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Henry de Groux, les désastres de la guerre PDF Envoyer
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Vendredi, 08 Mars 2013 21:35
Henry de Groux
Photographie d'Henry de Groux, vers 1895

Son père était peintre. Henry de Groux était né à Bruxelles le 15 septembre 1866. Il mourut dans un hôtel marseillais du bas de la Canebière, le dimanche 12 janvier 1930. L'histoire et les grandes capitales de l'art l'ont oublié ; à quelques détails près, son sort posthume n'est pas enviable. De Groux vécut les dernières années de sa vie entre Avignon, Marseille et Vernègues où demeuraient sa femme et ses deux filles. Certains traits du village de Vernègues correspondaient à son tempérament : il affectionnait les colonnes de son temple romain, son château féodal et ses ruines provoquées par le tremblement de terre de 1909.

Une rétrospective de ses peintures, de ses estampes et de ses sculptures fut discrètement programmée en 1954, au musée Cantini. En Provence, Henry de Groux participa aux décors de l'Opéra de Marseille architecturé par Gaston Castel ainsi qu'à deux commandes publiques. Lançon a soclé sur une colonne son buste du poète Emmanuel Signoret (1872-1900) qui fut un ami de Joachim Gasquet. La Roque d'Anthéron lui doit son Monument aux Morts, le pathétique bronze d'un soldat essoufflé et embourbé qui brandit un fusil-baïonnette, oeuvre inaugurée en 1924. Le Palais du Roure d'Avignon où Jeanne Flandrezy-Espérandieu l'hébergea pendant plusieurs semestres du début des années 20, conserve son Christ aux outrages, un format monumental de 293 x 353 cm qui fut peint en 1888 - l'artiste avait 22 ans - . Ce Miserere plein d'angoisse et de convulsions suscita les commentaires excessifs de Léon Bloy et les compliments d'Octave Mirbeau. Cette peinture "épouvantablement anormale" avait autrefois façonné sa renommée, à Bruxelles comme à Paris.

Dans son pays natal, De Groux avait très jeune participé aux expositions de l'avant-garde de son époque : il était présent pendant les premières manifestations du Cercle des Vingt d'Octave Mauss qui fut en Belgique le commencement d'un art européen. En février 1887, sept travaux d'Henry de Groux figuraient en proximité avec Ensor, Morisot, Pissarro et Seurat qui montrait alors son Dimanche à la Grande Jatte et plusieurs marines. Son comportement ne fut jamais celui d'un prudent carriériste. Les injures parfaitement déplacées qu'il proféra à l'égard de Van Gogh - De Groux vitupérait ses "exécrables pots-de soleil" - une dispute avec Toulouse-Lautrec et Signac qui prenaient le parti de Vincent, provoquèrent en 1890 sa démission du Groupe des Vingt. Cet épisode confirma ses appartenances post-symbolistes, son obstiné décalage par rapport à la modernité de son temps. Grunenwald, Rubens, Goya et Delacroix le passionnaient : s'il faut le situer, on peut le classer parmi les derniers feux du romantisme, du côté de Gustave Moreau et de Félicien Rops.
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Philippe Jaccottet, traducteur d'Ungaretti PDF Envoyer
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Samedi, 23 Février 2013 18:41
Guiseppe_Ungaretti.jpg
Guiseppe Ungaretti, photographie reproduite dans La Gazette de Lausanne, 7-8 février 1970.

"Jaccottet traducteur d'Ungaretti. 1946-1970", éd. Gallimard, collection Les Cahiers de la Nrf. Edition établie, annotée et présentée par José-Flore Tappy.

Ungaretti et Jaccottet se rencontrèrent en septembre 1946, pendant "une fin d'été romaine". Lorsqu'il eut la chance de lier connaissance avec le poète qui fut avec Gustave Roud et Françis Ponge l'un des trois écrivains qui l'aura le plus profondément influencé, il s'agissait pour l'habitant de Grignan de son tout premier voyage dans le Sud de l'Europe. Jaccottet découvrait l'Italie dont il se souviendra lorsqu'il composera son Libretto, publié en 1990 par les éditions de La Dogana .

Guiseppe Ungaretti parlait et écrivait parfaitement le français. Il pressentit immédiatement les qualités du jeune homme de 21 ans qui deviendra son plus fidèle traducteur. Rome et Paris furent les deux villes où ces personnes se rencontrèrent aussi souvent que possible. "Hasard ou bien destin ?", comme l'indique la préface de cette correspondance, en mars 1951, quelques saisons avant de s'établir dans la Drôme, Jaccottet se logea près de Montparnasse, au 9 de la rue Campagne Première, dans une chambre-atelier proche de l'étage où vécurent, pendant quelques mois de 1921, Ungaretti et son épouse Jeanne Dupoix.

En janvier 1997, dans un entretien confié au Journal de Genève, Jaccottet rappellera que "C'est en le lisant que j'ai appris l'italien. A la fois dans "L'Allegria" et dans la rue, ce qui n'était pas la pire des méthodes". Il appréhendait avec émotion la beauté déchirante de Rome, "pareille à un incendie endormi", la seule ville "qui ait pu lui arracher des larmes". Rome restera, pour Philippe et pour son épouse Anne-Marie Jaccottet, intimement liée au souvenir d'Ungaretti, "homme de peine" passionnément attaché à la perception de la lumière. Au coeur de cette "ville entre toutes aimée", Philippe Jaccottet ressentait profondément "l'exaltation du feu d'été (qui semble à Rome où  Ungaretti s'était alors établi, brûler dans la même pierre jusqu'en plein hiver)".

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Une nouvelle lecture du "Radeau de la Méduse" par Jérôme Thélot PDF Envoyer
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Jeudi, 14 Février 2013 16:02

Gericault

Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse, partie centrale du tableau, Paris, musée du Louvre.

Comme il est probable qu'une petite exposition regroupant quelques dizaines d'œoeuvres choisies apprenne davantage sur un artiste qu'une exténuante "rétrospective" à prétention plus ou moins exhaustive, il est certain qu'un petit livre de moins de cent pages, à l'écriture serrée et vive, peut suffire à faire prendre toute la mesure d'un chef-d'œoeuvre sur lequel des milliers de pages ont déjà été écrites. Cette nouvelle réjouissante, la parution de l'essai de Jérôme Thélot sur Le radeau de la Méduse [1] nous la confirmerait aujourd'hui, s'il en était besoin. À partir d'une érudition irréprochable, qui n'ignore rien des acquis de l'histoire de l'art (ceux-là mêmes que les commentateurs "littéraires" ont souvent tendance à négliger, emportés par leurs intuitions), l'auteur s'efforce de saisir le sens profond de l'œoeuvre, au delà de sa signification politique, qui très tôt fut repérée et analysée.



Le livre a donc une visée clairement philosophique : l'immense tableau devant lequel infailliblement s'arrêtent les visiteurs du musée du Louvre ne cacherait pas seulement un manifeste républicain jeté à la figure de la Restauration, mais une méditation sur le sens de la vie, que Jérôme Thélot rattache à juste titre à la notion de sublime. Le tableau de Géricault semble en effet concilier génialement ce que le XVIIIe siècle avait compris sous ce mot : un spectacle qui, selon les auteurs, produit tantôt une impression au fond assez agréable (le "delight" de Burke) où se mêlent l'effroi et la certitude qu'il n'y a rien à craindre vraiment ; tantôt (chez Kant) une sorte d'exaltation parce que la Raison s'y révèle en résistant aux puissances de l'imagination. Le radeau de la Méduse suscite bien ce double mouvement contradictoire d'abaissement et d'élévation, d'inquiétude immédiate puis de soulagement : ses dimensions, sa gamme chromatique sombre (accentuée, comme l'on sait, par l'action  du bitume de la couche de fond sur les pigments) et son premier plan jonché de cadavres, créent d'emblée une anxiété diffuse, irrépressible, mais le regard du spectateur s'élève jusqu'au chiffon agité par l'homme noir au sommet de la pyramide des corps, et distingue, au loin, la petite voile blanche qu'il sait salvatrice.
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"La plus vieille énigme de l'Humanité", un livre de Bertrand David et Jean-Jacques Lefrère PDF Envoyer
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Mardi, 12 Février 2013 20:38
Chauvet

Panneau des lions, (détail) grotte Chauvet, Ardèche.

Un livre fondamental sur les peintures préhistoriques vient de paraître, dont il importe de parler car – et c’est là le premier intérêt de ce livre, et ce qui lui vaut hélas si peu d’échos parmi les spécialistes –, il est écrit par un dessinateur et non par un préhistorien, un dessinateur qui regarde les peintures préhistoriques en homme de métier et commence par s’étonner de la pratique qu’elles révèlent chez ces pairs lointains. Ceci par exemple : l’absence de reprises dans le tracé des peintures pariétales, signe d’une maîtrise évidente qui n’est pas même mise en défaut dans les peintures superposées pourtant susceptibles de troubler des mains aguerries, mais qui ne s’acquière chez un dessinateur normalement doué qu’au prix d’une vingtaine d’années d’apprentissage. D’où l’hypothèse parfois proposée de l’existence d’"écoles", que l’auteur rejette, un tel type de transmission s’accordant mal avec le mode de vie nomade des hommes préhistoriques. En outre, et c’est une autre remarque importante, si ces artistes préhistoriques excellent dans les représentations animales, ils sont à peine capables d’esquisser une silhouette humaine. Ils ne montrent guère d’originalité non plus : on ne décèle dans leurs œuvres aucune évolution stylistique ni même aucune variation dans la représentation de motifs dont la répétition s’échelonne pourtant sur trente mille ans. Autre exemple qui surprend l’homme de métier : le fait que parmi les peintures inachevées qu’ont laissées ces hommes d’un autre temps, certaines ne montrent que les membres antérieurs de l’animal, preuve que les peintres préhistoriques pouvaient commencer le dessin d’un animal par sa partie la moins importante d’un point de vue plastique, celle qui donne le moins de repères. Aucun dessinateur ne procède de cette façon. Inutile de multiplier les exemples : ceux-ci suffisent à dire que c’est en praticien que réagit l’auteur de ce livre, pour dire d’abord son incompréhension du geste de ces peintres préhistoriques. En enseignant que la quête de la représentation "réaliste" du monde n’apparaît pas avant l'Antiquité, puis la Renaissance, l'histoire de l'art confirme la pertinence de ces questions : en  effet, comment comprendre que cette quête, sensible dans les peintures préhistoriques, ait pu durer trente millénaires pour disparaître ensuite avant d’être reprise, d'ailleurs sur un tout autre mode ?

Les questions de l’auteur dessinateur face aux peintures préhistoriques sont d’ordre technique ; sa réponse l’est aussi. Certes, il s’agit d’une hypothèse - que je laisse le soin aux lecteurs de découvrir -, mais cette hypothèse est inédite et riche de conséquences facilement observables : elle répond en effet à beaucoup d'interrogations laissées jusqu'ici sans réponses et rend compte de certaines incohérences également inexpliquées. Bref, tout à fait convaincante, elle mérite d’être examinée sérieusement et exige en tout cas une réponse des préhistoriens dans la mesure où elle remet en cause de nombreuses conceptions sur l’art pariétal. À cet égard, il faut souligner la rigueur de son auteur qui s’est appliqué non seulement à soumettre son hypothèse à différentes expériences pratiques,  mais aussi à chercher dans les écrits « scientifiques » ce qui pourrait l'invalider, tout en prenant la précaution de la faire contrôler par un chercheur – d’où la double signature du livre. Et ce n’est pas le moindre mérite de ce travail d’honnête homme de constater que son auteur ne tire aucun orgueil de ce qui semble bien être une découverte, et même, ici ou là, en est presque gêné tant elle lui paraît évidente.

Si l’hypothèse concerne la technique des peintres préhistoriques, le procédé qu’ils ont utilisé pour réaliser ces peintures, elle permet cependant à son auteur de conclure en débordant la question de la pratique pour celle de la signification. Là encore, la simplicité du raisonnement est frappante et mérite réflexion. Notant que l’art pariétal a duré pendant trente mille ans, l’auteur poursuit en remarquant qu’« une tradition ne dure aussi longtemps que si elle est indispensable. Et si elle a été indispensable à nos aïeux pendant trente mille ans, il y a tout lieu de penser qu’elle nous est aussi indispensable, et que l’on doit trouver son équivalent dans toutes les civilisations du monde ». Cette tradition, ce culte que l’on retrouve sous toutes les latitudes et à toutes les époques, c’est le besoin de conserver et d’honorer la mémoire des morts. Comment les peintures pariétales peuvent-elles être comprises comme un élément de ce culte alors qu’elles ne représentent que des animaux et sont exécutées dans des lieux dont on sait qu’ils ne sont pas des sépultures ? Là encore, si elle s’appuie cette fois sur l’anthropologie, l’interprétation de l’auteur est convaincante et mérite d’être prise en compte, et réclame que les spécialistes lui répondent en argumentant, c’est-à-dire autrement que d’un revers de main révélateur d’un insupportable mépris.

Hélène Prigent.

La plus vieille énigme de l’Humanité, un livre de Bertrand David et Jean-Jacques Lefrère. Paris, Fayard, janvier 2013.

couverture La plus vieille énigme de l'humanité

 
1937-1945 : Ferdinand Springer, entre New-York, Grasse, Les Milles et la Suisse. PDF Envoyer
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Vendredi, 18 Janvier 2013 14:33

springer à Forcalquier

Ferdinand Springer, à Forcalquier, 1940.

Le Site-Mémorial du Camp des Milles programme du 13 juillet au 8 septembre 2013 une exposition consacrée à la trajectoire de Ferdinand Springer. Peintre et graveur, cet artiste dont le parcours traverse la presque totalité du vingtième siècle (1907-1998) résiste aux tentatives de classement. Survenue dans un moment particulier de l'histoire européenne, une césure affecte son travail. Au lendemain de son internement au
camp des Milles, Ferdinand Springer acheva de comprendre qu'un monde ancien venait de s'écrouler : il lui fallait trouver un nouveau langage, il devait délaisser la figuration ainsi qu'un style qu'il qualifie lui-même de "romantisme antiquisant". Dans le prolongement de cette décision, de multiples recherches et influences - entre autres, son amitié pour Hans Arp et Alberto Magnelli qu'il cotôyait pendant la guerre à Grasse, ensuite sa découverte à Berne de l'atelier de Paul Klee - relancèrent sa réflexion.

Pendant l'été 2012, son fils Mathias Springer m'a convié pour revoir son atelier, son jardin et sa maison, dans le silence et le calme des abords de Grasse. Mathias m'a rappelé à quel point son père et sa mère aimaient se rapprocher aussi souvent que possible de l'Italie. A l'âge de quinze ans, alors qu'il n'avait pas encore fait ses grands choix de vie, Ferdinand Springer avait découvert Ravenne, Florence et Venise : dans ses entretiens avec Emmanuelle Foster (1), il raconte que "cette première impression ne s'est jamais effacée". Les parents de Mathias Springer avaient résolument choisi de vivre dans le Midi, ils encoururent à ce propos les reproches de leurs amis qui estimaient que cet éloignement ne convenait pas pour la carrière d'un artiste. Ferdinand et Marcelle Springer avaient pourtant décidé de déserter Paris. Leur implantation dans le sud-est de la France leur permettrait de franchir promptement la frontière : ils rejoignaient fréquemment Florence et Sienne, Jacopo da Pontormo et Simone Martini qu'ils vénéraient.    
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1940,  le consul Gilbert Bosques remonte la Canebière (archives Laure Bosques). C'est une opération baptisée Ici-Même 2013 par l'historien Robert Mencherini, le Goethe Institut, Ulrich Fuchs et l'équipe de Marseille/ Provence...

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