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Sur les murs du bureau d'Henry Pearlman, on reconnait les toiles qu'il possédait :  la Diligence de Van Gogh, le portrait de Cocteau par Modigliani, la Citerne de Château Noir peinte par Cézanne.

 

Le peintre, dessinateur et lithographe Léo Marchutz était né à Nuremberg le 29 août 1903. Sa passion pour Cézanne fut le centre de gravité de son existence. Après un premier séjour effectué à Aix-en-Provence pendant l’été de 1928, il quitta Berlin en 1931 afin de s’installer définitivement sur la route du Tholonet, dans l’immédiate proximité de Château Noir. Léo Marchutz mourut le 4 janvier 1976 : au total, il vécut en Provence quarante-cinq années de son existence. John Rewald (1912-1994) qui lui dédia son premier ouvrage à propos de Cézanne et de Zola, disait à son propos : "c’est à lui que je dois ma ferveur pour Cézanne".

De grands connaisseurs du peintre de la Sainte-Victoire, Julius Meier-Graefe, Lionello Venturi, Fritz Novotny, Adrien Chappuis et Jean Leymarie furent ses amis. Ces personnages de grande compétence ne manquaient jamais de l’interroger : à propos d’une œuvre de Cézanne, lorsqu'une difficulté de datation ou bien d’attribution survenait, son avis sur la question était souvent décisif. L’universitaire et critique littéraire Marcel A. Ruff résumait la passion qui l'habitait : "il semble que Marchutz ait rencontré et reconnu Cézanne, comme Baudelaire a rencontré et reconnu Edgar Poe".

 

/>Léo Marchutz avait l'habitude de rédiger un journal intime dont j'ai consulté de nombreux feuillets, grâce à l'amitié du peintre François de Asis qui m'avait sollicité pour participer à la rédaction de la monographie collective publiée chez Imbernon, en 2006. Extraits des pages 44-45 de cet ouvrage, voici quelques-uns des éphémérides de ce journal - ici rédigé en deux langues, le français et l'anglais - . Ces notes permettent d'établir que Marchutz lia connaissance avec Henry Pearlman pendant l'été 1953. Voici la phrase griffonnée par Léo le 2 juin 1953 : "Visite de M. Pearlman (New York) who owns the Cézanne La citerne de Château Noir".

Les deux hommes se retrouvèrent quelques années plus tard, pendant la préparation de l'exposition Vincent Van Gogh qui se déroula à Aix-en-Provence, au pavillon de Vendôme, en octobre 1959.  Marchutz qui fut le commissaire de l'exposition sollicita vainement le prêt de la Diligence de Tarascon. 9 mai 1959 : "Sur le cours Mirabeau tombé sur Henry Pearlmann - fait tout à l'heure avec lui le tour des motifs au chemin des Lauves - à Bellevue - à Château Noir - puis il s'est arrêté ici - et a acheté une des dernières Sainte Victoire et une vue de Venise. Deligthful man - serait prêt à prêter son Van Gogh - mais pas sûr que le tableau sera capable de faire le voyage - vu son êtat - il n'est pas verni et il ne veut pas en mettre. Ce soir nous dînerons avec lui au Roi René. Il m'a dit qu'il aime mes choses et que les deux lithos qu'il a emportées il y a cinq ans sont accrochées dans ses bureaux et qu'elles lui font toujours le même plaisir". 5 juillet 1959 : "Lettre de Pearlman avec photo d'un Degas magnifique qu'il vient d'acheter  à Paris. Tableau à l'huile d'un nu vu de dos".

 

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7 juin 1960, lettre de Henry Pearlman : "After I came back in the Fall, I invited to my office M. William Liebermann, Curator of drawing and prints of the Muceum of Modern Art, and showed him the drawing and two lithographs I purchased from you. He liked them very much ansd asked me whether I would donate them to the museum, which, of course, I was happy to do " 7 janvier 1962 : "In the afternoon yesterday Henry Pearlman arrived. Had dinner wtih them at the Roy René. Was awfully nice. He intends taking things over and become my manager".

 

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Léo Marchutz dans son atelier.

24 juillet 1964. Un incendie s'était déclaré dans la proximité de la Maison Maria qui fut l'habitation de Léo. Autrefois, entre 1947 et 1949, Marchutz avait réalisé dans son atelier, avec une grande presse à bras, une volumineuse version de l'Evangile selon Saint Luc"Les flammes ont envahi le haut du Château Noir... Puis avant-hier matin on frappe à la porte de l'atelier : Henry Pearlman. Venu exprès pour nous voir. Pour voir aussi ce que je faisais. Il n'a jamais vu le Saint Luc qu'il a acheté. Et deux anciennes lithos en couleurs ainsi que des dessins figurés autour de Saint Luc. A payé pour cela 300 dollars. Ce qui est merveilleux. Après ce deal he was very taken with the just finished angel. Asked the price. Said he would think it over. Then suddenly. Bought it too ! For 100 dollars". Le 3 décembre 1964, Henry Pearlmann "delightful man" lui écrivait "que l'Ange est accroché chez lui, dans sa collection, de façon que tous les visiteurs puissent le voir". Une ultime note du journal de Léo Marchutz, 14 décembre 1969 : "Formidable news from Pearlman - Il achète pour 500 dollars des choses !".

 
Alain Paire.

Exposition Chefs-d'oeuvre de la collection Pearlmann, du 12 juillet au 5 octobre 2014, musée Granet, Aix-en-Provence.

 
Sur ce lien, un article "Pierre Jean Jouve / Léo Marchutz : "une race d'artistes presque disparue, celle de Delacroix qui n'était jamais content". Sur cet autre lien, "Léo Marchutz aux Milles : le choix du silence".
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