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André Breton et Claude Lévi-Strauss, Marseille/ New York PDF Envoyer
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Vendredi, 15 Février 2013 09:35
Portrait d'André Breton, dessin d'André Masson
Portrait d'André Breton, dessin d'André Masson

Depuis mars 1941 jusqu'au milieu des années cinquante, beaucoup d'estime et d'amitié, un ardent mélange de connivence et de distance réunirent Claude Lévi-Strauss et André Breton. Trois épisodes scandent leurs échanges et leurs confrontations. A compter du 24 mars et jusqu'au 20 avril 1941, entre Casablanca et Fort-de-France, il y eut tout d'abord leurs rencontres et leurs discussions sur le pont du Capitaine-Paul-Lemerle, un navire parti de Marseille (1) qui avait pour destination l'exil aux Etats-Unis.

Plusieurs menaces, de fâcheuses péripéties retardèrent leur arrivée, les migrants n'arrivèrent pas ensemble à New York. André Breton et son épouse Jacqueline Lamba rencontrèrent Aimé Césaire en Martinique, séjournèrent en Guadeloupe et firent escale à Saint Domingue. Ils débarquèrent au début de juillet 1941, quelques semaines après Claude Lévi-Strauss qui effectua un détour par Porto-Rico et découvrit la statue de La Liberté à la fin du mois de mai.

Après quoi, ce fut un temps de compagnonnage et d'amitié dans Grennwich village et les rues de New York. Les chemins de Breton et de Lévi-Strauss ne furent pas vraiment parallèles : ils partagèrent selon des modalités sensiblement différentes la condition de l'exilé. L'une de leurs belles occasions de retrouvailles, ce fut en compagnie de Max Ernst, avec Roberto Matta, Georges Duthuit ou bien Robert Lebel, au n° 943 de la Troisième Avenue, la boutique de l'antiquaire Julius Carlebach. Dans cet espace et pour des prix plus que raisonnables, il eurent la chance d'identifier et d'acquérir pour leurs collections personnelles des objets d'art primitif de belle provenance, principalement des pièces des indiens de la côte ouest du Pacifique.

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Une nouvelle lecture du "Radeau de la Méduse" par Jérôme Thélot PDF Envoyer
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Jeudi, 14 Février 2013 16:02

Gericault

Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse, partie centrale du tableau, Paris, musée du Louvre.

Comme il est probable qu'une petite exposition regroupant quelques dizaines d'œoeuvres choisies apprenne davantage sur un artiste qu'une exténuante "rétrospective" à prétention plus ou moins exhaustive, il est certain qu'un petit livre de moins de cent pages, à l'écriture serrée et vive, peut suffire à faire prendre toute la mesure d'un chef-d'œoeuvre sur lequel des milliers de pages ont déjà été écrites. Cette nouvelle réjouissante, la parution de l'essai de Jérôme Thélot sur Le radeau de la Méduse [1] nous la confirmerait aujourd'hui, s'il en était besoin. À partir d'une érudition irréprochable, qui n'ignore rien des acquis de l'histoire de l'art (ceux-là mêmes que les commentateurs "littéraires" ont souvent tendance à négliger, emportés par leurs intuitions), l'auteur s'efforce de saisir le sens profond de l'œoeuvre, au delà de sa signification politique, qui très tôt fut repérée et analysée.



Le livre a donc une visée clairement philosophique : l'immense tableau devant lequel infailliblement s'arrêtent les visiteurs du musée du Louvre ne cacherait pas seulement un manifeste républicain jeté à la figure de la Restauration, mais une méditation sur le sens de la vie, que Jérôme Thélot rattache à juste titre à la notion de sublime. Le tableau de Géricault semble en effet concilier génialement ce que le XVIIIe siècle avait compris sous ce mot : un spectacle qui, selon les auteurs, produit tantôt une impression au fond assez agréable (le "delight" de Burke) où se mêlent l'effroi et la certitude qu'il n'y a rien à craindre vraiment ; tantôt (chez Kant) une sorte d'exaltation parce que la Raison s'y révèle en résistant aux puissances de l'imagination. Le radeau de la Méduse suscite bien ce double mouvement contradictoire d'abaissement et d'élévation, d'inquiétude immédiate puis de soulagement : ses dimensions, sa gamme chromatique sombre (accentuée, comme l'on sait, par l'action  du bitume de la couche de fond sur les pigments) et son premier plan jonché de cadavres, créent d'emblée une anxiété diffuse, irrépressible, mais le regard du spectateur s'élève jusqu'au chiffon agité par l'homme noir au sommet de la pyramide des corps, et distingue, au loin, la petite voile blanche qu'il sait salvatrice.
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"La plus vieille énigme de l'Humanité", un livre de Bertrand David et Jean-Jacques Lefrère PDF Envoyer
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Mardi, 12 Février 2013 20:38
Chauvet

Panneau des lions, (détail) grotte Chauvet, Ardèche.

Un livre fondamental sur les peintures préhistoriques vient de paraître, dont il importe de parler car – et c’est là le premier intérêt de ce livre, et ce qui lui vaut hélas si peu d’échos parmi les spécialistes –, il est écrit par un dessinateur et non par un préhistorien, un dessinateur qui regarde les peintures préhistoriques en homme de métier et commence par s’étonner de la pratique qu’elles révèlent chez ces pairs lointains. Ceci par exemple : l’absence de reprises dans le tracé des peintures pariétales, signe d’une maîtrise évidente qui n’est pas même mise en défaut dans les peintures superposées pourtant susceptibles de troubler des mains aguerries, mais qui ne s’acquière chez un dessinateur normalement doué qu’au prix d’une vingtaine d’années d’apprentissage. D’où l’hypothèse parfois proposée de l’existence d’"écoles", que l’auteur rejette, un tel type de transmission s’accordant mal avec le mode de vie nomade des hommes préhistoriques. En outre, et c’est une autre remarque importante, si ces artistes préhistoriques excellent dans les représentations animales, ils sont à peine capables d’esquisser une silhouette humaine. Ils ne montrent guère d’originalité non plus : on ne décèle dans leurs œuvres aucune évolution stylistique ni même aucune variation dans la représentation de motifs dont la répétition s’échelonne pourtant sur trente mille ans. Autre exemple qui surprend l’homme de métier : le fait que parmi les peintures inachevées qu’ont laissées ces hommes d’un autre temps, certaines ne montrent que les membres antérieurs de l’animal, preuve que les peintres préhistoriques pouvaient commencer le dessin d’un animal par sa partie la moins importante d’un point de vue plastique, celle qui donne le moins de repères. Aucun dessinateur ne procède de cette façon. Inutile de multiplier les exemples : ceux-ci suffisent à dire que c’est en praticien que réagit l’auteur de ce livre, pour dire d’abord son incompréhension du geste de ces peintres préhistoriques. En enseignant que la quête de la représentation "réaliste" du monde n’apparaît pas avant l'Antiquité, puis la Renaissance, l'histoire de l'art confirme la pertinence de ces questions : en  effet, comment comprendre que cette quête, sensible dans les peintures préhistoriques, ait pu durer trente millénaires pour disparaître ensuite avant d’être reprise, d'ailleurs sur un tout autre mode ?

Les questions de l’auteur dessinateur face aux peintures préhistoriques sont d’ordre technique ; sa réponse l’est aussi. Certes, il s’agit d’une hypothèse - que je laisse le soin aux lecteurs de découvrir -, mais cette hypothèse est inédite et riche de conséquences facilement observables : elle répond en effet à beaucoup d'interrogations laissées jusqu'ici sans réponses et rend compte de certaines incohérences également inexpliquées. Bref, tout à fait convaincante, elle mérite d’être examinée sérieusement et exige en tout cas une réponse des préhistoriens dans la mesure où elle remet en cause de nombreuses conceptions sur l’art pariétal. À cet égard, il faut souligner la rigueur de son auteur qui s’est appliqué non seulement à soumettre son hypothèse à différentes expériences pratiques,  mais aussi à chercher dans les écrits « scientifiques » ce qui pourrait l'invalider, tout en prenant la précaution de la faire contrôler par un chercheur – d’où la double signature du livre. Et ce n’est pas le moindre mérite de ce travail d’honnête homme de constater que son auteur ne tire aucun orgueil de ce qui semble bien être une découverte, et même, ici ou là, en est presque gêné tant elle lui paraît évidente.

Si l’hypothèse concerne la technique des peintres préhistoriques, le procédé qu’ils ont utilisé pour réaliser ces peintures, elle permet cependant à son auteur de conclure en débordant la question de la pratique pour celle de la signification. Là encore, la simplicité du raisonnement est frappante et mérite réflexion. Notant que l’art pariétal a duré pendant trente mille ans, l’auteur poursuit en remarquant qu’« une tradition ne dure aussi longtemps que si elle est indispensable. Et si elle a été indispensable à nos aïeux pendant trente mille ans, il y a tout lieu de penser qu’elle nous est aussi indispensable, et que l’on doit trouver son équivalent dans toutes les civilisations du monde ». Cette tradition, ce culte que l’on retrouve sous toutes les latitudes et à toutes les époques, c’est le besoin de conserver et d’honorer la mémoire des morts. Comment les peintures pariétales peuvent-elles être comprises comme un élément de ce culte alors qu’elles ne représentent que des animaux et sont exécutées dans des lieux dont on sait qu’ils ne sont pas des sépultures ? Là encore, si elle s’appuie cette fois sur l’anthropologie, l’interprétation de l’auteur est convaincante et mérite d’être prise en compte, et réclame que les spécialistes lui répondent en argumentant, c’est-à-dire autrement que d’un revers de main révélateur d’un insupportable mépris.

Hélène Prigent.

La plus vieille énigme de l’Humanité, un livre de Bertrand David et Jean-Jacques Lefrère. Paris, Fayard, janvier 2013.

couverture La plus vieille énigme de l'humanité

 
1937-1945 : Ferdinand Springer, entre New-York, Grasse, Les Milles et la Suisse. PDF Envoyer
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Vendredi, 18 Janvier 2013 14:33

springer à Forcalquier

Ferdinand Springer, à Forcalquier, 1940.

Le Site-Mémorial du Camp des Milles programme du 13 juillet au 8 septembre 2013 une exposition consacrée à la trajectoire de Ferdinand Springer. Peintre et graveur, cet artiste dont le parcours traverse la presque totalité du vingtième siècle (1907-1998) résiste aux tentatives de classement. Survenue dans un moment particulier de l'histoire européenne, une césure affecte son travail. Au lendemain de son internement au
camp des Milles, Ferdinand Springer acheva de comprendre qu'un monde ancien venait de s'écrouler : il lui fallait trouver un nouveau langage, il devait délaisser la figuration ainsi qu'un style qu'il qualifie lui-même de "romantisme antiquisant". Dans le prolongement de cette décision, de multiples recherches et influences - entre autres, son amitié pour Hans Arp et Alberto Magnelli qu'il cotôyait pendant la guerre à Grasse, ensuite sa découverte à Berne de l'atelier de Paul Klee - relancèrent sa réflexion.

Pendant l'été 2012, son fils Mathias Springer m'a convié pour revoir son atelier, son jardin et sa maison, dans le silence et le calme des abords de Grasse. Mathias m'a rappelé à quel point son père et sa mère aimaient se rapprocher aussi souvent que possible de l'Italie. A l'âge de quinze ans, alors qu'il n'avait pas encore fait ses grands choix de vie, Ferdinand Springer avait découvert Ravenne, Florence et Venise : dans ses entretiens avec Emmanuelle Foster (1), il raconte que "cette première impression ne s'est jamais effacée". Les parents de Mathias Springer avaient résolument choisi de vivre dans le Midi, ils encoururent à ce propos les reproches de leurs amis qui estimaient que cet éloignement ne convenait pas pour la carrière d'un artiste. Ferdinand et Marcelle Springer avaient pourtant décidé de déserter Paris. Leur implantation dans le sud-est de la France leur permettrait de franchir promptement la frontière : ils rejoignaient fréquemment Florence et Sienne, Jacopo da Pontormo et Simone Martini qu'ils vénéraient.    
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Paule du Bouchet, Bounoure, Starobinski, Quignard, Bonnefoy. Articles parus dans le site Poezibao. PDF Envoyer
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Dimanche, 06 Janvier 2013 15:41
Thierry_Bouchard
Thierry Bouchard, photographie du milieu des années soixante-dix (Archives familiales).

22 août 2008, Florence Trocmé avait immédiatement acquiescé à ma demande. Je voulais que soit partagée l'annonce de la disparition d'un ami, je souhaitais que soit mieux connue la trajectoire de l'éditeur, poète et typographe Thierry Bouchard.

Depuis cette première fois, Poezibao et Florence Trocmé publient des chroniques que je rédige à propos d'expositions et parutions de livres, principalement dans le domaine de la poésie. L'espace de liberté de ce site est étonnamment fréquenté, sa moyenne quotidienne dépasse souvent le chiffre de 900  visiteurs. Les annonces de Poezibao se démultiplient avec d'autres services de veille qui se renouvellent constamment, comme "Scoop-it de Poezibao" "Qui si je criais ?, et "Espace-revues". Parmi les contributeurs les plus réguliers du site on trouve des signatures comme celles d'Ariane Dreyfus, Anne Malaprade et Antoine Emaz. Tous ceux qui souhaitent recevoir les informations et l'anthologie quotidienne de Poezibao peuvent s'abonner ici. Pour répertorier les 31 articles qu'il m'est arrivé de publier dans ce site, j'ai mis à jour la liste qui suit :

18 décembre 2008, sur ce lien, "Henry-Louis Mermod, éditeur de Michaux, Ponge, Roud et Jaccottet".

15 janvier 2009, sur ce lien, "Autobiographie succinte de Louis Pons".

21 janvier 2009, sur ce lien, "Alain-Madeleine-Perdrillat".

21 décembre 2009, sur ce lien, "La dispersion de la bibliothèque de Gabriel Bounoure".

25 décembre 2009, sur ce lien, "Jean Starobinski, entretiens avec Gérard Macé"'.

J_Starobinski
Un entretien de Jean Starobinski avec Florian Rodari, milieu des années 80.


7 mai 2010, sur ce lien, "Philippe Jaccottet reçoit le prix Schiller".

11 mai 2010, sur ce lien, "Un Cahier de l'Herne Yves Bonnefoy".

1 juin 2010, sur ce lien, "Pierre Alechinsky et l'écriture".

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Gazette

Gilberto Bosques, consul du Mexique à Marseille : "Ici-Même", 15 cours Joseph Thierry

Choses lues, choses vues | Vendredi, 15 Mars 2013

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1940,  le consul Gilbert Bosques remonte la Canebière (archives Laure Bosques). C'est une opération baptisée Ici-Même 2013 par l'historien Robert Mencherini, le Goethe Institut, Ulrich Fuchs et l'équipe de Marseille/ Provence...

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André Breton et Claude Lévi-Strauss, Marseille/ New York

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Choses lues, choses vues | Samedi, 22 Décembre 2012

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Chroniques et livres d'Alain Madeleine-Perdrillat

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Depuis juillet 2010 - un texte pour une exposition de Vincent Bioulès à Paris - Alain Madeleine-Perdrillat nous a confié quinze articles à propos de la littérature et des arts...

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Jean-Louis Marcos

Choses lues, choses vues | Samedi, 10 Novembre 2012

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Son Portrait figure dans toutes les monographies de Cézanne. Il peut susciter grande émotion chaque fois qu'on le redécouvre dans son logis du musée d'Orsay. Sans cette toile d'imposant format -...

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Un livre déroutant : "Le Dépaysement / Voyages en France" de Jean-Christophe Bailly

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Photographie de Jacqueline Salmon parue dans un autre livre de J-C Bailly, "Rimbaud parti", éd. Marval , 2006. Le défi et le pari du livre de Jean-Christophe Bailly, la...

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1937 / 1940 : Max Ernst, à Saint-Martin d'Ardèche et au camp des Milles

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Les sculptures de Dominique Périer, texte de Gérard Allibert

Choses lues, choses vues | Jeudi, 9 Août 2012

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Solitude, sculpture de Dominique Périer. Sur son site qu'on peut consulter sur ce lien, voici comment Dominique Périer présente son travail : "Depuis quelques années, j'arpente la rivière qui passe...

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