Michel Vovelle expliquent que plusieurs figures de l'Ancien Testament furent installées dans le jardin, sous des arcs, dans des niches et sur piédestal. Leur volume et leur taille - en moyenne, deux mètres trente de haut - étaient importants, Joseph Sec eut soin de leur procurer un abri pour qu'elles échappent aux intempéries du plein air de son jardin : quand il fallut restaurer le monument à la fin du vingtième siècle, un gros travail fut pourtant nécessaire. Qu'ils soient masculins ou féminins, les poses de ces personnages de pierre restent conventionnelles : on découvre un  David empanaché et juvénile qui écrase de son pied la tête de son adversaire Goliath, un roi d'Israël vêtu comme un empereur romain ou bien les draperies d'une jeune femme qui entame un pas de danse. L'histoire que racontent ces sculptures est édulcorée. Pavillon a dévitalisé la force première du récit biblique qu'il était censé illustrer. Les visages qu'il campe ont souvent quelque chose d'impersonnel : par exemple quand il s'agit pour Jahel de transpercer la tempe de son ennemi qui dort, on ne peut pas croire qu'une traîtresse puisse se saisir avec autant de placidité du piquet et du marteau qui fracassent le rêve de Sisara. Cependant, point n'est besoin d'être perpétuellement sévère vis à vis de cette commande pour laquelle Pierre Pavillon ne força pas son talent : mieux vaut se réjouir du fait que Joseph Sec ait eu soin de les sauvegarder pour valoriser son jardin. Sans être de grands chefs-d'oeuvre, les deux figures terminales de leur cortège ne sont pas déplaisantes : on peut volontiers s'attarder au fond du jardin devant la figure du patriarche Noé qui arbore deux grappes de raisins et qui vient d'abandonner son arche, ou bien devant le geste de salut du prêtre Aaron, coiffé d'une tiare et pourvu d'un pectoral où l'on reconnaît les douze carrés qui symbolisent les tribus d'Israël.

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Pierre Pavillon, Aaron, photographie de Pierre Donaint.

En fait, ce n'est pas au niveau d'une qualité esthétique qu'il faut évaluer le programme de Joseph Sec. Les sculpteurs qu'il recruta et dirigea pour son mausolée révolutionnaire ne sont pas non plus d'immenses artistes. En revanche, ses visées et ses intentions valent détours, hypothèses et déchiffrements : les interprétations qu'à pu livrer Michel Vovelle sont très renseignantes, elles permettent de mieux comprendre les représentations et les mentalités du défunt, l'inflexion que sa vie avait prise pendant le grand tournant de la Révolution. Avec un certain désordre mais tout de même avec beaucoup de volontarisme et de sérénité, dans le fatras et l'accumulation que constituent les cinquante-six motifs dénombrés par Vovelle sur les parois de ce monument, un message plus ou moins clair a voulu s'énoncer. Joseph Sec est l'ordonnateur plus ou moins habile d'un discours qu'il souhaite transmettre à ses compatriotes aixois : il a voulu que quelque chose s'inscrive dans la pierre, il a convoqué des formes et des thématiques qu'il estimait proches de son expérience personnelle et de sa vision de l'avenir.


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Anonyme, tombeau de Joseph Sec, Moïse sauvé des eaux, photographie de Pierre Donaint.


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Anonyme, tombeau de Joseph Sec, Joseph le charpentier, photographie de Pierre Donaint.

 

Comme indiqué plus haut, un collage plus ou moins heureux de textes et de sculptures et puis un mouvement ascendant qui conduit jusqu'à la statue de la Justice permettent de dégager une signification globale. Ce monument incite le passant de la rue à méditer sur l'excellence de la loi. Il se veut témoin d'une longue histoire depuis les tables de Moïse jusqu'à la nouvelle donne offerte par la Révolution. Son esprit est au confluent de plusieurs tensions. Joseph Sec est situable au coeur de plusieurs tentations : sa religion, sa vision de l'Ancien Testament ne sont pas doloristes, il ressent l'urgence d'une nouvelle parole qui n'oublierait pas ce qui la précèda. Ce monument qui se voulait porteur d'avenir témoigne souvent du passé antérieur de son commanditaire dont il retrace maladroitement la solitude, les réussites et des difficultés. En contrepoint des figures de l'Europe et de l'Afrique qui coiffent les petites ailes du monument, ma préférence va du côté des petits rectangles des trois bas-reliefs qui évoquent l'atelier de Joseph le charpentier, Tobie le pénitent qui se charge des morts ainsi que l'enfant qui fut sauvé des eaux. Dans ces trois compositions beaucoup moins visibles et beaucoup moins sentencieuses que d'autres aspects de ce tombeau, on est au plus près d'un secret, on imagine comment Joseph Sec forgea son monde et fraya son chemin.

Alain Paire

Pour d'autres analyses et d'autres détails de l'iconographie du monument Sec, il faut renvoyer au remarquable ouvrage qu'ont réalisé ensemble Michel Vovelle et le géo-photographe documentariste Pierre Donaint dont il faut saluer le travail et l'obstination. Toutes les images du présent article sont de Pierre Donaint qui a directement participé à la maquette du livre édité par Gabriel Audisio chez A.BarthélemyLe mystérieux monument Joseph Sec à Aix-en-Provence. En face de chaque reproduction d'un fragment du monument, Michel Vovelle a rédigé de nouveaux commentaires. Edité en 2009, ce livre remplace et complète le premier livre publié par Edisud en 1975 L'irrésistible ascension de Joseph Sec, bourgeois d'Aix.

On se reportera également à un autre ouvrage de Michel Vovelle Les Folies d'Aix ou la fin d'un monde, éd. Le Temps des cerises, 2003  : dans ce livre, Michel Vovelle a regroupé six études qui évoquent le Jeux de la Fête Dieu, Joseph Sec, Théodore Desorgues, le Président de Gueidan, le marquis Boyer d'Argens et Nicolas Ledoux.


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Depuis 1966, Jean de Gaspary et le couvent des Minimes de Pourrières PDF Envoyer
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Samedi, 13 Septembre 2014 09:55

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1966, une vue du couvent des Minimes de Pourrières.


C'est improbable, c'est une histoire rigoureusement magnifique qui pourrait nous réconcilier avec l'esprit d'utopie. Pendant une journée de juillet 1966, un  jeune homme découvre dans un écart de Pourrières, un kilomètre à l'est du village, un lieu dont les ruines datent du XVI° siècle. Jean de Gaspary a 28 ans, le souvenir de Cézanne l'a guidé sur ce versant de la Sainte-Victoire. Il a fait des études aux Beaux-Arts de Paris ;  il sera peintre et architecte, l'une de ses expositions se déroulera au Centre Georges Pompidou, pendant l'automne de 1977 dans le cadre des Ateliers d'aujourd'hui. Il décide d'acheter les ruines et les alentours d'un couvent bâti au XVI° siècle ainsi que l'église Notre Dame du Bois qui le jouxte.

Depuis la fin du XVIII° siècle, les moines étant partis, les bâtiments se sont terriblement dégradés :  ils sont utilisés comme des granges, ce sont des abris pour l'élevage, des domiciles pour les ouvriers agricoles. Jean de Gaspary entreprend l'impossible restauration de cet espace. L'aventure qu'il va vivre et accomplir, la plupart du temps solitairement, le requiert pendant plus de trois décennies. Après quoi, de nouvelles fonctions pour cet espace - des concerts ou bien des expositions - et surtout son entretien et les bonheurs de l'hospitalité deviennent l'objet de ses soins permanents.


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L'entrée de l'église et la porte du couvent, années 1900

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Un chef-d'oeuvre inconnu : "La Pietà de Pourrières" PDF Envoyer
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Vendredi, 12 Septembre 2014 18:17

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Après la restauration réalisée par Gilles Kelifa, La Pietà de Pourrières.


Jusqu'à une date très récente, la mise à l'écart et l'oubli de cette Pietà semblaient irréversibles : en tout et pour tout, on lit à son propos des lignes rapidement rédigées, on trouve une minuscule et médiocre photographie en noir et blanc, dans les annexes, en page 205 du catalogue de La Peinture en Provence au XVI° siècle, (éd. Rivages 1987). Cette peinture sur bois de chêne de moyen format, 90 x 120 cm, un assemblage de cinq planches verticales qu'on redécouvrira dans l'église Saint Trophime de Pourrières, appartiendrait à la première moitié de son siècle.

Pas de certitude quant à sa datation - autour des années 1540 / 1550 -, pas de signature, aucune fiche d'identité. On ne connaît pas son auteur, pas plus que ses commanditaires. On sait que pendant le XVI° siècle, au sein des carrefours et du creuset de la Provence, l'école flamande est prépondérante : ce qui vient d'Italie est moins déterminant. Dans ce triptyque, rien qui puisse évoquer des particularismes sudistes, rien qui s'inspire directement de la lumière et des pratiques de la Méditerranée : cette oeuvre relève d'une obédience nordique. Pour l'heure, si l'on a souci d'étayer une hypothèse comme celle qui vient de m'être confiée par un grand connaisseur - avancer le nom d'un artiste qui s'inscrirait dans la proximité du maître anversois Josse van Cleve - les archives sont muettes. Aucun prix-fait, pas le moindre indice ne peut renforcer l'analyse de ce tableau pour lequel la mobilisation et les recoupements de l'histoire de l'art deviennent urgents.
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Antonin Artaud, Walter Benjamin, Germain Nouveau, Simone Weil, des films de huit minutes sur la chaîne Mativi-Marseille PDF Envoyer
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Vendredi, 05 Septembre 2014 16:20

 

Mendiant

Une image de Germain Nouveau, poète et mendiant, 1851-1920.

Quatre chroniques de sept ou huit minutes, réalisées par François Mouren-Provensal, des films diffusés sur la chaîne Mativi-Marseille à propos du passage des écrivains et de la littérature en région sud.


Sur ce lienAntonin Artaud à Marseille. Il est né à Marseille en 1896. Jusqu'en 1928, il fait de fréquents retours dans sa ville natale. Cette chronique explore quelques-uns des lieux de sa trajectoire : son premier domicile , 15 rue des frères Carasso, le collège du Sacré Coeur de la rue Barthélemy où il effectue toute sa scolarité, les quais de la Joliette et l'exposition Coloniale de 1922 où il aperçoit des danseuses Balinaises. Artaud publie des textes dans deux revues implantées à Marseille, La Criée et Les Cahiers du Sud, grâce aux animateurs de ces revues, Léon Franc et André Gaillard. D'autres renseignements sur ce lien.

Sur ce lienGermain Nouveau, poète et mendiant. Pour Nouveau, tout commence et tout finit sur le versant est de la Sainte-Victoire. Il naît à Pourrières en 1851, il achève sa vie au même endroit en 1920. Entretemps ce grand vagabond s'est rendu  à Saint-Jacques de Compostelle, il a traversé à pied une partie des rives de la Méditerranée. Il fut l'ami proche de Rimbaud avec lequel il partit pour Londres, on trouve son écriture dans le manuscrit des Illuminations. On l'aperçoit devant la cathédrale Saint-Sauveur d'Aix-en-Provence : il est devenu un mendiant, Cézanne lui donne la pièce. A la Bibliothèque Méjanes d'Aix dont il est grand utilisateur, un registre mentionne toutes ses lectures. A la fin de sa vie, il édite chez un petit imprimeur aixois huit exemplaires de son dernier recueil, Ave Maris Stella. D'autres renseignements sur ce lien.

Sur ce lien, Walter Benjamin à Marseille. Il vécut près du Vieux Port, entre août et septembre 1940, les dernières semaines de son existence. Juste avant de partir pour Port-Bou où il se donnera la mort, il est en recherche de visa pour les Etats-Unis. Le passage de Lorette qu'il a décrit dans ses textes, l'hôtel de la rue Beauvau qui fut son avant-dernier domicile, la rue Fortia proche des Cahiers du Sud, l'amitié d'Hannah Arendt, de Pierre Missac et de Jean Ballard sont évoqués. D'autres renseignements sur ce lien.

 

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Rue Beauvau, l'hôtel de Walter Benjamin pendant l'été de 1940

Sur ce lien, Simone Weil à Marseille. Elle avait quitté Paris, quelques jours avant l'arrivée des troupes allemandes. Elle se réfugie à Marseille en compagnie de ses parents. Arrivée en septembre 1940, elle obtiendra son billet de bateau et son visa en mai 1942. Trois lieux de Marseille furent favorables à ses recherches : un appartement qu'elle occupait juste en face de la Plage des Catalans, le local des Cahiers du Sud et le Couvent des Dominicains de la rue Edmond Rostand où elle allait à la rencontre du Père Joseph-Marie Perrin. D'autres renseigements sur cet autre lien.


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Lanza del Vasto en compagnie de Simone Weil


Précédemment, deux expériences avaient été menées chez Mativi-Marseille, en compagnie de François Mouren-Provensal. A partir d'une exposition Hans Bellmer et les peintres inconnus du Camp des Milles, présentée dans la galerie de la rue du Puits Neuf, un autre film de huit minutes,  Partis sans laisser d'adresse, sur ce lien. De même pour Une histoire de la galerie André Nègre, sur cet autre lien.
 
Germain Nouveau (1851-1920), poète et mendiant PDF Envoyer
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Jeudi, 04 Septembre 2014 20:16
Nouveau


Germain Nouveau et l'un de ses proches, dans une rue d'Aix-en-Povence, carte postale éditée par Maïté Pin-Dabadie. Le tirage de cette photographie fut effectué un peu après le décès du poète, en 1921.

 

Sur internet, chaîne Mativi-Marseille, un film de huit minutes à propos de Germain Nouveau sur ce lien, chronique d'Alain Paire, réalisation François Mouren-Provensal. Dans la même série, on trouve Antonin Artaud, Walter Benjamin et Simone Weil. Prochainement, André Breton / Villa Air Bel.

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Germain Nouveau naquit à Pourrières le 31 juillet 1851. Pour ce personnage étonnamment mobile qui traversa à pied une partie de l'Europe et plusieurs rives de la Méditerranée, tout commence et tout s'achève au pied du versant est de la montagne Sainte-Victoire, entre Aix-en-Provence et Saint-Maximin, sur un monticule soumis aux vents et au grand soleil, dans l'enchevêtrement des habitations qui enserrent le beffroi carré d'une église : "La maison comme un point, et, répandu dans l'air / Doré, tout le village aux pieds du clocher mince ..."

Sa famille aurait pu compter six enfants, trois d'entre eux disparaissent en bas âge. Germain était l'aîné, sa jeune mère fut emportée par la phtisie alors qu'il avait huit ans. Le père dirigeait en compagnie de son associé Augier une fabrique de pâtes alimentaires installée rue Espariat à Aix-en-Provence, dans la cour intérieure de l'hôtel d'Eguilles. Ce père qui s'était remarié meurt des suites d'une épidémie de variole, le 26 août 1864. Le 15 du même mois, onze jours avant cette disparition, il fallut endurer le décès d'une jeune soeur de Germain qui se prénommait Marie : "Ces yeux où s'allumait une sévère fête / S'agrandirent, ce fut effrayant de douceur".

Augier

"Les pâtes Augier", une entreprise dont le père de Germain Nouveau fut l'associé. Le placard publicitaire mentionne qu'elles utilisaient des "eaux thermales" !

Les grands-parents recevaient les deux orphelins, Germain et sa soeur Laurence, à Pourrières, pendant les vacances d'été. Les ruelles du village, les bois et les champs "si bleus qu'ils font croire à la mer", la grande falaise de la Sainte-Victoire et les baignades dans l'Arc furent son premier cadre de vie. Pendant le reste de l'année, Nouveau était pensionnaire à Aix-en-Provence : d'abord au petit séminaire Saint-Stanislas, ensuite au collège Bourbon de la rue Cardinale, fréquenté quelques années auparavant par Baille, Cézanne et Zola. Dans l'intimité de cette vie rythmée par de longues pérégrinations et toutes sortes de misères, le pays de l'enfance et du silence fut sobrement présent : "... aux champs où  ton enfance est peinte / La tombe de ta mère et la voix de ta soeur ! ". On se souvient de la canicule et de l'atmosphère de stagnation du premier quatrain de Pourrières, l'un des plus célèbres poèmes de Germain Nouveau : "Un vieux clocher coiffé de fers sur la colline./ Des fenêtres sans cris, sous des toits sans oiseaux. / D'un barbaresque Azur la paix du ciel s'incline / Soleil dur ! Mort de l'ombre ! Et silence des Eaux".


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Germain Nouveau est reçu bachelier-ès-lettres en 1870. Il avait appris le grec et le latin ; un Premier Prix au Concours général de dessin d'imitation lui fut décerné. Il hésite avant de choisir un métier : il pensait devenir prêtre, pharmacien ou bien professeur de dessin. Au terme d'une année pendant laquelle il prend à Marseille un poste de maître d'études, il décide d'aller vivre à Paris où il s'installe à la fin de l'été 1872. Il dissipe une partie de l'héritage familial, s'inscrit brièvement en faculté de droit. Le poète varois Raoul Gineste (1852-1914) l'introduit dans le groupe des Vivants. Le 30 novembre 1872, sous le pseudonyme de P. Néouvielle qu'il abandonnera vite, Nouveau publie un premier texte, un Sonnet d'été, dans La Renaissance littéraire et artistique, la revue d'Emile Blemont qui fut proche des Parnassiens.

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Dessin de G. Nouveau. Le quartier latin (1875 ?). A gauche, au premier plan, Rimbaud écroulé sous la table. 


Parmi les poètes que Germain Nouveau fréquente, on citera Léon Valade, Raoul Ponchon, Charles Cros et Jean Richepin. Il participera tardivement à l'Album Zutique, boit de l'absinthe, fréquente les bals populaires et fait la noce avec des bonheurs variables ; on l'aperçoit au café Tabourey, chez Jolibois et au Polidor. Plus tard, Nouveau fraternisera avec les Hydropathes. Il est présent rue des Moines, à Batignolles, dans le salon de La Dame aux éventails, Nina de Villard ; Catulle Mendès ébauche son portrait. Il suscite, ou bien accepte d'autres pseudonymes : il publie, ou bien quelqu'un s'occupe de faire paraître ses vers et ses chroniques, des Petits tableaux parisiens, dans les revues et dans les journaux. Dans un Dixain réaliste, il écrit : "J'ai du goût pour la flâne, et j'aime, par les rues / les réclames des murs fardés de couleurs crues". André Breton estimait qu' "il commença par se perdre dans le bourbier littéraire. Et puis il s'en alla".

Jean Richepin situe le début de cette amitié en mars 1874 : Germain Nouveau rencontre Arthur Rimbaud. Ils auraient noué conversation à une table de la terrasse du Tabourey. Rimbaud est d'ores et déjà perçu comme un personnage peu fréquentable. Son compagnonnage et ses conflits avec Verlaine viennent d'entraîner de désastreuses conséquences : accablé de remords, Verlaine purge sa peine dans une cellule de la prison de Mons. Jean Richepin parle de cette rencontre comme d'une soudaine récidive dont les détails furent étrangement improvisés. De la part de Rimbaud qui ne veut pas retourner à Charleville, il s'agirait d'une manière d' "enlèvement". Brusquement, les deux hommes décident de quitter le continent : ils partent pour Londres où ils vivront ensemble pendant trois mois.
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Quatre années les séparent : avec ses yeux clairs et ses dix-neuf ans, "avec son allure de paysan, ses grandes mains et ses grands pieds, ses cheveux en chaume", Rimbaud est le plus jeune. Ce couple n'est pas assorti : Nouveau dont on disait qu'il était "le plus petit des bipèdes", mesure 1 m 57. Ils ne sont pas à l'abri du besoin ; ils prennent location dans une room du 178 Stamford Street, près de la Tamise et du pont de Waterloo. Le 26 mars, Germain Nouveau confie dans une lettre adressée à Richepin, que "Londres, à l'arrivée, m'a produit une impression d'étouffement physique et moral : lumière d'éclipse, odeur de musc et de charbon dans les rues, têtes d'Anglais sans expression, un grand mouvement sans bruit de voix". Ce "fils du soleil" n'affectionnera jamais "les brouillards saligots". Rimbaud et Nouveau essaient de vivre de petits boulots, proposent aux Londoniens des cours de français ou bien de dessin. Le 4 avril, ils demandent une carte de lecture au British Library Museum. Ils mettent ensemble, au net des poèmes qui feront partie des Illuminations : à deux reprises, sur les pages du manuscrit des poèmes Villes et Métropolitain, on reconnait l'écriture de Nouveau à côté de celle de Rimbaud.


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 Manuscrit des Illuminations, Le titre Villes est de la main de Rimbaud, le texte qui suit, de la main de Nouveau.


Leur vie à deux fut terriblement secrète. Il faut relire Mendiants, l'un des sommets de l'oeuvre de Germain Nouveau. Leur relation semble avoir très sèchement basculé : "Nous avons tant suivi le mur de mousse grise ... Il ne devait rester qu'une ironie immonde,  / Une langueur des yeux détournés sans efforts". Après sa rupture avec Rimbaud, Nouveau garde le silence. Germain est-il l'auteur ou bien le simple copiste et secrétaire de certains textes composés pendant ce séjour à Londres ? Peut-on aller jusqu'à imaginer qu'en totalité, ou bien pour certaines de ses parties, Les Illuminations soient une oeuvre de Rimbaud et Nouveau comme les Champs magnétiques sont une oeuvre de Philippe Soupault et d'André Breton? Les spécialistes en discutent, un livre qui sera publié chez Honoré Champion fin octobre 2014 apportera des éclaircissements sur cette controverse.


Cet écrivain fut capable du meilleur. Il connaîtra un immense oubli ou bien un "accueil entre doux et hagard". Certains de ses textes sont incroyablement dissonants, étourdis, disparates et négligents. On peut trouver mièvres ou bien épouvantablement catholiques un grand nombre de ses écrits qui ne se démarquent jamais de visibles influences. André Breton qui plaçait très haut "son aptitude à la désertion", estimait que dans cette oeuvre, il fallait au mieux sauver trente de ses poèmes et quelques-uns des tableaux qu'il avait entrevus. Pas davantage ! Pour sa part et maintes fois, Germain Nouveau s'opposa vivement aux propositions qu'on lui faisait de publier ses poèmes. Ce fut l'une des obsessions de la fin de sa vie : l'une des qualités paradoxales de cet écrivain, c'est son farouche refus de faire carrière, son désir d'abstention, la volonté qu'il avait de disparaître et de ne pas laisser de traces derrière lui.

Ces glissements et ces contradictions ne concernent pas uniquement le destin d'une personne. Germain Nouveau vénérait Mallarmé, "mon premier dieu". A l'âge de 23 ans, il noue cette rencontre avec Arthur Rimbaud et devient quelques saisons plus tard l'un des grands amis de Paul Verlaine qu'il écoute et dont il suit les préceptes et les injonctions. Ernest Delahaye, qui fut son fidèle ami et qui préfaça son premier recueil posthume, en témoigne à maintes reprises : Nouveau est au coeur d'un triangle essentiel pour l'avenir de la poésie française. Il fait pleinement partie de La Révolution des Sept que pointera Pierre-Olivier Walzer, la génération des poètes qui surgit au début des années 1870. Dans ses courriers personnels, exactement comme les amis de Rimbaud, Germain Nouveau prend l'habitude de ponctuer avec toutes sortes de digressions, graphismes sauvages, jeux de mots cocasses et caricatures rapides, le déroulement de ses lettres : la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, plusieurs expositions et publications feront connaître leurs épistoles. Avec Verlaine et Delahaye, Nouveau ne cessera jamais d'évoquer Chose, Tronche ou bien Rimbald le marin : le météore qu'ils n'auront jamais vraiment compris est constamment au centre de leurs préoccupations et de leurs discussions.


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Vers Marseille, détails d'un dessin de  G. Nouveau illustrant les étapes  d'un voyage de Paris à Marseille, dans le train, puis en voiture à cheval, avec "chaleur à flots".

Ce dépossédé fut "l'homme de toutes les tentations et de toutes les tentatives". Ses biographes dressent une liste inévitablement incomplète de ses domiciles et de ses vicissitudes. Bruxelles, Londres ou bien Paris, Guernesey où il retrouva Richepin, Arras et les Ardennes où il revenait voir Verlaine furent quelques-unes de ses premières destinations. Il mène joyeuse vie, tombe malade, sollicite des congés. Sa foi s'approfondit, le personnage de saint Benoît Labre que Verlaine l'invite à méditer, devient son modèle de vie. En 1884, il accepte de partir pour le Liban : on lui propose un poste de professeur de dessin et de français. Une aventure amoureuse et divers problèmes avec son administration de tutelle l'obligent à écourter son séjour. Il est rapatrié depuis Alexandrie, au terme d'un périple qui lui permet de visiter les Lieux Saints.


Ses sources d'inspiration sont multiples. Il affectionne les chansons populaires qu'une vieille dame de son village perché lui fait connaître, éprouve une grande passion pour une jeune femme à qui l'on attribue le prénom de Valentine, assume divers postes dans plusieurs villes de province, à Remiremont et dans  l'académie de Grenoble, obtient d'être nommé à Paris en 1889. Hormis le fait que son existence est pleine de contradictions, de fragilités, d'inconstances et de fréquents abus d'alcool et de liqueurs, rien ne laisse véritablement présager la crise mystique qui le frappe en mai 1891, pendant un cours de dessin, dans une salle du lycée Janson-de-Sailly : il se déchausse, abandonne ses élèves, sort précipitamment dans la rue, met sa canne au travers de sa bouche, fait sur le trottoir des signes de croix avec sa langue. Il est interné à Bicêtre, pendant cinq mois : on prétend qu'il "est atteint de dépression mélancolique".

Son nomadisme devient permanent, son insertion sociale se délite profondément. Il voudrait suivre un noviciat dans une maison religieuse, repart pour la Belgique, Londres et Bruxelles. Ses choix sont faits, il pense plus que jamais à l'exemple de saint Benoit de Labre, effectue à pied un premier pèlerinage jusqu'à Rome pendant l'été de 1892. Les Italiens l'expulsent, son identité se précise : "Je suis pauvre et mendiant. Mendicus sum et pauper". Germain Nouveau ne boit plus. Sa santé continue de s'altérer, des rhumatismes le font grandement souffrir. En 1893,  il habite à Marseille au 59 de la rue des Grands-Carmes, décide de prendre un bateau pour Alger. Depuis ce port, le courrier qu'il adresse à Rimbaud, le 12 décembre 1893, relève d'une légende qui achève de faire comprendre qu'il a perdu pied. Sa lettre est désarmante : Germain Nouveau ignore que la vie de son ami s'est achevée à Marseille, deux années auparavant.

Mon cher Rimbaud,
Ayant entendu dire à Paris que tu habitais Aden depuis pas mal de temps, je t'écris à Aden à tout hasard et pour plus de sûreté je me permets de recommander ma lettre au consul de France à Aden.
Je serais très heureux d'avoir de tes nouvelles directement, très heureux.
Quant à moi, voici : c'est simple. Je suis à Alger, en qualité de professeur de dessin en congé, avec un étique traitement et en train de soigner (mal) mes rhumatismes.
Il m'est venu une idée que je crois bonne. Je vais avoir en ma possession bientôt une certaine somme, et voudrais ouvrir une modeste boutique de peintre décorateur.
Il y a peu à faire à Alger, ville tuante ; j'ai pensé à l'Egypte, que j'ai déjà habitée plusieurs mois il y a sept ans ; puis enfin à Aden, comme étant une ville plus neuve, et où il y aurait plus de ressources, à mon point de vue, s'entend.
Je te serais reconnaissant de me dire ce que vaut cette idée et de bourrer ta bonne lettre d'une floppée de renseignements.
N'ai pas vu Verlompe depuis bientôt deux ans, non plus que Delahuppe. L'un est célèbre, et l'autre est au Ministère de l'Instruction publique comme rédacteur, ce que tu sais peut-être aussi bien que moi.
J'attends pour couvrir mon épistole de bavardages plus longs, que tu m'aies fait réponse.
Ton vieux copain d'antan bien cordial,
G. Nouveau, 11, rue Porte-Neuve, Alger.
Je suis en train d'apprendre l'arabe, sais l'anglais, et l'italien ; ne peut être qu'utile à Aden.

 

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Enveloppe du courrier de Nouveau vers Rimbaud, le consulat d'Aden l'avait retourné à Roche, dans les Ardennes.


Il revient à Marseille, 14 rue Fortia, près du Vieux Port, en 1896. Depuis Aix-en-Provence où on l'aperçoit en janvier 1897, il fait d'ultimes démarches pour redevenir fonctionnaire de l'Instruction publique. Nommé en octobre 1897 à Falaise dans le Calvados, il démissionne au bout d'une semaine. Aix-en-Provence devient son port d'attache principal pendant douze années. Ses domiciles successifs dans la cité de sa jeunesse - la plupart du temps, une pièce sous les combles - se situent au 15 de la rue des Marseillais, au 13 de la rue Aude, au 8 de la rue Annonerie Vieille ainsi qu'au 7 de la rue de l'Ecole. Sa trace se perd fréquemment : il reprend la route, propose ici et là des portraits qu'il dessine en échange de maigres pitances.


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Salle de lecture de la bibliothèque Méjanes, autrefois installée dans l'Hôtel de Ville d'Aix.

 

Dans Aix, on l'aperçoit souvent au premier étage de l'Hôtel de Ville, dans les locaux de la bibliothèque Méjanes du conservateur Edouard Aude dont les registres permettent de dater et de préciser ses centres d'intérêt, qui restent multiples : à côté du Nouveau Testament, pendant les années 1897-1901, il demande à lire longuement, tôt le matin et souvent pendant toute un journée, des ouvrages d'Alain Chartier, des dictionnaires et des précis de grec, Eschyle, Euripide, Sophocle, Suétone, Virgile, Pétrarque, Boileau, Buffon ou bien Scarron, les Poésies de François I, les oeuvres de Jean-Baptiste Gresset, la Gazette des Beaux-Arts, plusieurs revues et l'encyclopédie Larousse ainsi qu'un livre de Paul Strauss qui s'intitule Paris ignoré. Pendant les premières saisons de cette époque aixoise, Achille Emperaire (16 septembre 1829 - 8 janvier 1898) est encore vivant. Il est troublant d'imaginer que ces deux personnages de la marge artistique et littéraire d'Aix se sont sans doute croisés : les registres de la Méjanes font également état des ouvrages que le vieil ami de Cézanne vient consulter pendant la dernière année de son parcours.


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Un ouvrage d'Alain Chartier consulté par G. Nouveau à la bibliothèque Méjanes.


Nouveau avait pris l'habitude de mendier son pain ou bien quelques sous devant le porche de la cathédrale Saint-Sauveur. Chaque dimanche, Paul Cézanne qui connaissait Germain Nouveau pour l'avoir autrefois fréquenté rue des Moines, chez Nina de Villard, lui remettait un écu. Léo Larguier a raconté cet épisode : "Cézanne allait à la première messe, le dimanche. Il mettait ce jour-là une jaquette, une cravate plus fraîche, une chemise blanche et un de ces chapeaux haut de forme, d'un feutre mat, qu'on appelait alors les Cronstadt ... Une ancienne église dans un matin de cloches, un matin d'été, bleu d'outre-mer, sur la place de la sous-préfecture la plus endormie, calme de toute la paix qui était sur la vieille Europe modérée et que nous ne retrouverons sans doute plus ...
Sous le porche, un homme à barbiche blanche, maladroit et inquiet, à côté d'un soldat, d'un tourlourou de l'époque où le troupier s'appelait Pitou dans les bouis-bouis et les alcazars...
C'était Paul Cézanne et c'était moi !
Je revis nettement ce matin de dimanche comme une vieille image coloriée qu'on retrouve dans un tiroir.
Un pauvre devant le portail, tendait une tasse de fer blanc, pareille à ces quarts dans lesquels nous buvions le café à goût d'iode, et Cézanne y glissa une pièce de cinq francs.
Il me prit par le bras, et quand nous eûmes fait quelques pas, il regarda derrière lui et il me dit :
"C'est Germain Nouveau !"
J'ai beau chercher aujourd'hui. Je revois exactement cette scène, mais je ne me souviens plus du visage de l'homme auquel le vieux peintre fit l'aumône.
Je compris qu'il devait le redouter sourdement, et que c'était peut-être une façon de se concilier le vieux vagabond qu'il estimait probablement dangereux".


Pendant ce début de XX° siècle, Nouveau revient aussi à Paris où ses amis le rencontrent quelquefois, entre 1904 et 1907. On le surprend "rue de Verneuil, cherchant crochet en main, sa nourriture dans les poubelles". Il effectue en 1906 un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. D'autres voyages à pied "par petites étapes" l'emmènent à Rome, et puis à Naples. Pendant l'été de 1909, il est de nouveau à Alger. En décembre de la même année, il se rend en Espagne, tente vainement de faire partie d'une communauté de moines.

En septembre 1911, il a soixante ans. Le cycle de ses voyages se termine, Nouveau décide de se retirer dans son village natal de Pourrières. Son cousin, le buraliste Auguste Moutte l'héberge pendant les premiers mois de son installation. Il trouve un logis. Le 22 novembre 1911, chez maître Dragon, notaire dans son village, il achète "une maison de bas en haut située dans l'enceinte de la commune de Pourrières rue de la Baraque, en très mauvais état" qu'il paie 70 francs et qu'il baptise "La Tour Gombert" : elle avait autrefois appartenu à un personnage qui portait ce nom.


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Nouveau n'a pas totalement renoncé à la vie littéraire. Composer des dessins, des toiles et des portraits est l'une des voies où ses talents continuent de s'exprimer. Ses travaux personnels sont intermittents : il avait ébauché à Aix, en 1910, un Traité d'orthographe. Il continue de protester, il se fâche quand il finit par apprendre qu'un livre de ses poèmes a été publié contre sa volonté, en 1904. Il rédige des menaces de poursuite en justice quand son ami Larmandie lui propose de nouvelles éditions. Par contre, en juin 1912, il fait imprimer à ses frais, près de la place du Palais de Justice d'Aix, 5 rue Emeric David, chez E. Tournel, six exemplaires d'une brochure de huit pages qu'il titre Ave Maris Stella, paraphrase rimée. Quelques jours plus tard, il dépose cette plaquette auprès des Aixois Marcel Provence et Jean Faubreton qui animent une revue, Les Quatre Dauphins. Il expédie un autre exemplaire de cet ex-voto chez Ernest Delahaye. Rimbaud continue d'être l'une de ses préoccupations : le 27 mai 1912, il demande à Delahaye, "pour un de mes amis", une copie d'Ophélie. Le 31 décembre 1912, il écrit au même Delahaye qu'il envisage de créer "un journal mensuel rédigé sur carte postale" : de fait, il enverra quelques spécimens de ce mail-art à Jean Richepin ainsi qu'à ses cousins de Marseille.

Au village, il a deux relations : son cousin, le tailleur Silvy et le menuisier de la Grand'rue. L'un de ses voisins, Marius Bonnet raconte au peintre Henri Landier que " pour l'hiver il avait un pardessus très long ; il avait toujours des pantalons qui étaient longs, qui étaient retroussés sur les souliers". Les deux religieuses de l'hospice de Pourrières lui donnent l'essentiel de sa nourriture quotidienne, six cents grammes de pain. Il jeûne souvent, refuse catégoriquement quand on lui propose des bons de viande. On raconte qu'il passe ses nuits en prières et qu'il s'administre la discipline avec une ceinture de cuir. Sur un mur de sa maison, il aurait écrit en lettres majuscules le mot SILENCE.  Il assiste aux offices religieux de l'église du village : il préfère se tenir immobile parmi les derniers rangs, tout près des fonts baptismaux. Il a de bons rapports avec le curé de Pourrières, l'abbé Roubert qui quitte le village en 1919.

Pour qui affectionne la route, le vieux démon de la marche ne peut jamais s'éteindre. Je ne peux pas croire que Germain Nouveau soit devenu complètement sédentaire. Il faut l'imaginer revenant de temps à autre à Aix-en-Provence, se dirigeant vers la chapelle Notre-Dame du Bois proche de l'ancien couvent des Minimes, ou bien gravissant la pente qui conduit vers Rians lorsqu'il confectionne les fagots de ses feux de cheminée. En dépit des privations et du farouche retrait qu'il pouvait s'infliger, il me semble que demeurait profonde et magnifiquement vivante, la présence de la montagne toute proche qu'il connaissait depuis toujours : pour qui veut bien regarder et saluer, près de Pourrières, l'extrémité de la chaîne de la Sainte-Victoire, c'est presque le Tibet...

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Pourrières et le versant est de la Sainte-Victoire, photographie de François Mouren-Provensal.

En 1920, année du décès de Germain Nouveau, Pourrières ne compte plus que 950 habitants, sa population a considérablement décru : un demi-siècle auparavant, en 1870, on  dénombrait "1800 âmes". Un équilibre ancien s'est rompu, la crise du phylloxéra a bouleversé une économie axée sur la culture de la vigne. D'autres éléments se sont effondrés : les hommes ont été mobilisés pendant la Première Guerre mondiale, certains ne sont pas revenus.

Pendant la semaine de Pâques, les voisins de Germain Nouveau s'étonnent de ne pas apercevoir au cours des offices religieux la silhouette qui leur était familière. Ils alertent les autorités. Le mercredi 7 avril au matin, le garde-champêtre du village qui s'appelle Jean Lapeyre monte sur une échelle afin d'enfoncer la fenêtre du premier étage de la maison du vagabond. Il est décidé de fixer au dimanche de Pâques, le 4 avril de 1920, à onze heures, la date du décès de Germain Nouveau. Sa famille ne se manifeste pas, on l'enterre dans la fosse commune. Le 14 mai 1925, son corps qu'on a reconnu grâce au port de la ceinture de cuir avec laquelle il s'administrait la discipline, est transféré dans le caveau où repose sa mère, Augustine Nouveau-Silvy.


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Au début des années 1960, suite aux démarches effectuées par le conservateur du musée Granet  à Aix-en-Provence, Louis Malbos, auprès de la nièce du poète, Marie-Louise Hart de Keating, trois tableaux de Germain Nouveau entrent dans les collections publiques : le Portrait de sa soeur Laurence, un Portrait de sa filleule Lily et une Nature morte à la pomme coupée et couteau de poche ouvert (ci-dessus, huile sur bois, format 14 x 25 cm). Ce dernier tableau était particulièrement apprécié par André Breton qui avait évoqué dés 1922, lors d'une conférence donnée à Barcelone, "le mendiant étincelant". Son exposé commençait ainsi : "Il rôde actuellement par le monde quelques individus pour qui l'art, par exemple, a cessé d'être une fin".

Alain Paire.

Parmi les plus récentes publications réalisées autour de Germain Nouveau, on citera aux éditions Plaine Page, Germain Nouveau 2002, textes de Julien Blaine, Francis Combes, Liliane Giraudon, Frédérique Guétat-Liviani, Claude Lenzi, Véronique Vassiliou et Jean-Jacques Viton.  Par Jacques Lovichi, avec une préface de Jean-Max Tixier, Germain Nouveau, précurseur du surréalisme, éditions Autres Temps, 2005.  Dans l'Encyclopédia Universalis, la notice Germain Nouveau indique qu'il s'agit d'un "cas unique dans l'histoire des lettres européennes, si l'on excepte celui du romancier de langue allemande Robert Walser".


Il faut saluer l'immense travail mené par trois amis, Pascale Vandegeerde, Jean-Philippe de Wind et Guillaume Zeller qui ont mené à bien la publication des trois Cahiers Germain Nouveau parus depuis 2008. Le troisième numéro de cette publication est paru en 2011, il s'agit d'une abondante et très complète  Bibliographie de Nouveau (adresse électronique, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) En 2009, Pascale Vandegeerde et Jean-Philippe de Wind éditaient sous l'enseigne de la Société de Découragement de l'Escrime Bruxelles-Liège, Quelques premiers vers. (pour cette publication, une adresse mail, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ).

Parmi les sérieux apports des Cahiers Germain Nouveau, on signalera la publication des actes notariés concernant la maison de Nouveau à Pourrières : l'inventaire de la succession mobilière détruit la légende selon laquelle Nouveau aurait brûlé ses biens avant de mourir. Un article du Cahier I évoque les pseudonymes choisis par Nouveau : ce texte établit clairement que de son vivant, rien ne permet de penser que Germain Nouveau se soit jamais fait appeler Humilis.


Ciotat

La Ciotat, été 2014, trois "novelistes" qui ont énormément  oeuvré pour notre connaissance de Germain Nouveau : Pascale Vandegeerde,  Jacques Lovichi et Jean- Philippe de Wind. 


Depuis 1986, suite à l'initiative d'un groupe d'amis aixois coordonné par Hubert Barral, une Association Germain Nouveau pratique un accueil inconditionnel auprès des exclus d'aujourd'hui. Cette association dont le président est Dominique Mazel fonctionne dans le cadre d'un Pôle Humanitaire basé dans la ZAC du Jas de Bouffan, près des terrains de sport et de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, au 7 de la rue Joseph Diouloufet, 13090 Aix en Provence. Actuellement, autour du petit-déjeuner  puis d'un repas chaud au déjeuner, trente-huit bénévoles et trois salariés se relaient pour proposer aux exclus aixois ou de passage, un service de domiciliation pour recevoir du courrier, des consignes pour préserver des effets personnels, un service de laverie pour le linge, des douches, des lavabos, des toilettes, un accès au téléphone et à internet. L'une des lignes directrices de l'Association Germain Nouveau est la suivante : "Si je ne m'aide pas , qui le fera ? Si je n'aide que moi , qui suis-je ? Et si ce n'est pas maintenant , quand ?"


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Plaque apposée en 1974 sur l'une des tables de la salle du Fonds ancien de la bibliothèque Méjanes. 
 
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