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Entretien avec Florian Rodari : Jean Planque et "Surgis de l'ombre" PDF Envoyer
Exposition actuellement
Dimanche, 19 Mai 2013 19:04

Jean Planque

1949, à Saint-Ser, au pied de la Ste Victoire, Jean Planque et son ami Lehmann.

Alain Paire : Grâce au soutien de la Communauté du Pays d'Aix, en accord avec la Ville d'Aix-en-Provence et Bruno Ely, le directeur du musée Granet, mardi 21 mai 2013, tu auras la joie d'inaugurer dans la chapelle des Pénitents Blancs, les espaces permanents qui permettront de déployer l'essentiel de la collection Jean Planque. Un travail colossal s'accomplit, un calendrier complexe est honoré. Deux années après l'exposition de la collection au musée Granet, voici que se concrétise son implantation dans le paysage des institutions aixoises.


Je voudrais tout d'abord que tu évoques ce nouveau lieu, la Chapelle des Pénitents blancs. Pendant quelques mois,  il fut question de fusionner la collection de Jean Planque et celle d'un autre grand collectionneur, Philippe Meyer ; cette première intention fut abandonnée. C'est exclusivement la collection de Jean Planque qui sera visible. La chapelle de la rue du Maréchal Joffre est un espace ancien, avec des contraintes historiques tout à fait légitimes : cet endroit n'était pas aisément modulable. Avec Bruno Ely et l'architecte responsable des aménagements, vous avez effectué des choix, vous avez des partis pris. Quelles sont les solutions que vous avez adoptées, comment se fera la visite de la collection ?


Florian Rodari : Il faut avouer que les institutions aixoises ont été particulièrement efficaces en l’occurrence. Trouver, transférer de la Ville d’Aix-en-Provence à la CPA, restaurer et réhabiliter en espaces d’exposition un tel monument, en moins de deux ans, tient de l’exploit. Certes, il n’est pas évident d’oublier la fonction première de ce lieu. Son architecture impose une lecture de l’espace qu’il n’était pas facile d’adapter à une muséographie. L’architecte du bâtiment et, surtout, le scénographe se sont employés malgré une grand nombre de contraintes à rendre possible cette cohabitation de l’histoire. Pour l’accrochage, nous avons fait le choix de la sobriété, résolument, afin de donner beaucoup de champ aux œuvres et de permettre au visiteur de mieux appréhender les affinités qui lient entre eux les artistes collectionnés par Jean Planque.

 

chapelle Penitents blancs

Place Jean Boyer, au bout de la rue du Maréchal Joffre, la Chapelle des Pénitents Blancs, la nouvelle demeure de la collection de Jean Planque (photo CPA).

L’absence de la collection Philippe Meyer est regrettable, mais elle a aussi simplifié notre travail dans la mesure où nous avons pu mieux mettre en valeur la qualité du regard unique de Jean Planque. Cela dit, la très belle surprise de cet espace est la lumière qui y règne. Douce, blonde, ses changements au cours de la journée et des conditions extérieures rendent ces espaces vivants sans pour autant altérer la vision. Rien n’est plus dommageable à la peinture que de la séparer de ces mouvements dans lesquels elle est née. Les tableaux que l’on expose en cave dépérissent. Il suffit de songer aux salles du musée Klee de Berne, leur exil sous terre me paraît une aberration…

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Note sur les deux aquarelles de Cézanne de la Fondation Jean Planque PDF Envoyer
Jean Planque
Dimanche, 12 Mai 2013 21:42
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"Environs d'Aix", aquarelle et mine de plomb, 48 x 59 cm,  collection Jean Planque.

En accueillant pour plusieurs années la collection Jean Planque, le musée Granet s’est notamment enrichi de deux aquarelles de Cézanne. Si l’on ne peut négliger la part du hasard dans le fait que le collectionneur ait pu les acquérir, il se trouve que ce hasard fut très heureux car leur rapprochement fait sens en ce qu’il aide à comprendre la façon de travailler du peintre et, plus précisément, révèle une tension latente dans son œuvre. D’autant mieux que les deux feuilles sont contemporaines et appartiennent aux dernières années de la carrière de Cézanne, celles où il porte son art à son plus haut niveau : la Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves est en effet vaguement datée 1901-1906 par John Rewald, et Environs d’Aix un peu moins vaguement, vers 1902, par le même auteur[1].

Frappante dans cette dernière aquarelle est le grand mouvement courbe entraînant les petits éléments représentés – maisons, arbres et murs – autour d’un vide, sur lequel une ellipse assez régulière se refermerait si elle n’était rompue en haut par deux ouvertures : un schéma si visible, si ostensible même, que l’on peut croire que c’est lui qui a surtout intéressé le peintre, que ce serait lui le vrai motif de l’aquarelle. À bien considérer celle-ci, on perçoit que ce schéma compositionnel retient d’une certaine façon des éléments qui, sans lui, resteraient éparpillés ou, poussés par une force centrifuge, seraient rejetés vers l’extérieur, de sorte que le point nodal de l’œuvre se trouve dans le vide que ces éléments entourent, une sorte de pivot invisible jouant un rôle d’unification comparable à celui du point de fuite dans la peinture ancienne.

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Jean Planque hier et aujourd'hui, un entretien avec Florian Rodari PDF Envoyer
Jean Planque
Samedi, 11 Mai 2013 05:48
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Au musée Granet, été 2011, une sculpture de Kosta Alex et une gouache-collage de Jean Dubuffet,
 "Continuum de ville".

Alain Paire.  A quel moment de ta vie as-tu fait la rencontre de Jean Planque ? Comment s'est nouée votre amitié ? Quelles sont les qualités de ce personnage qui te sont immédiatement apparues ?

Florian Rodari. J’ai fait la connaissance de Jean Planque au milieu des années quatre-vingt. En 1983, j’avais rencontré sa nièce, Maryam Ansari, qui depuis est devenue ma femme. C’est elle qui, la première, m’a parlé de Jean et de sa collection. Elle-même connaissait bien les tableaux qui la composaient car elle en avait exposé plusieurs dans la galerie qu’elle dirigeait à Genève, puis à Téhéran où elle organisait dans les années 70 des expositions à l’aide de tableaux appartenant à Jean ou provenant de la Galerie Beyeler. A ma première visite je fus impressionné d’abord par la qualité des dessins, les deux Cézanne, le Degas, la sanguine de Renoir, les Klee, les petits Tobey, le pastel de Picasso … Ma formation de conservateur d’œuvres sur papier, sans doute ! Je le lui ai dit et je pense que le fait de lui parler d’abord d’œuvres plus intimes que les grands Picasso ou les Dubuffet a pu le toucher. Il n’était pas bavard, je ne le suis pas non plus. Mais une sorte d’entente secrète autour de ce qui fait l'essentiel de la création en art est immédiatement passée entre nous, oui, cela je l’ai senti.

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Kosta Alex, entre Ile de Pâques, cocasseries et Cheval de Troie PDF Envoyer
Jean Planque
Mardi, 07 Mai 2013 06:22
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"L"échappée belle", sculpture de Kosta Alex (photo Gilles Hutchinson).

 

Au musée Granet pendant l'été 2011, dans plusieurs embranchements du parcours de l'exposition de la collection Jean Planque, souvent dans la proximité de Dubuffet ou bien en amont de Picasso, nous étions à plusieurs reprises confrontés avec des pièces singulièrement détonnantes. Juchée dans l'escalier du musée, une sculpture campait le profil d'une automobiliste qui abandonne avec un sourire niais ses longs cheveux aux vents de la route. Sans trop de désordre ni soupçon de catastrophe, les lamelles de ces cheveux s'emmêlent avec les gaz d'échappement d'une quatre roues décapotable : cette pièce délibérément sommaire, à la fois décalée et vagabonde, a pour titre "L'échappée belle".

 

Ces objets sans prétentions immédiates sont souvent des assemblages de bois peint et de carton ; il peut s'agir d'une terre cuite ou bien d'un bronze, avec en prime des interrogations affectueusement ironiques. Le nom et le prénon de l'auteur de ces pièces, un américain qui fit des études à l'Académie de la Grande-Chaumière et qui vécut volontiers à Paris, signent les origines grecques de ses parents : cet artiste dont le rire et la gravité sont fréquemment dérangeants s'appelle Kosta Alex. Il gardait en point de mire la parole d'un philosophe qui affirme que "l'être humain commence là où l'humour commence".

Né dans le New Jersey en  1925, il bénéficia d'une bourse de G.I pour rattraper le temps qu'il avait perdu pendant les années de guerre : il se plût en Europe et acheva son parcours à Genève, en juin 2005. Ses travaux sont bien informés de l'histoire de la sculpture, à la fois détachés et sophistiqués ; ils peuvent faire songer à des constructions enfantines ou bien à une étrange mutation de la statuaire d'une Ile de Pâques, soudainement devenue burlesque.

 

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Florian Rodari : la Revue de Belles-Lettres, les éditions de La Dogana et la Fondation Jean Planque PDF Envoyer
Jean Planque
Lundi, 06 Mai 2013 04:56
Sur la pointe du Grand Canal de Venise, La Dogana.
"Sur la pointe du Grand Canal de Venise, La Dogana".

Son père, André Rodari était journaliste à la Tribune de Genève, il s'occupa longtemps de rubriques sportives et de chroniques judiciaires. Né en 1949, Florian partage son temps entre la Suisse et Paris. Son frère Alain Rodari est l'un des responsables du "Vent des routes", une librairie-restaurant-agence de voyages genevoise dont le rayonnement dépasse largement les réseaux de la Suisse romande. Voici quelques années, ce libraire pas du tout conventionnel migrait volontiers : Alain Rodari est également photographe, ses images illustraient en 2005 un ouvrage collectif des éditions de La Martinière intitulé Hommage aux Indes.

Tandis que son frère incarne à sa manière le versant Nicolas Bouvier de la littérature suisse, Florian Rodari s'est orienté du côté de la poésie et de la traduction dont l'exemple lui fut pour partie insufflé par son oncle maternel, Philippe Jaccottet : en sus du creuset d'une bibliothèque familiale où coexistaient les grands formats des éditions d'Albert Skira et les petits volumes recouverts de feuilles de pergamine d'Henry-Louis Mermod (1), il a depuis toujours bénéficié de la discrétion, de la clairvoyance et de l'affection de Jaccottet. Emprunter à Genève la filière des études littéraires relevait pour lui de l'évidence : Florian Rodari prit au début des années 70 l'habitude de suivre aussi souvent que possible les cours de Jean Starobinski et de Jean Rousset. 

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Louis Brauquier, 1953 : "je me suis mis à peindre, c'est passionnant et difficile" PDF Envoyer
Expositions récentes
Dimanche, 05 Mai 2013 10:37
Toile de Louis Brauquier
Geotte et le Vallon doré vu de l'escale chez le Docteur Gaillard, Nouméa entre le 18 et le 31 octobre 1959, peinture de Louis Brauquier, format 33 x 46 cm.

Voir, photographier et puis ensuite peindre, Louis Brauquier avait coutume de dire qu'il devint très tard "un jeune peintre". Les courriers adressés à "ses chéries", Louise et Eugénie Brauquier ainsi qu'à Gabriel Audisio indiquent que sa vocation dormante avait fini par se réveiller en 1953, depuis le bungalow de sa résidence de Colombo. L'île de Ceylan avait été l'un des très grands enchantements de son parcours : dans un courrier de décembre 1952, Brauquier évoquait "Les arbres minces avec leurs bouquets de palmes qui se couchent sur la mer, ce rouleau blanc de l'océan indien, ces pirogues sur le sable, ces embouchures de rivière : je n'ai rien vu de plus beau". Pour ce qui concerne la peinture, une lettre du 17 avril 1953, citée par Michel Schefer dans Escales, précise la donne : "J'ai commencé un paysage, je peins dans mon bureau de temps en temps, Geotte va regarder dehors pour me donner la couleur des papayers ou des flamboyants. Pour l'instant çà ressemble assez à ces peintures d'enfants mexicains qu'on voit parfois dans les magazines géographiques luxueusement illustrés".

Ses toiles ont fréquemment pour très simple motif ce qui s'apercevait depuis la fenêtre de ses domiciles. Avec son appareil photographique, Louis Brauquier était beaucoup plus mobile, sa vision était extensive, les grands formats ne l'effrayaient pas : on peut d'ailleurs regretter qu'il ait progressivement délaissé la photographie où il excelle souvent, pour se consacrer davantage à ses tubes de  couleurs et à son chevalet. Brauquier n'avait pas suivi de formation aux Beaux-Arts, il n'était pas "doué" : c'est un auto-didacte qui ne progresse pas énormément, les quelques dessins qu'on a pu conserver ne sont pas éloquents. Il s'acharna et parvint à surmonter certaines difficultés. Il comprit très vite que "c'était passionnant et difficile".

Sa culture picturale, ses fréquentations des musées n'étaient pas conséquentes. Toutefois, Brauquier semble avoir une assez bonne connaissance de la peinture provençale du XIX° siècle puisqu'il consacra une émission de radio régionale, le 15 octobre 1964, à Paul Guigou. En revanche, je m'abstiendrai de répéter ce qu'il pouvait de temps en temps écrire à son ami Audisio (lettre de décembre 1958, page 164 de Courrier) lorsqu'il fulmine très sottement à propos de Picasso, de Vuillard ou bien de Soutine. Ses références, comme l'indique la précédente citation, relèvent clairement de la peinture naïve : Brauquier a certainement apprécié certains tableaux du Douanier Rousseau. De même, il semble avoir aimé la minutie et la précision de certains aspects de l'art Japonais. Le seul peintre qui trouve pleinement grâce à ses yeux, son grand inspirateur et complice, ce fut bien évidemment Paul Gauguin. Peu de commentateurs se sont risqués à évoquer sa trajectoire picturale : ses amis Maurice de Brossard et Gabriel Audisio l'évoquent dans le n° 27 de Sud, Jules Roy préfaça affectueusement en 1978 le catalogue de l'exposition du musée Cantini de Marseille.

Chez Louis Brauquier, la peinture est prioritairement sentimentale ; il  affectionnait énormément ses tableautins. Leurs dimensions étaient modestes, le plus célèbre d'entre eux, Le Vieux Port sous la neige de 1956, qui appartient à la collection de la Maison diamantée, mesure 39 x 46 cm (on le retrouve  à la toute fin du présent article, accompagné d'un poème). L'un des plus émouvants tableaux de Brauquier ébauche le portrait de sa mère qu'il eut à coeur de réaliser quelques mois après son décès. Louis Brauquier peignit depuis Sydney, en 1955, la silhouette de la défunte, dans un format carré 25 cm x 25 cm. Une photographie l'inspirait, les lettres du titre s'inscrivent sur la toile : Maman à Saint-Mitre, été 1951. La grande baie du rez-de-chaussée de la maison familiale est ouverte, les choses et les êtres sont à la fois proches et lointains. On est dans l'irréel du passé, on aperçoit en premier plan un vase de fleurs, une table et une chaise de jardin. Le soir n'est pas encore tombé, des feuilles vertes et jaunes tapissent et protègent l'horizon. En bas à droite, voici le visage et le buste d'une dame qui n'a plus de regard ; elle est immobile sur son fauteuil de rotin. 

Après avoir trouvé dans un immeuble des années vingt, un appartement pour sa retraite à Marseille, en 1960, Brauquier eut immédiatement le souci d'accrocher une trentaine de ses petits formats dans son bureau-atelier, celui dont on aperçoit une reconstitution dans un étage haut de la BMVR de l'Alcazar. Puisqu'il habitait dans la petite impasse du Cèdre,  au 367 de l'avenue du Prado, un étage de la Villa L'étape, Louis Brauquier n'hésitait pas à parler de son bureau comme s'il s'agissait d'un grand musée d'Espagne. Depuis l'une des fenêtres de son logis, il lui arriva de peindre pendant l'été de 1961 "une maison rouge" qu'il appelle "maison-mère" et, qui simple coïncidence, abrite depuis 1985 le Consulat Général de Chine. On découvre à quoi ressemblait l'accrochage de ses tableaux, dans une émission de télévision régionale réalisée par Marie Albe en 1968 : un lien vers l'Ina permet de visionner sept minutes d'enregistrement.
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