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Une nouvelle lecture du "Radeau de la Méduse" par Jérôme Thélot |
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Choses lues, choses vues
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Jeudi, 14 Février 2013 16:02 |
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Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse, partie centrale du tableau, Paris, musée du Louvre.
Comme il est probable qu'une petite exposition regroupant quelques dizaines d'oeuvres choisies apprenne davantage sur un artiste qu'une exténuante "rétrospective" à prétention plus ou moins exhaustive, il est certain qu'un petit livre de moins de cent pages, à l'écriture serrée et vive, peut suffire à faire prendre toute la mesure d'un chef-d'oeuvre sur lequel des milliers de pages ont déjà été écrites. Cette nouvelle réjouissante, la parution de l'essai de Jérôme Thélot sur Le radeau de la Méduse [1] nous la confirmerait aujourd'hui, s'il en était besoin. À partir d'une érudition irréprochable, qui n'ignore rien des acquis de l'histoire de l'art (ceux-là mêmes que les commentateurs "littéraires" ont souvent tendance à négliger, emportés par leurs intuitions), l'auteur s'efforce de saisir le sens profond de l'oeuvre, au delà de sa signification politique, qui très tôt fut repérée et analysée.
Le livre a donc une visée clairement philosophique : l'immense tableau devant lequel infailliblement s'arrêtent les visiteurs du musée du Louvre ne cacherait pas seulement un manifeste républicain jeté à la figure de la Restauration, mais une méditation sur le sens de la vie, que Jérôme Thélot rattache à juste titre à la notion de sublime. Le tableau de Géricault semble en effet concilier génialement ce que le XVIIIe siècle avait compris sous ce mot : un spectacle qui, selon les auteurs, produit tantôt une impression au fond assez agréable (le "delight" de Burke) où se mêlent l'effroi et la certitude qu'il n'y a rien à craindre vraiment ; tantôt (chez Kant) une sorte d'exaltation parce que la Raison s'y révèle en résistant aux puissances de l'imagination. Le radeau de la Méduse suscite bien ce double mouvement contradictoire d'abaissement et d'élévation, d'inquiétude immédiate puis de soulagement : ses dimensions, sa gamme chromatique sombre (accentuée, comme l'on sait, par l'action du bitume de la couche de fond sur les pigments) et son premier plan jonché de cadavres, créent d'emblée une anxiété diffuse, irrépressible, mais le regard du spectateur s'élève jusqu'au chiffon agité par l'homme noir au sommet de la pyramide des corps, et distingue, au loin, la petite voile blanche qu'il sait salvatrice.
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"La plus vieille énigme de l'Humanité", un livre de Bertrand David et Jean-Jacques Lefrère |
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Choses lues, choses vues
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Mardi, 12 Février 2013 20:38 |

Panneau des lions, (détail) grotte Chauvet, Ardèche.
Un livre fondamental sur les peintures préhistoriques vient de paraître, dont il importe de parler car – et c’est là le premier intérêt de ce livre, et ce qui lui vaut hélas si peu d’échos parmi les spécialistes –, il est écrit par un dessinateur et non par un préhistorien, un dessinateur qui regarde les peintures préhistoriques en homme de métier et commence par s’étonner de la pratique qu’elles révèlent chez ces pairs lointains. Ceci par exemple : l’absence de reprises dans le tracé des peintures pariétales, signe d’une maîtrise évidente qui n’est pas même mise en défaut dans les peintures superposées pourtant susceptibles de troubler des mains aguerries, mais qui ne s’acquière chez un dessinateur normalement doué qu’au prix d’une vingtaine d’années d’apprentissage. D’où l’hypothèse parfois proposée de l’existence d’"écoles", que l’auteur rejette, un tel type de transmission s’accordant mal avec le mode de vie nomade des hommes préhistoriques. En outre, et c’est une autre remarque importante, si ces artistes préhistoriques excellent dans les représentations animales, ils sont à peine capables d’esquisser une silhouette humaine. Ils ne montrent guère d’originalité non plus : on ne décèle dans leurs œuvres aucune évolution stylistique ni même aucune variation dans la représentation de motifs dont la répétition s’échelonne pourtant sur trente mille ans. Autre exemple qui surprend l’homme de métier : le fait que parmi les peintures inachevées qu’ont laissées ces hommes d’un autre temps, certaines ne montrent que les membres antérieurs de l’animal, preuve que les peintres préhistoriques pouvaient commencer le dessin d’un animal par sa partie la moins importante d’un point de vue plastique, celle qui donne le moins de repères. Aucun dessinateur ne procède de cette façon. Inutile de multiplier les exemples : ceux-ci suffisent à dire que c’est en praticien que réagit l’auteur de ce livre, pour dire d’abord son incompréhension du geste de ces peintres préhistoriques. En enseignant que la quête de la représentation "réaliste" du monde n’apparaît pas avant l'Antiquité, puis la Renaissance, l'histoire de l'art confirme la pertinence de ces questions : en effet, comment comprendre que cette quête, sensible dans les peintures préhistoriques, ait pu durer trente millénaires pour disparaître ensuite avant d’être reprise, d'ailleurs sur un tout autre mode ?
Les questions de l’auteur dessinateur face aux peintures préhistoriques sont d’ordre technique ; sa réponse l’est aussi. Certes, il s’agit d’une hypothèse - que je laisse le soin aux lecteurs de découvrir -, mais cette hypothèse est inédite et riche de conséquences facilement observables : elle répond en effet à beaucoup d'interrogations laissées jusqu'ici sans réponses et rend compte de certaines incohérences également inexpliquées. Bref, tout à fait convaincante, elle mérite d’être examinée sérieusement et exige en tout cas une réponse des préhistoriens dans la mesure où elle remet en cause de nombreuses conceptions sur l’art pariétal. À cet égard, il faut souligner la rigueur de son auteur qui s’est appliqué non seulement à soumettre son hypothèse à différentes expériences pratiques, mais aussi à chercher dans les écrits « scientifiques » ce qui pourrait l'invalider, tout en prenant la précaution de la faire contrôler par un chercheur – d’où la double signature du livre. Et ce n’est pas le moindre mérite de ce travail d’honnête homme de constater que son auteur ne tire aucun orgueil de ce qui semble bien être une découverte, et même, ici ou là, en est presque gêné tant elle lui paraît évidente.
Si l’hypothèse concerne la technique des peintres préhistoriques, le procédé qu’ils ont utilisé pour réaliser ces peintures, elle permet cependant à son auteur de conclure en débordant la question de la pratique pour celle de la signification. Là encore, la simplicité du raisonnement est frappante et mérite réflexion. Notant que l’art pariétal a duré pendant trente mille ans, l’auteur poursuit en remarquant qu’« une tradition ne dure aussi longtemps que si elle est indispensable. Et si elle a été indispensable à nos aïeux pendant trente mille ans, il y a tout lieu de penser qu’elle nous est aussi indispensable, et que l’on doit trouver son équivalent dans toutes les civilisations du monde ». Cette tradition, ce culte que l’on retrouve sous toutes les latitudes et à toutes les époques, c’est le besoin de conserver et d’honorer la mémoire des morts. Comment les peintures pariétales peuvent-elles être comprises comme un élément de ce culte alors qu’elles ne représentent que des animaux et sont exécutées dans des lieux dont on sait qu’ils ne sont pas des sépultures ? Là encore, si elle s’appuie cette fois sur l’anthropologie, l’interprétation de l’auteur est convaincante et mérite d’être prise en compte, et réclame que les spécialistes lui répondent en argumentant, c’est-à-dire autrement que d’un revers de main révélateur d’un insupportable mépris.
Hélène Prigent.
La plus vieille énigme de l’Humanité, un livre de Bertrand David et Jean-Jacques Lefrère. Paris, Fayard, janvier 2013.
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1937-1945 : Ferdinand Springer, entre New-York, Grasse, Les Milles et la Suisse. |
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Choses lues, choses vues
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Vendredi, 18 Janvier 2013 14:33 |
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Ferdinand Springer, à Forcalquier, 1940.
Le Site-Mémorial du Camp des Milles programme du 13 juillet au 8 septembre 2013 une exposition consacrée à la trajectoire de Ferdinand Springer. Peintre et graveur, cet artiste dont le parcours traverse la presque totalité du vingtième siècle (1907-1998) résiste aux tentatives de classement. Survenue dans un moment particulier de l'histoire européenne, une césure affecte son travail. Au lendemain de son internement au camp des Milles, Ferdinand Springer acheva de comprendre qu'un monde ancien venait de s'écrouler : il lui fallait trouver un nouveau langage, il devait délaisser la figuration ainsi qu'un style qu'il qualifie lui-même de "romantisme antiquisant". Dans le prolongement de cette décision, de multiples recherches et influences - entre autres, son amitié pour Hans Arp et Alberto Magnelli qu'il cotôyait pendant la guerre à Grasse, ensuite sa découverte à Berne de l'atelier de Paul Klee - relancèrent sa réflexion.
Pendant l'été 2012, son fils Mathias Springer m'a convié pour revoir son atelier, son jardin et sa maison, dans le silence et le calme des abords de Grasse. Mathias m'a rappelé à quel point son père et sa mère aimaient se rapprocher aussi souvent que possible de l'Italie. A l'âge de quinze ans, alors qu'il n'avait pas encore fait ses grands choix de vie, Ferdinand Springer avait découvert Ravenne, Florence et Venise : dans ses entretiens avec Emmanuelle Foster (1), il raconte que "cette première impression ne s'est jamais effacée". Les parents de Mathias Springer avaient résolument choisi de vivre dans le Midi, ils encoururent à ce propos les reproches de leurs amis qui estimaient que cet éloignement ne convenait pas pour la carrière d'un artiste. Ferdinand et Marcelle Springer avaient pourtant décidé de déserter Paris. Leur implantation dans le sud-est de la France leur permettrait de franchir promptement la frontière : ils rejoignaient fréquemment Florence et Sienne, Jacopo da Pontormo et Simone Martini qu'ils vénéraient.
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Paule du Bouchet, Bounoure, Starobinski, Quignard, Bonnefoy. Articles parus dans le site Poezibao. |
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Choses lues, choses vues
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Dimanche, 06 Janvier 2013 15:41 |
Thierry Bouchard, photographie du milieu des années soixante-dix (Archives familiales).
22 août 2008, Florence Trocmé avait immédiatement acquiescé à ma demande. Je voulais que soit partagée l'annonce de la disparition d'un ami, je souhaitais que soit mieux connue la trajectoire de l'éditeur, poète et typographe Thierry Bouchard.
Depuis cette première fois, Poezibao et Florence Trocmé publient des chroniques que je rédige à propos d'expositions et parutions de livres, principalement dans le domaine de la poésie. L'espace de liberté de ce site est étonnamment fréquenté, sa moyenne quotidienne dépasse souvent le chiffre de 900 visiteurs. Les annonces de Poezibao se démultiplient avec d'autres services de veille qui se renouvellent constamment, comme "Scoop-it de Poezibao" "Qui si je criais ?, et "Espace-revues". Parmi les contributeurs les plus réguliers du site on trouve des signatures comme celles d'Ariane Dreyfus, Anne Malaprade et Antoine Emaz. Tous ceux qui souhaitent recevoir les informations et l'anthologie quotidienne de Poezibao peuvent s'abonner ici. Pour répertorier les 31 articles qu'il m'est arrivé de publier dans ce site, j'ai mis à jour la liste qui suit :
18 décembre 2008, sur ce lien, "Henry-Louis Mermod, éditeur de Michaux, Ponge, Roud et Jaccottet".
15 janvier 2009, sur ce lien, "Autobiographie succinte de Louis Pons".
21 janvier 2009, sur ce lien, "Alain-Madeleine-Perdrillat".
21 décembre 2009, sur ce lien, "La dispersion de la bibliothèque de Gabriel Bounoure".
25 décembre 2009, sur ce lien, "Jean Starobinski, entretiens avec Gérard Macé"'.
Un entretien de Jean Starobinski avec Florian Rodari, milieu des années 80.
7 mai 2010, sur ce lien, "Philippe Jaccottet reçoit le prix Schiller".
11 mai 2010, sur ce lien, "Un Cahier de l'Herne Yves Bonnefoy".
1 juin 2010, sur ce lien, "Pierre Alechinsky et l'écriture".
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